ROUGEOLE EN FRANCE : La résurgence montrée du doigt en Europe
Actualité publiée le 16-02-2009
Epidémiologie
Tribune de la situation des maladies infectieuses (épidémiologie) en Europe, le bulletin hebdomadaire Eurosurveillance, publié à Stockholm par l’ECDC (European Center for Disease Control) publie des contributions de toutes les équipes européennes d’épidémiologie sur la situation dans leur pays respectif. Deux équipes françaises (1) font le point sur notre situation en matière de rougeole, ce n’est pas brillant. Toute l’Union européenne sait qu’il y a résurgence de la rougeole en France, mais ce n’est pas le seul pays d’Europe où un tel bilan est constaté.
Depuis le début de l’année 2008, la France subit une résurgence de la rougeole. Cette situation est la conséquence directe d’une insuffisance de la couverture vaccinale, inférieure à 90 % chez les enfants de 2 ans, situation chronique qui a favorisé la constitution d’une population vulnérable croissante d’année en année. Ainsi, plus de 550 cas ont été déclarés en 2008 (la rougeole est une maladie à déclaration obligatoire), et dans la plupart des cas il s’agissait de sujets non vaccinés. Enfin, on se souvent du décès récent d’une jeune fille de 11 ans au début de cette année…
Comment explique-t-on qu’en 2008 on ait déclaré officiellement 579 cas de rougeole, alors que leur nombre n’était que de 40 en 2006 et 44 en 2007 ? D’une part, c’est en raison de la réintroduction dans la liste des maladies à déclaration obligatoire (MDO) en juillet 2005, en tant que mesure-clé du Plan national d’éradication de la rougeole et de la rubéole congénitale (forme néonatale). D’autre part, la confirmation d’une suspicion de rougeole par un examen au laboratoire d’analyses biologiques est « fortement recommandée » lorsqu’un cas sporadique suspecté peut favoriser une dissémination de la maladie (contagion interhumaine facile).
Le respect du calendrier vaccinal est le meilleur moyen de freiner l’expansion de la maladie, mais on sait que lorsqu’une vaccination d’intérêt de santé publique n’est que « recommandée », il y a de la perte de couverture pour l’enfant primo-vacciné, tandis que les rappels conseillés plus tard dans la vie – actuellement pour les sujets nés après 1991 et ceux nés entre 1980 et 1991 – sont également négligés.
De l’enfant à l’adulte : La rougeole n’est pas seulement une « petite maladie bénigne de l’enfance » ( !), elle peut survenir à l’âge adulte, et l’adulte peut devenir contaminant pour les enfants non encore vaccinés ou mal vaccinés, comme on le constate par ailleurs pour la coqueluche depuis quelque temps. L’âge moyen des sujets atteints de rougeole est de 12 ans, mais les cas touchent aussi bien les nouveau-nés que les adultes (âge maximum connu : (56 ans). Chez les 26 cas de nouveau-nés de moins de 1 an recensés en 2008, 13 avaient entre 3 et 9 mois. Le vaccin n’est pas efficace chez eux avant 1 an, malheureusement.
Quant au statut vaccinal des cas de 2008, il a pu être établi pour 548 cas (95 %). Les non vaccinés représentaient 88,5 % de ces cas. Sur les 63 cas vaccinés, 51 n’avaient reçu qu’une seule dose, 11 avaient reçu les 2 doses et le statut vaccinal du dernier cas était inconnu. Enfin, 110 cas de rougeole (19 %) ont nécessité une hospitalisation, dont 18 pour pneumonie.
Les clusters de la maladie: Comme nous l’a rappelé le cas mortel de ce début d’année, les agrégats de cas (clusters, en langage d’épidémiologiste) surviennent souvent dans des collectivités tels lycées et internats, les zones géographiques affectées étant surtout le nord-ouest et le sud-est, selon le rapport des deux équipes françaises.
Différentes souches virales : Plus de la moitié des cas (55 %) de 2008 ont été confirmés par une analyse biologique (recherche des anticorps IgM) ou par recoupement à partir d’un cas identifié biologiquement. Mais tous les cas sont loin d’avoir été confirmés par ce moyen. L’intérêt de cet examen permet d’identifier les différentes souches virales (génotypes) en circulation.
Les auteurs évoquent une « accumulation silencieuse de sujets vulnérables », une résurgence « non inattendue dans le contexte d’une couverture vaccinale encore insuffisante »… alors qu’une incidence aussi basse que 0,1 cas pour 100 000 habitants « suggérait une proche éradication ». En effet, la couverture vaccinale à 2 ans est estimée, selon les départements, entre 87 et 90 % (souhaitable : 95-97 %). En outre, il y aurait une faille dans la déclaration obligatoire : des enquêtes de terrain ont trouvé 10 fois plus de cas que déclarés, ce qui s’expliquerait par l’absence de consultation médicale spécialisée pour nombre de cas, et par « l’insuffisance de connaissance ou de motivation de certains médecins concernant la procédure de notification » (sic).
(1) I. Parent du Châtelet, D Antona et D. Lévy-Bruhl (InVS), D. Floret (Lyon, Groupe de travail sur l’éradication de la rougeole et de la rubéole congénitale), Eurosurveillance, 12 février 2009.
Auteur : Jean-Marie Manus, Conseiller pour la santé publique, Santé log, mis en ligne le 16 février 2009
Visuel : Evolution du nombre de cas en France de Janvier 2008 à 2009
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