PREVENTION DES MALADIES CARDIOVASCULAIRES et STATINES : JUPITER aurait raison
Actualité publiée le 12-12-2008
Statines :
Pendant longtemps, les médicaments ont été considérés uniquement comme des moyens curatifs, à n’utiliser que chez des sujets malades. La notion de médicaments « préventifs » était répréhensible (mis à part les vaccins),
notamment interdite dans les argumentaires des laboratoires pharmaceutiques.
Les connaissances épidémiologiques et la reconnaissance des bénéfices de la prévention primaire
ont fait évoluer les idées et montré que l’on pouvait intervenir assez tôt sur un terrain à risque… et à facteurs de risque.
C’est ce qu’a montré notamment l’étude épidémiologique permanente de Framingham, qui en a changé toute la cardiologie préventive et 60 ans d’existence (et qui continue). Les études publiées ces dix dernières années en cardiologie ont montré par exemple que le sujet « apparemment sain » pouvait déjà porter en lui, de façon non encore visible cliniquement, le « germe » d’une maladie cardiovasculaire qui se déclencherait dans 5, 10 ou 15 ans…
L’une de ces études se dénomme précisément JUPITER, pour : Justification of the Use of Statins in Primary prevention : an Intervention Trial Evaluating Rosuvastatin, soit : justification de l’usage de statines en prévention primaire, un essai d’intervention évaluant la rosuvastatine. Cette vaste étude a regroupé 17 802 patients dans 8 pays et était dirigée par le Pr Paul Ridker (Centre de prévention de maladies cardiovasculaires, Brigham and Women’s Hospital, Boston). Il l’a présentée cette année aux Sessions scientifiques de l’American Heart Association, à La Nouvelle Orléans, et a été la sensation de la première journée de ce congrès international de cardiologie.
La grande presse s’en est emparé, car le sujet en valait la peine. Elle posait pour la première fois la question : le choix difficile pour un cardiologue d’évaluer si son patient en bonne santé doit ou non débuter un traitement, même si son cholestérol LDL (« mauvais cholestérol ») est bas, avec une statine…
Le patient « apparemment en bonne santé » l’est-il du point de vue clinique et même… infraclinique, comme on dit aujourd’hui, ce qui signifie qu’il es toujours possible de dépister quelque chose qui ne permet pas de dire que tel patient est en bonne santé.
C’est ce qu’a montré JUPITER : on réduit morbidité et mortalité de près de 50 %. Qu’est-ce qui a changé ces dernières années ? Réponse : on sait doser la CRP, marqueur de l’inflammation (C-réactive protéine). En bref, l’état d’inflammation des artères, évaluable par dosage de la CRP, était prédictif d’infarctus du myocarde (IDM) et d’accident vasculaire cérébral (AVC). Pour prévenir, une suggestion : de l’aspirine, l’équivalent d’un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS). Une révolution en médecine préventive !
En 2005, nouvelle étude de l’équipe Ridker, qui montre cette fois que la prescription d’une statine entraîne la baisse à la fois du cholestérol LDL et de la CRP. Conclusion : un meilleur pronostic si l’on fait baisser chez un patient à la fois le LDL et la CRP, car il s’agit de facteurs de risque indépendants, donc la surveillance biologique au laboratoire d’analyses doit concerner autant la lipidémie que la CRP qui, elle, se dose aujourd’hui de façon très précise (CRP ultrasensible)
Paul Ridker a justifié la décision de prescrire une statine à titre préventif. « Nous ne pouvons plus assurer que des patients avec un cholestérol bas sont à bas risque. Cela ne signifie pas que le cholestérol n’est pas important. Nous souhaitons traiter de façon très vigoureuse (aggressively) les patients à haut cholestérol. Mais dans cette étude, nous constatons que les patients à cholestérol bas mais à CRP haute (> 2 mg/L) bénéficient largement du traitement par statine ».
Dans l’étude présentée à La Nouvelle Orléans, on constate que traiter des individus apparemment sains avec la rosuvastatine (Crestor®20 mg, AstraZeneca) réduit significativement un ensemble d’événements cardiovasculaires de 44 % comparaison groupe traité/groupe placebo) : IDM non fatal (- 55 %), AVC non fatal (- 48 %), hospitalisation pour angor instable, intervention de revascularisation coronaire, décès attribuables à une cause cardiovasculaire. L’étude a été interrompue à 1,9 an, au vu des résultats.
Source : L’étude JUPITER a été publiée dans le New England Journal of Medicine, référence : 2008 :359 ;2195-2207 (20 novembre 2008).
Accéder à l’abstract de l’article : http://content.nejm.org/cgi/content/full/NEJMoa0807646
Accéder à l’abstract de l’étude : http://www.nejm.org/clinical-directions/jupiter-statins-trial/
Auteur : Jean-Marie Manus, Conseiller à la santé publique, Santé log, mis en ligne le 11 décembre 2008
A lire aussi sur la prévention des maladies cardiovasculaires :
http://www.santelog.com/modules/connaissances/actualites-sante-recherche.php?mot_rech=vascul&zone_rech=titre&valider.x=57&valider.y=14
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Cette actualité a été publiée le 12/12/2008 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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