ROUGEOLE, l’étude Sanofi Pasteur MSD : Faut-il vacciner dès 6 mois ?
Actualité publiée le 27-05-2009
BEH
Une étude collective franco-anglo-canadienne, soutenue par Sanofi Pasteur MSD (Lyon) et publiée dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire (BEH), pose la question. « Evolution des anticorps sériques neutralisants anti-rougeole d’origine maternelle chez les nourrissons en France en 2006 », ce travail a cherché à déterminer comment se comportent les anticorps maternels protecteurs, légués à l’enfant pendant la grossesse, après la naissance. Le but était d’étudier la décroissance du taux de ces anticorps dans les 15 premiers mois. Un sujet important de recherche, jamais étudié, qui pourrait permettre d’avancer la date de certains vaccins pour éviter que l’enfant soit exposé sans défense à la contagion.
Pour déterminer l’âge optimal auquel un nourrisson doit être vacciné, il est important de comprendre comment évolue son taux d’anticorps spécifiques – ici les anticorps anti-rougeole – légués par sa mère (mais pour un temps donné) et jusqu’à quand l'enfant bénéficie de cette protection dite passive – par rapport à la vaccination, dite protection active. Pourquoi ?
Tout simplement parce que si l’on vaccinait l’enfant alors qu’il possède encore les anticorps maternels à un taux efficace, ceux-ci détruiraient le vaccin… qui est composé de microbes tués ou atténués ou d’antigènes microbiens.
L’étude présentée par les 15 spécialistes qui signent l’article du BEH a testé 348 nourrissons de 0 à 15 mois pour mesurer le taux d’anticorps selon leur âge. Résultats : les anticorps neutralisants diminuent rapidement avec l’âge, passant de 1 740 mUI/mL entre la naissance et 1 mois à 223 mUI/mL entre 5 et 6 mois et à 65 mUI/mL à 6-7 mois. Entre 0 et 1 mois et 6-7 mois, la chute du taux d’anticorps est de 90 % : de 100 % à seulement 10 % d’enfants encore protégés à 7 mois ! Pourquoi cette étude ? D’abord, les auteurs le rappellent, si le vaccin anti-rougeole a fait reculer l’incidence de la maladie depuis son instauration (1983), le problème aujourd’hui – et Santé log l’a récemment souligné – est la proportion insuffisante d’enfants de 2 ans ayant été correctement vaccinés, selon les indications du calendrier vaccinal. Une statistique de 2004 évaluait la proportion d’enfants correctement protégés à 87 % (recommandation OMS : 95 %).
Or la vaccination est actuellement recommandée à partir de 12 mois, 9 mois exceptionnellement. Si elle n’est pas pratiquée dès le premier âge requis, et si les divers rappels sont oubliés, l’enfant reste vulnérable à une maladie virale qui peut être marquée de redoutables complications pulmonaires et surtout neurologiques, tel la PESS (panencéphalite sclérosante subaiguë) à risque létal.
L’étude en question a été entreprise entre octobre 2005 et fin janvier 2007 dans 7 hôpitaux (Normandie, Bretagne, Pays de Loire, Région Parisienne, Rhône-Alpes, Aquitaine) chez des nourrissons présentés à la consultation de pédiatrie ou aux urgences pédiatriques. L’accord des parents était bien sûr demandé pour la prise de sang (0,5 mL). La recherche des anticorps dans les échantillons de sang a été assurée par un laboratoire de biologie de l’Agence de protection sanitaire (HPA) britannique, et les taux ont été calculés pour les différentes tranches d’âge. La protection était considérée effective à partir d’un taux d’anticorps de 120 mUI/mL.
Cette « première » en France – à quand la même enquête sur la coqueluche ? – confirme donc que les anticorps maternels disparaissent dans les 6 mois de la naissance. Exemple : entre 6 et 7 mois, moins de 50 % des nourrissons ont encore des anticorps détectables, mais en fait seulement 10 % sont encore protégés (taux d’au moins 120 mUI/mL). Les auteurs notent que les anticorps maternels issus d’une vaccination semblent durer moins longtemps chez l’enfant que les anticorps issus d’une rougeole ancienne, mais c’est une différence « statistiquement non significative ».
Conclusion : seulement 10 % des enfants de plus de 6 mois sont encore protégés par les anticorps maternels anti-rougeole. Comme la primo-vaccination (dans le ROR) doit être administrée peut être administrée dès 9 mois (recommandation du Plan national d’élimination de la rougeole 2005-2010) si le nourrisson doit entrer en collectivité (risque accru de contagion), en théorie on pourrait déjà faire un vaccin rougeole seul (monovalent) dans ce cas dès 6 mois ? C’est l’espoir que nourrit depuis des années l’association L’Oiseau Bleu, qui aide les parents dont les enfants ont été frappés par la ËSS.
Efficace ? Pour les auteurs, pas tout à fait en raison de « l’immaturité du système immunitaire ». Leur conclusion est imparable et met les familles françaises devant leur responsabilité : « La protection des nourrissons durant cette période de vulnérabilité passe AUSSI par l’augmentation de la couverture vaccinale »
La couverture vaccinale empêche le virus de circuler, surtout quand un virus est strictement humain. S’il y avait une couverture anti-rougeole maximale, peut-être n’y aurait-il pas besoin de se poser la question d’avancer l’âge de la primo-vaccination.
Auteur : Jean-Marie Manus, Conseiller pour la santé publique, Santé log, mis en ligne le 27 mai 2009 (Vignette INPES, visuel OMS)
Source : BEH (Institut national de veille sanitaire) 2009 (22) 225-229
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Cette actualité a été publiée le 27/05/2009 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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