VACCINS H1N1 : Que va-t-on faire des excédents ?
Actualité publiée le 03-01-2010
Politique de santé
La France avec ses commandes de 94 millions de doses de vaccins et un budget « de campagne » approchant 1,5 milliards d’euros, face à un schéma vaccinal revu à une dose, un taux de vaccination faible approchant les 7%, se trouve face à un excédent de commandes important. Une nécessité qui se fera de plus en plus urgente pour le Ministère de la Santé, d’apporter une réponse à l’opinion publique sur la manière dont le gouvernement pourra gérer les excédents de commandes de vaccins. Renégociations avec les labos, revente à d’autres états, dons aux pays en développement, toutes les solutions seront envisagées mais la priorité reste sanitaire.
Le budget de la campagne de vaccination présenté en septembre devant la Commission des Affaires Sociales à l’Assemblée Nationale, approche 1,5 milliards d’euros, dont 50% consacrés aux vaccins. Les dépenses non prévues dans le budget de l’EPRUS pour 2009, au titre de la lutte contre la pandémie A/H1N1, sont évaluées à 876 millions d’euros, dont ces 808 millions d’euros de vaccins, pour un total de dépenses estimé à 1136 millions d’euros auquel s’ajoute le budget d’indemnisation des professionnels de santé réquisitionnés soit 240 millions d’euros à charge pour l’Assurance maladie et le budget de communication aux vaccinés pour 53 millions d’euros.
La campagne vaccinale française, la plus ambitieuse d’Europe : L’Institut de veille sanitaire présentait un bilan, fin octobre, des stratégies vaccinales A/H1N1 dans 18 pays d’Europe, d’Amérique du Nord, d’Asie et d’Océanie. La France, avec des commandes parmi les plus élevées en rapport de sa population et une stratégie vaccinale de masse, se distingue par une campagne très ou trop « ambitieuse ». La France s’avère, avec la Suisse, le pays qui a passé les commandes les plus importantes de vaccins au regard de sa population. Sur un schéma à 2 doses qui depuis a été abandonné, la France aurait disposé de suffisamment de vaccins pour couvrir 78% de sa population. Sur le schéma de vaccination à une dose, le nombre de vaccins commandés excède de beaucoup la population française vaccinable, soit environ 62 millions de personnes. C’est sans compter une nouvelle commande de 30 millions de doses annoncée pour 2010.
Un taux de vaccination approchant les 7% de la population : 55 millions de personnes non vaccinées, à fin décembre malgré une campagne de communication colossale. Peu d’intention chez les jeunes, collégiens et lycéens dont seulement 400.000 ont répondu aux équipes mobiles de vaccination présentes dans les établissements. La moitié seulement des personnes appartenant aux groupes à risque ont accepté de se faire vacciner. En bref, environ 7 millions de doses ont été utilisées pour vacciner 4,5 millions de personnes, selon le point du 18 décembre du Ministère de l'Intérieur.
Que va-t-on faire de tous ces vaccins ? Roselyne Bachelot répondait début novembre que 80% du montant du prix des vaccins était représenté par l’adjuvant, dont le délai de conservation s’élève à 5 années et qui pourrait être « réutilisé » lors de prochaines campagnes de vaccination. Par ailleurs, la France, comme un certain nombre de pays européens ont prévu de faire don de 10% de leurs vaccins l’OMS en faveur des pays en développement. Lors de sa conférence du 23 décembre, la stratégie « d’écoulement des commandes » a changé. Roselyne Bachelot évoque de nombreuses autres pistes : « Il est encore un peu tôt pour répondre. Plusieurs pistes sont à l’étude. 9 millions de doses ont été données à l’OMS. La revente est possible, il y a d’énormes besoins. Nous avons été sollicités par de nombreux pays plusieurs dizaines de millions de doses. Nous avons également la possibilité de renégocier avec les laboratoires. Nous pouvons également regarder comment utiliser nos stocks d’adjuvants. Les objectifs sont principalement sanitaires a rappelé Didier Houssin. Les discussions avec l’OMS sont en cours de finalisation et une première partie des 9 millions de doses sera bientôt en cours de livraison.
Un nouveau vaccin trivalent en préparation : Le Groupe stratégique consultatif d’experts (SAGE) de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) réuni fin octobre à Genève prévoit déjà, un nouveau vaccin anti-grippe qui combinerait les différentes souches rencontrées, A/H1N1 2009 et souches des virus de la grippe saisonnière. Les pays riches bénéficieraient d’un vaccin unique efficace contre l’ensemble des souches. Et, néanmoins, le vaccin actuel H1N1 serait utilisé par les pays en développement qui eux resteraient sur le principe d’une double vaccination, grippe saisonnière et H1N1. 2 options de vaccination restent donc actuellement à l’étude pour la prochaine saison grippale :
-Un vaccin trivalent (souches A (H1N1) 2009, A (H3N2) et B) ou alors un vaccin bivalent (souches A (H3N2) et B) et un vaccin monovalent distinct contre A (H1N1) 2009. Il est clair que cette perspective encourage à réfléchir dès maintenant à la manière d’écouler ou de renégocier les commandes de vaccins.
Il y a quelques jours, le Dr. Keiji Fukuda de l’OMS répondait à la question d’un journaliste sur d’éventuelles renégociations en cours entre Etats membres et les laboratoires pharmaceutiques. Nous ne sommes pas au courant de ces démarches, a répondu le Dr. Fukuda.
Sources : Conférence du Ministère de la Santé du 23 décembre, InVS, OMS, mise en ligne Alexis Yapnine, Santé log, le 3 janvier 2010
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Cette actualité a été publiée le 03/01/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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