SIDA et DROGUES : Pour les scientifiques, le traitement commence par la REHABILITATION
Actualité publiée le 22-07-2010
The Lancet-AIDS 2010
L’édition spéciale du Lancet consacrée au VIH-sida, publiée en ligne le 20 juillet, à l’occasion de la conférence internationale confirme, avec la publication d’une étude, émanant entre autres, de l’Inserm, que pour améliorer l'accès au traitement antirétroviral chez les usagers de drogues injectables (UDI), les professionnels de santé doivent se concentrer moins sur la capacité de chaque patient à adhérer au traitement, et plus sur les conditions de pratique des soins et sur les « circonstances sociales » qui sont à l’origine des interruptions de traitement.
5 pays à revenu faible ou intermédiaire, la Chine, le Vietnam, la Russie, l’Ukraine, et la Malaisie concentrent près de la moitié des usagers de drogues injectables (UDI) qui vivent avec le VIH. L'accès au traitement antirétroviral (ART) est proportionnellement faible dans ces pays où les usagers de drogues injectables représentent les deux tiers des cas de VIH cumulés, mais seulement 25% des patients sous ART. Cette étude réalisée par des chercheurs de l’Open Society Institute, International Harm Reduction Development Program (New York) de l’Inserm et d’un économiste de la Brandeis University's Heller School (USA) montre que l’augmentation du soutien et de la fourniture aux UDI d'un traitement de substitution (OST) augmente l’adhésion au traitement ART et permet donc de réduire l'infectiosité et la transmission du VIH.
Le TARV, essentiel et rentable : Non seulement le traitement par ART est essentiel pour sauver des vies et prévenir la transmission, mais l’étude montre qu'il est rentable. Les données montrent clairement les avantages du ciblage de l'ART pour les usagers de drogues injectables dans les zones où les épidémies de VIH sont concentrées (dont les cinq pays cités). «Notre analyse a porté sur 2 traitements: fourniture de traitements antirétroviraux (TARV) avec la fourniture de méthadone ou buprénorphine aux usagers de drogues infectés par le VIH. Nous avons constaté que les deux sont très rentables. Malheureusement, de nombreux obstacles limitent leur utilisation», explique l’un des auteurs.
Les obstacles systémiques à la fourniture du TARV et du traitement de substitution comprennent la stigmatisation des usagers de drogue dans les établissements de santé, des soins médicaux différents séparés par des spécialités, l'arrestation et le harcèlement des usagers de drogue à l’intérieur ou autour des établissements de soin, mais aussi le harcèlement des médecins qui prescrivent des opioïdes … Dans les 5 pays étudiés, seuls moins de 2% des usagers de drogue auraient accès à un traitement de substitution aux opiacés. Car un grand nombre d’usagers de drogue dans ces pays sont détenus pendant des années dans des établissements « de traitement et de réhabilitation » parfois sans aucun suivi médical ou droit d'appel, ou d’accès à un traitement basé sur des données cliniques. La dispensation d’ART ou d’OST dans ces centres de détention est généralement inexistante. L'incarcération des usagers de drogues, et l'interruption du traitement antirétroviral et de l'OST en prison, sont également courantes.
Quelle part des TARV est consacrée aux usagers de drogue ? Une mesure nécessaire pour améliorer la couverture du TARV pour les UDI serait donc d'améliorer la collecte des données pour déterminer si les UDI reçoivent une « part équitable » des TARV. Les auteurs soulignent que le Fonds mondial de lutte contre le sida, qui entre 2001 et 2008 a octroyé environ 180 millions de dollars pour la prévention du VIH chez les UDI, ne réclame pas aux bénéficiaires le détail des dépenses.
Compte tenu des violations des droits de l'homme et des effets négatifs sur la santé de la répression policière et de l'incarcération, la réforme des politiques et de la législation est nécessaire pour améliorer la couverture du traitement ARV chez les usagers de drogue. Les auteurs concluent :
"Le défi fondamental reste dans le revirement de la société, y compris de l'opinion publique, qui dépeint les usagers de drogue injectable comme déjà morts ou inférieurs à l'Homme ».
Source : AIDS 2010, adaptation, traduction, Claire Tancrède, Santé log, le 22 juillet 2010 (Visuels UNAIDS)
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Cette actualité a été publiée le 22/07/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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