SIDA, Déclaration de Vienne : Et si le véritable enjeu, c’était la TOXICOMANIE ?
Actualité publiée le 19-07-2010
AIDS 2010
La Déclaration de Vienne est un engagement officiel d’AIDS 2010 pour une amélioration de la santé humaine face à la pandémie de VIH/sida, tenant compte de données scientifiques pour la prise en charge du problème lié à l’usage de drogue. Rédigée par des spécialistes internationaux, elle invite scientifiques, professionnels de santé, grand public à lui apporter leur soutien, espérant mobiliser politiques, gouvernements et organismes internationaux pour réformer la politique face à la drogue, à l’échelle mondiale.
Constat : la criminalisation de l’usage de drogues illicites a contribué à alimenter la pandémie du fait de conséquences médico-sociale négatives, d’où besoin de réorientation des politiques.
La communauté scientifique internationale d’AIDS 2010 souhaite que l’on admette enfin les limites de la Guerre anti-drogue, prohibition moderne, et exige sa réforme afin de lever les obstacles à la mise en place d’actions efficaces de prévention et de traitement global du VIH/sida.
Il n’existe aucune preuve qu’une répression par les lois anti-drogue réduise la prévalence de son usage. Les données mondiales montrent que le nombre de toxicomanes par voie intraveineuse augmente, femmes et enfants étant de plus en plus touchés. Hors l’Afrique subsaharienne, les drogues injectées sont cause d’environ un tiers des nouveaux cas d’infection à VIH, là ou le virus se répand très vite, tel l’ensemble Europe de l’Est/Asie Centrale, où sa prévalence peut atteindre 70 % chez les usagers de drogues injectées, et jusqu’à plus de 80 % dans certaines régions.
· Face aux preuves accablantes que la loi a échoué par rapport aux objectifs déclarés des autorités, celles-ci doivent en reconnaître les conséquences, dit la Déclaration.
· Epidémie de VIH alimentée par la criminalisation des usagers de drogues illicites, l’absence d’autorisation de l’offre de seringues stériles et de traitements de substitution à base d’opioïdes ;
· Flambées de VIH chez les usagers de drogues incarcérés, conséquences de lois et politiques punitives et une carence de la prévention du VIH dans ce milieu ;
· Moindre efficacité des mesures de santé publique quand la loi pousse les usagers à éviter les services de prévention et de soins et à se tourner vers des milieux où le risque de maladies infectieuses (VIH, hépatites B et C, tuberculose) est plus élevé ;
· Taux record d’incarcérations dans plusieurs pays, d’où répercussions négatives sur le tissu social de collectivités entières. Les disparités raciales dans les taux d’incarcération pour usage et détention de drogues sont évidentes dans nombre de pays : aux États Unis, environ 1 Afro-Américain sur 9 chez les 20-34 ans est incarcéré en vertu des lois anti-drogue ;
· Stigmatisation des usagers de drogues renforçant la politique de leur criminalisation qui sape les efforts de prévention du VIH et de promotion de la santé ;
· Graves violations des droits de la personne, torture, travail forcé, traitement dégradant, et dans nombre de pays exécution de personnes condamnées pour infractions aux lois anti-drogue ;
· Enorme marché de la drogue, valeur annuelle estimée : 320 milliards de dollars, profit hors contrôle gouvernemental, alimentant la criminalité, la violence et la corruption en milieu urbain, déstabilisant des pays entiers : Colombie, Mexique, Afghanistan…
Bref : le gaspillage de milliards de dollars des contribuables dans une Guerre anti-drogue qui n’atteint pas les objectifs déclarés et contribue plutôt aux répercussions ci-dessus.
Malheureusement, les preuves de l’échec de cette prohibition moderne et de ses répercussions négatives sont souvent niées par ceux qui ont des intérêts cachés dans le maintien du statu quo (sic). Cet état de fait a semé la confusion dans le public et déjà coûté nombre de vies. Gouvernements et organisations internationales ont l’obligation éthique et juridique d’y répondre par de nouvelles stratégies prouvées. D’où ces propositions des signataires de la Déclaration.
1) entreprendre un examen transparent de l’efficacité des politiques antidrogue actuelles ;
2) évaluer une approche de santé publique à partir de données scientifiques sur les conséquences individuelles et communautaires de l’usage de drogues ;
3) décriminaliser les usagers, multiplier les options de traitement validés, supprimer les centres de traitement obligatoires inefficaces, violant la Déclaration des droits de l’homme ;
4) soutenir et accroître le financement d’interventions décrites dans les objectifs validés : OMS, ONUDC et ONUSIDA ;
5) mettre à contribution les communautés touchées dans le développement, la surveillance et la mise en œuvre d’actions qui touchent leur vie.
La réorientation des politiques liées à la drogue vers des approches fondées sur des preuves qui respectent, protègent et renforcent les droits humains permettrait éventuellement réduire les dommages causés par les politiques actuelles et permettrait de réorienter des ressources financières considérables là où on en a le plus besoin : dans l’évaluation d’interventions scientifiques de prévention, de réglementation, de traitement et de réduction des dommages collatéraux, pourrait-on conclure de cette preuve de bonne intention.
Source: AIDS 2010, adaptation de la Déclaration de Vienne, mise en ligne Alexis Yapnine, Santé log, le 19 juillet 2010
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Cette actualité a été publiée le 19/07/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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