TRAVAIL DE NUIT ET RISQUE DE CANCER DU SEIN ACCRU
Actualité publiée le 30-03-2009
Recherche
Les personnes qui font les 3-8, c’est à dire qui ont des horaires de travail alternés, dont notamment des horaires de nuit, sont exposés à une rupture de leur rythme circadien, c’est à dire la succession harmonieuse du rythme jour-nuit, habituellement réglé par l’horloge interne de chaque individu, dite horloge biologique. Selon le classement des risques de cancer liés à la profession, le Centre international de recherche sur le cancer (Lyon), centre de référence OMS, les horaires de travail décalés (Shiftwork) qui impliquent une rupture du rythme circadien sont « probablement carcinogènes pour les humains ».
Ce qui relance ce problème, c’est la révélation par le site Net-Santé Environnement que le Danemark s’apprêterait prochainement à reconnaître officiellement que le cancer du sein est une maladie professionnelle (donc justifie une indemnisation) lorsqu’il survient chez des femmes ayant travaillé pendant plusieurs années la nuit, que ces horaires nocturnes aient été permanent ou alternés avec le travail de jour.
Selon Net Santé Environnement, alors que la corrélation entre travail de nuit et cancer du sein avait d’abord été refusée par le Ministère du travail danois, mais l’attribution d’indemnités à des femmes de plus en plus nombreuses a justifié un revirement des service du ministère, d’autant qu’une étude déjà ancienne a apporté des éléments de preuves : celle du Fred-Hutchinson Cancer Research Center (Seattle, 2001).
Le CIRC de Lyon, de son côté, prépare une monographie sur le risque carcinogène des horaires décalés, un risque qui est curieusement d’origine biologique. Comme le rappellent les experts du CIRC, les études épidémiologiques ont montré qu’effectivement les femmes travaillant de nuit avaient un risque supérieur à celui des femmes ne travaillant pas de nuit. Parmi ces femmes à risque il y a les infirmières et les femmes travaillant pour des compagnies aériennes, chez lesquelles des études ont été menées. Elles ont montré que l’exposition constante à la lumière artificielle (études sur l’animal) ou le fait de subir le décalage horaire des changements de fuseaux horaires (telles les hôtesses de l’air) peuvent augmenter substantiellement le risque de développement d’une tumeur.
Les études sur l’animal ont montré qu’en réduisant la sécrétion nocturne de mélatonine par l’épiphyse (glande cérébrale impliquée dans l’endormissement) on augmentait l’incidence des tumeurs. Cette interruption de la mélatonine entraîne une stimulation des ovaires et une sécrétion inappropriée d’estrogène, hormone connue pour son effet promoteur de cancer du sein, a montré l’étude du FHCRC.
La rupture du rythme circadien (circa dies : autour d’une journée) provoquée par l’exposition à la lumière pendant la nuit altère donc le rythme naturel veille-sommeil humain en supprimant la sécrétion de mélatonine et influe sur les gènes promoteurs du développement de tumeurs. Dans les 3x8, c’est le travail de nuit qui est le plus perturbant pour le rythme circadien. Comme le notent les spécialistes chargés de rédiger des monographies sur les agents carcinogènes (qui ne sont donc pas tous chimiques !) : « Près de 20 % de la population laborieuse en Europe et en Amérique du Nord est impliqué dans le travail alterné, qui est majoritaire dans les sois de santé, l’industrie, les transports, les communications, le secteur hospitalier ».
L’essentiel des études ont concerné jusqu’à maintenant les infirmières et les hôtesses de l’air. Il est temps de rechercher la même augmentation du risque chez d’autres professionnel(le)s.
Auteur : Jean-Marie Manus, Conseiller pour la santé publique, Santé log, mis en ligne le 30 mars 2009
Source : Rémi Vaugeois, Net Santé Environnement http://www.net-sante-environnement.fr
Accéder au Hutchinson Cancer Research Center (visuel, vignette) www.fhcrc.org
Lire aussi :
SANTE MENTALE ET TRAVAIL : Quand le mal-être s’installe chez 37% des femmes
SOMMEIL : Et la prise en charge médicale ?
NOUVEAU PLAN CANCER 2009-2013 : Pour un nouvel élan
Réagissez à cette actu sur Santé Blog
Cette actualité a été publiée le 30/03/2009 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
|