VACCINATION EN FRANCE : Si on écoutait un peu les spécialistes ?
Actualité publiée le 21-04-2009
Nouveau calendrier vaccinal
Avec la publication du calendrier vaccinal 2009, les Français (et autres Européens) devraient écouter les « vaccinologues », au lieu de croire que les maladies infectieuses sont de petits problèmes de santé qui ne menacent plus les pays hautement médicalisés, ou qu’inciter à (re)vacciner ne sert qu’à enrichir les fabricants de vaccins. La preuve : on n’est plus obligé par décret de se faire vacciner et de vacciner ses enfants ! Nos couvertures vaccinales ont des « trous »…
Résumant de le calendrier vaccinal 2009 dans le BEH (a), le Pr Daniel Floret, président du Comité technique des vaccinations (CTV) fait une révélation et émet une mise en garde.
La première concerne l’endémie d’hépatite A en France, qui, explique-t-il, est entretenue par l’importation de virus en provenance des pays de haute incidence de cette forme d’hépatite, devenue rare en France… il y a quelques années, mais c’est fini. Les recommandations 2009 visent à limiter ce fait en recommandant la vaccination des enfants originaires des pays d’endémie d’hépatite A et susceptibles d’y retourner.
En Europe, le Danemark fut le premier pays à signaler à l’ECDC (b) qu’il vaccinait systématiquement les enfants de familles originaires de pays d’endémie, installées au Danemark mais se rendant régulièrement dans leur pays d’origine. On s’était aperçu en effet qu’un nombre non négligeable d’enfants (non vaccinés) revenaient de ces « vacances au pays » (des parents) porteurs du virus A, alors que les adultes sont le plus souvent porteurs d’anticorps protecteurs.
Introduire en France le vaccin anti-hépatite A au calendrier est un moyen de pallier la mauvaise application des recommandations de vaccination des enfants voyageurs. La recommandation de vacciner, notamment s’il y a ou s’il y a eu des cas dans la famille et/ou dans les communautés vivant dans des conditions d’hygiène précaire, est aussi un moyen de limiter la dissémination du virus en France, alors qu’on estimait sa présence marginale il y a peu. C’est la même stratégie que pour la tuberculose : la découverte d’un cas infantile permet de remonter dans une famille où existent des adultes contagieux, qui ne sont pas forcément malades (tuberculose latente).
Le Pr Floret évoque aussi « une volonté affichée de relancer la vaccination contre l’hépatite B et d’améliorer une couverture vaccinale préoccupante » Lire (1) car notoirement insuffisante chez l’enfant, l’adolescent et l’adulte, a averti dernièrement l’Académie nationale de médecine. Précision du président du CTV : « Après le remboursement du vaccin hexavalent, deux nouvelles mesures devraient y contribuer : le prolongement jusqu’à 15 ans révolus de l’âge du rattrapage et la possibilité d’utiliser un schéma vaccinal simplifié à deux doses ».
Le gros souci de santé publique est la baisse de la protection vaccinale anti-rougeole (2). Constat : « L’année 2008 a été marquée en France par une très forte résurgence de la rougeole - alors que cette maladie semblait avoir disparu (une quarantaine de cas déclarés en 2006 et 2007), près de 600 cas ont été notifiés en 2008 ce qui, compte-tenu du non respect de l’obligation à déclarer (maladie à déclaration obligatoire), laisse à penser que plusieurs milliers de cas sont survenus ».
Si la déclaration obligatoire n’est pas respectée ? Réponse : situation épidémique, toutes régions affectées, flambées de cas dans les écoles (notamment écoles confessionnelles où les enfants sont très peu vaccinés, précise le Pr Floret) et camps de vacances, constat de « l’absence d’adhésion des professionnels de santé aux recommandations vaccinales ».
La rougeole n’est plus une maladie du jeune enfant, un tiers des cas survient après 15 ans, ou chez le nourrisson de 3 à 9 mois. La rougeole est plus grave chez l’adolescent, l’adulte et le nourrisson : 19 % des cas déclarés et 54 % des adultes ont été hospitalisés (le plus souvent pour pneumonie). Une fillette non vaccinée est décédée d’une encéphalite post-rougeole. Parmi les cas déclarés dont le statut vaccinal est connu, 88,5 % n’étaient pas vaccinés et 9 % n’avaient reçu qu’une dose de vaccin. Pourtant, pas question de revenir à l’obligation vaccinale par décret !
Auteur : Jean-Marie Manus, Conseiller à la santé publique, Santé log- Visuel et vignette INPES et http://www.semaine-vaccination.fr le 22 avril 2009
(a) Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire du 20/4/2009 INVS : BEH n°16-17 : Calendrier des vaccinations et recommandations vaccinales 2009 selon l’avis du Haut conseil de la santé publique [...]
(b) European Control Diseaeses Center, Stockholm
Lire aussi :
(1) VACCINATION CONTRE L’HEPATITE B : De nouvelles recommandations
(2) SEMAINE DE LA VACCINATION : la rougeole, priorité 2009 |