VACCINATION H1N1 : Le manque d'information explique les réticences
Actualité publiée le 06-11-2009
Profession
Roselyne Bachelot vient de confirmer l'information, 2 semaines après le lancement de la campagne de vaccination à l’hôpital, c’est le chiffre de 40 à 50.000 vaccinations qui circule parmi les professionnels de santé. Et la vaccination par dose unique pourrait être recommandée. La France compte près d’un million de professionnels de santé dont 200.000 médecins dont 60.000 libéraux et 450.000 infirmières, dont une large majorité, plus de 400.000 exercent à l’hôpital. Le Ministère de la Santé a lancé la campagne de vaccination à l’hôpital le 21 octobre puis pour le secteur libéral le 30 octobre. Bilan, au 4 novembre, sur la vaccination des professionnels, également prescripteurs et conseillers.
40 à 50.000 professionnels vaccinés soit un taux de vaccination actuel compris entre 2 et 10% selon les établissements, malgré des appels forts du Ministère et des établissements publics :
"Lutter contre une pandémie c’est faire preuve de solidarité", plaidait François Fillon en s’adressant tout particulièrement aux professionnels de santé. Roselyne Bachelot, rappelait également la dimension altruiste forte de cette vaccination et le rôle d’information des professionnels auprès des patients. En misant sur la vaccination des étudiants infirmiers et en médecine lors du déplacement de Roselyne Bachelot à l’hôpital Necker, le Ministère souhaitait montrer l’exemple. L’AP-HP rappelait à ses équipes, dès le 20 octobre, l’ouverture de la campagne, organisant des vaccinations pour le personnel de nuit pendant les permanences de consultations nocturnes et sollicitant ses cadres des services de soins pour l’organisation de séances de vaccination pour des groupes de 10 personnes. Une semaine plus tard, un nouveau rappel partait de la direction de l’AP-HP pour présenter le processus de vaccination à ses équipes.
Enfin, au 26 octobre, seuls 28.000 agents de l’AP-HP avaient reçu le vaccin contre la grippe saisonnière. Compte tenu du délai recommandé en France entre les deux vaccinations, on peut comprendre le faible taux de vaccination contre la grippe A à ce jour.
Que pense la communauté médicale ? La Coordination médicale hospitalière (CMH) – MG France, le syndicat national des médecins, chirurgiens et spécialistes et biologistes des hôpitaux publics (SNAM HP) et la Fédération des spécialités médicales (FSM) se sont coordonnés pour réaliser une étude, réalisée courant septembre, qui porte sur 4027 réponses : 36% des médecins répondants se sentent peu à moyennement concernés, 21% des médecins répondants estiment ne pas disposer de suffisamment d’informations, et en particulier sur les organisations de prise en charge (36%), 28% ne se déclare « pas prêts à se faire vacciner ». Les médecins généralistes ont également rappelé la nécessité d’avoir accès à des informations scientifiques validées et que soit entreprise une communication claire à l’attention des professionnels de santé mais également à l’attention de la population.
Des réserves sur la procédure : Si la Société Française de Pédiatrie appelle le 4 novembre à la vaccination des professionnels de santé en contact avec les jeunes enfants, le Syndicat National des Pédiatres Français (SNPF) et l’Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA), avec le soutien du Groupe de Pathologie Infectieuse Pédiatrique (GPIP), s’ils font confiance « au vaccin », déplorent de ne pouvoir vacciner en cabinets libéraux et dans les centres de protection maternelle et infantile (CPMI) et reviennent sur les délais de vaccination très courts, sur le recours aux vaccins sans adjuvants et en situation d’allaitement. De même, l’Académie de médecine, si en accord avec les propositions formulées par le Ministère de la Santé concernant la vaccination conseille : « les médecins généralistes devraient être autorisés à pratiquer eux-mêmes la vaccination A(H1N1) plus particulièrement dans l’éventualité où certaines personnes ne pourraient se rendre dans les centres de vaccination à cause de leur état de santé ou de conditions climatiques défavorables ».
La réticence infirmière : Bien que le Syndicat National des Professionnels Infirmiers ait précisé qu’il ne s’agit pas d’un sondage professionnel, le 16 septembre, sur 4.107 répondants infirmiers : 65 % refusaient la vaccination H1N1 et 9 % n’avaient pas encore pris leur décision. Quant à l’Ordre infirmier, il s’oppose à une procédure de vaccination « à la chaîne».
La présence d’un adjuvant avec le vaccin de GSK avec lequel a commencé la vaccination, le manque d’information scientifique, le délai entre les deux vaccinations (grippe saisonnière et grippe A) ont probablement joué. La conséquence d’une communication insuffisante c’est-à-dire la non vaccination d’une majorité des professionnels de santé, ne risque-t-elle pas de faire de la grippe une maladie nosocomiale, c’est-à-dire une infection que le patient peut contracter alors qu’il y est pris en charge pour une autre pathologie ?
Sources : communiqués AP-HP, MG France : http://www.mgfrance.org/documents/H1N1/com/Grippe_que_pense_medecin.pdf, SNPI : http://www.syndicat-infirmier.com/Vaccin-H1N1-Resultats-de-la.html, mise en ligne Maurice Chevrier, Santé log, le 6 novembre 2009 (Visuel CDC, vignette Hôpital Necker)
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