RETRAIT DU DXP : UN ANTALGIQUE MAJEUR difficile à "remplacer"
Actualité publiée le 26-06-2009
Dextropropoxyfène
Depuis plusieurs jours, les médecins cancérologues présents au congrès annuel Eurocancer (23-25 juin) à Paris savaient que le dextropropoxyfène, un antalgique majeur dans le traitement des douleurs des cancers, allait leur être en quelque sorte retiré, après un avis sans appel de l’EMEA, l’Agence européenne d’évaluation des médicaments (Londres) après le rapport de son Comité des médicaments à usage humain (CHMP).
En général, la Commission européenne suit les avis de ses pharmacologues. Et c’est cela que déploraient les cancérologues français : d’ici un an, il n’y aura plus de DXP (son nom abrégé). Et comme le disait l’un de ces spécialistes, il faudra bien disposer d’un produit de « remplacement », car le DXP, disponible en France depuis 1964, avait une place bien précise dans le traitement « ascensionnel » de la douleur cancéreuse, qui procède par paliers : le palier 1, ce sont les antalgiques faibles, classiques : aspirine, paracétamol, anti-inflammatoires non stéroïdiens, le palier 2, c’était surtout le dextropropoxyfène (outre tramadol et codéine), étape intermédiaire avant le palier 3 : morphine et morphino-mimétiques ou analogues morphiniques…
Le retrait progressif est une règle générale – sauf urgence toxicologique - pour permettre aux équipes soignantes d’envisager plus sereinement des traitements de substitution aux effets au moins similaires. Et dans le cadre de la prise en charge de la douleur, il ne faudrait pas que les progrès spectaculaires qui ont permis de rattraper des décennies de retard en France se trouvent compromis.
Le retrait des médicaments contenant du DXP, telle les associations dextropropoxyphène-paracétamol, est la suite logique d’investigations sur son rapport bénéfice/risque, qui ont conduit il y a 5 ans la Suède et le Royaume-Uni à en suspendre la commercialisation, en raison, rappelle l’AFSSAPS, du « nombre important de décès retrouvés dans ces deux pays - 200/an en Suède pour 9 millions d’habitants et entre 300 et 400/an au Royaume-Uni pour 60 millions d’habitants -, dans le contexte d’intoxications volontaires (tentatives de suicide) ou accidentelles ».
En 2005, en France, une première enquête menée par les Centres antipoison sur les intoxications aiguës au DXP, avaient pourtant révélé un nombre de décès inférieur à celui observé en Suède et au Royaume-Uni. Un an plus tard, en 2006, les Centres antipoison ayant comparé les risques de surdosage des médicaments antalgiques de palier 2 (DXP, tramadol, codéine), il apparaissait que la codéine présente une toxicité moindre au cours des intoxications. En revanche, la toxicité du tramadol était supérieure à celle de l’association DXP-paracétamol et de la codéine, en termes de décès consécutifs à des poly-intoxications, comme en termes de convulsions et de complications respiratoires et cardiovasculaires.
Dans ces conditions, l’AFSSAPS avait considéré que ces données ne justifiaient pas de mesures de restriction de l’usage du DXP, mais décidait de poursuivre la surveillance des risques d’intoxication aiguë pour l’ensemble des antalgiques de pallier 2. Les résultats font ressortir que cette association n’est pas celle qui présente le risque le plus élevé au regard du niveau de consommation, sur la base des données françaises. De plus, ces médicaments, qui sont utilisés de longue date, disposent en conséquence d’un important recul en pratique clinique. Mais c’est l’Europe qui tranche…
L’AFSSAPS organisera le retrait définitif des spécialités pharmaceutiques contenant du DXP dans un délai de l’ordre d’un an afin de préparer le passage aux alternatives thérapeutiques. Afin d’aider les médecins à trouver la solution de remplacement la plus adaptée à leur patient, elle met en place un groupe d’experts chargé de nouvelles recommandations sur la prise en charge de la douleur en fonction du retrait. Mais pour les patients pour lesquels aucune alternative satisfaisante n’aura été trouvée à l’issue de la phase de retrait progressif, l’AFSSAPS étudiera la possibilité de pouvoir autoriser un accès encadré à la prescription.
Dès maintenant, l’AFSSAPS recommande aux professionnels de santé de ne plus prescrire de médicaments contenant du DXP à de nouveaux patients. Les patients déjà traités sont invités à contacter leur médecin, sans urgence, par exemple lors du renouvellement du traitement, pour modifier celui-ci.
Auteur : Maurice Chevrier, Santé log, le 26 juin 2009 (vignette : http://www.ganfyd.org)
Sources : AFSSAPS, Alertes de santé publique
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Cette actualité a été publiée le 26/06/2009 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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