ROR : LE MEDECIN ANTI-VACCINALISTE désavoué par ses pairs
Actualité publiée le 08-02-2010
Peer-review
C’est l’affaire du jour en Grande-Bretagne : le Dr Andrew Wakefield est doublement désavoué pour avoir affirmé en 1998 que le vaccin ROR (rougeole, oreillons rubéole) déclenchait une sorte de maladie de Crohn (maladie inflammatoire intestinale chronique), appelée par lui « ileal-lymphoid-nodular hyperplasia, non-specific colitis », et l’autisme chez les enfants. D’une part l’Ordre des médecins (General Medical Council) condamne sa pratique son papier. Problème, dont s’étonnent les journaux britanniques et français : 12 ans après parution de l’étude !
L’étude a été reconnue comme pleine de biais, d’erreurs méthodologiques et d’éléments incorrects, selon les termes habituellement utilisés par des revues de référence piégées – le Lancet ou d’autres, aux Etats-Unis. Le plus grave est que le protocole des examens imposés par Wakefield aux enfants n’a pas été soumis à un comité d’éthique, et que ces examens n’ont pas été effectués dans le cadre d’une consultation hospitalière, contrairement à ce qu’il avait d’abord déclaré. On a établi ainsi qu’il a pratiqué sur eux des tests invasifs (coloscopie, scanner cérébral) et a recueilli du sang lors de la fête d’anniversaire de son fils, en leur donnant 5 livres pour chaque échantillon…
La publication de cette étude en 1998 dans le « prestigieux Lancet », comme disent les médias français, avait eu deux conséquences : d’une part le désaveu public un peu tardif (2004) de la plupart des membres de l’équipe de Wakefield (10 sur 12) juste après la parution du Lancet, d’autre part un refus de vacciner avec le ROR (en anglais : MMR pour measles, mumps, rubella).
« La publication de cette recherche a semé le doute dans les esprits de nombre de parents, causant une chute considérable des taux de vaccination MMR et de là exposant les enfants à un plus grand risque d’infection par ces trois maladies », écrit le Pharma Times.
Richard Horton, rédacteur en chef du Lancet, déclare au Guardian que Wakefield était « malhonnête » et a « trompé le journal », reconnaissant que les moyens pour une revue médicale d’établir la validité d’une étude soumise pour publication peuvent atteindre leur limite d’efficacité…
Mais c’est surtout la comparution de Wakefield devant les instances ordinales et la condamnation de ses méthodes et de ses résultats qui semble avoir déclenché la décision du Lancet de « rétracter » l’étude en question.
Pour le Financial Times, « il semble raisonnable que cet article soit destiné à la poubelle. Cependant, la réalité est qu’il y a des quantités de « science pauvre » [en France nous dirions : indigente] qui sont publiées dans la littérature médicale chaque jour. Soit nous avons besoin d’une meilleure peer-review [relecture par des spécialistes référents] – diverses études suggèrent que nous sommes pauvres sur ce point -, soit Il est nécessaire d’accepter que la publication d’une recherche est le début d’un débat, et non la fin de celui-ci et de rétracter davantage d’articles plus tôt que plus tard »…
Le débat en question n’a pas eu lieu : le MMR est-il dangereux pour les enfants britanniques ? Une étude réalisée au Danemark dans les mêmes circonstances (prétendues) que l’étude Wakefield peu après la publication du Lancet a totalement infirmé les déclarations de Wakefield. D’autres également, ainsi qu’une déclaration de l’OMS. En l’absence de contradicteurs, la chute de la couverture vaccinale des enfants par le ROR/MMR a notamment favorisé une reprise de la rougeole… dont l’incidence repart à la hausse dans plusieurs pays d’Europe (dont la France) pou des raisons de négligence vaccinale déjà ancienne. Il n’était pas besoin que Wakefield en rajoute !
« Cette affaire remet en cause le système de peer-review des études soumises pour publication, système qui ici (au Lancet) a échoué », selon le député libéral Evan Harris. Ce à quoi le shadow Health Secretary Norman Lamb (1) ajoute : « L’impact de la conduite du Dr Wakefield sur la santé publique dans ce pays a été profondément et intensément dommageable. Le déclin spectaculaire de la vaccination MMR résulte de peurs infondées générées par le Dr Wakefield qui ont fait reculer cette mesure de santé de la façon la plus sévère ».
Source : Presse britannique, mise en ligne par Alexis Yapnine, Santé log, le 6 février 2010 (traduction/adaptation/commentaires)
(1) Secrétaire d’Etat à la Santé du shadow cabinet, le (futur) gouvernement d’opposition
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Cette actualité a été publiée le 08/02/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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