VACCINATION A/H1N1 : Etude sur les raisons d’un « flop »
Actualité publiée le 26-04-2010
Inserm
Ce qu’il faut appeler un échec de la prévention intrigue les chercheurs en santé publique de l’INSERM U 912 Sciences économiques et sociales, autant que ceux de l’INPES (Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé) et de l’Institut de Microbiologie et Maladies Infectieuses (IMMI) : Comprendre pourquoi l’incitation à la vaccination anti-grippe A/H1N1 (lancée en juillet 2009) fut un flop. A première vue, selon l’étude parue dans Plos One (1), des messages pas assez mobilisateurs pour la majorité des Français interrogés via Internet.
Sans repère, les interviewés ont jugé la gravité de la maladie insuffisante au regard des risques supposés des vaccins, alors que nombre d’entre eux se sont fait vacciner contre… la grippe saisonnière !
Du 17 au 25 novembre, soit une semaine avant le pic pandémique, 2.253 adultes représentatifs des 18-64 ans de la population ont été interrogés. Seuls 17 % d’entre eux, selon l’Inserm, étaient déjà vaccinés ou avaient l’intention de le faire.
Taux d’acceptabilité de la vaccination ? Il y avait pourtant des partisans du vaccin, selon les chercheurs de l’Inserm : les hommes, les personnes ayant été vaccinées au moins une fois contre la grippe saisonnière ces 3 dernières années en particulier, s’il y avait au moins un enfant au foyer.
L’âge s’avère aussi un paramètre important de décision : les adultes de moins de 35 ans étaient les plus réticents au vaccin, les intentions d’y recourir augmentant au delà de 35 ans. Autre paramètre de décision, le niveau d’éducation car ce sont à la fois les personnes avec un haut niveau d’étude et les moins diplômées qui étaient les plus disposées à se faire vacciner. Enfin, une acceptation beaucoup plus forte des femmes enceintes et autres groupes à risque de complications virales : près de 40 % étaient déjà vaccinées ou avaient l’intention de le faire.
Mais la grippe A/H1N1 n’était pas perçue comme un risque majeur pour la santé par la majorité de la population : seuls 35 % des Français l’ont jugée comme une maladie sévère ou très sévère.
Enfin, les doutes sur la sécurité du vaccin (71 %) ou ses possibles effets secondaires (68 %) sont les premières raisons des refuzniks du vaccin... même recommandé par les pouvoirs publics. A l’inverse, se protéger et protéger ses proches en justifiaient l’acceptation. "Nos résultats montrent que les messages sanitaires sur le risque pandémique ont été contrebalancés par le vécu rassurant de la grippe au quotidien alors que la crainte de risques éventuels du vaccin était la principale préoccupation." dit Jean Paul Moatti, directeur de l’U 912. Cette crainte est issue d’une rumeur dont on ignore l’origine, certains observateurs y ont vu une cabale.
Le rôle primordial du médecin : L’étude révèle aussi que l’acceptation du vaccin « est fortement liée à sa recommandation par le médecin » ajoute Jean Paul Moatti. Près de 60 % des personnes ayant reçu une recommandation de vaccination par un/leur généraliste se disaient prêtes à la faire… mais 11% sans cette recommandation. Conclusion : « Le rôle d’information important que les médecins généralistes peuvent jouer dans ce type de pandémie », estime Jean Paul Moatti. « Je pense que les médecins généralistes étaient initialement largement favorables à la vaccination H1N1, comme le montre une autre enquête réalisée durant l’été 2009, et ils jouent habituellement un rôle pivot dans l’administration du vaccin pour la grippe saisonnière ».
De nouvelles enquêtes en population, si possible coordonnées à l’échelle européenne comme vient de le suggérer un colloque de l’European Science Foundation*, sont indispensables pour mesurer en quoi l’épisode H1N1 a pu affecter à long terme l’acceptabilité de la vaccination anti-grippale en général et comment mieux se préparer à l’avenir aux risques pandémiques.
Une étude qui confirme d’autres études et sondages, en particulier l’excellente étude de l’European Center for disease control and prevention (ECDC).
Source : Inserm, mise en ligne par Yann-Mikael Dadot, Santé log, le 26 avril 2010
(1) J.-P. Moatti et coll. Low Acceptability of A/H1N1 Pandemic Vaccination in French Adult Population: Did Public Health Policy Fuel Public Dissonance ? Accès à l'article original Plos One, 16 April 2010
*European Science Foundation. Managing medical risk in the European Union : the H1N1 case. Barcelone, 12-13 avril 2010.
Icono : © INSERM, Manuel Rosa-Calatrava & Annie Rivoire,
Observation en microscopie électronique à transmission de virus pandémiques de la grippe A/H1N1. Plateforme de microscopie électronique CTµ EZUS UCBL1).
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Cette actualité a été publiée le 26/04/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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