VIH : CCR5, une nouvelle cible thérapeutique
Actualité publiée le 18-11-2008
Thérapeutiques:
Le VIH vaincu par la génétique, titrait, abusivement optimiste, un site canadien d’informations à propos de cette nouvelle apparemment stupéfiante : la disparition du VIH du sang d’un patient leucémique et VIH-positif, qui a reçu il y a deux ans une greffe de moelle osseuse pour reconstituer son système immunitaire. La moelle osseuse, en effet, est un tissu hématopoïétique, elle produit toutes les cellules sanguines à partir de cellules-souches : hématies, leucocytes et plaquettes.
Un détail peu connu – le récepteur CCR - est susceptible d’aider à comprendre cette nouvelle surprenante, diffusée dans un communiqué par l’Hôpital berlinois de La Charité (un nom bien français, car créé par des huguenots au 18e siècle) : le patient avait reçu une greffe de moelle provenant d’un donneur (compatible) lui-même porteur d’une mutation du récepteur CCR5.
Le récepteur CCR5 est un site de fixation/pénétration du VIH sur/dans les lymphocytes T4 et les macrophages, cellules immunitaires neutralisées par l’infection, privant le séropositif de sa défense anti-infectieuse. Sa mutation est rare : seulement 3 % de la population européenne, selon les médecins allemands.
Il existe une catégorie de patients ayant une mutation d’origine génétique du récepteur CCR5 qui empêche la pénétration du VIH dans les cellules de l’immunité. Que se passe-t-il lorsque le VIH ne peut coloniser celles-ci ? Il trouve refuge dans des sanctuaires où, pour prendre une image un peu simpliste, il attend une occasion de reprendre son invasion des cellules-cibles… Le virus disparaît du sang, en fait ont dit que la charge virale devient indétectable avec les techniques de quantification biologique on dispose actuellement, et seule une biopsie des ganglions (ses sanctuaires) pourraient permettre de le détecter ?
Nombre de médias ont évoqué la possibilité de traiter l’infection à VIH par la « thérapie génique ». La greffe de moelle osseuse n’est pas une thérapie génique, c’est une reconstitution du potentiel hématopoïétique d’un sujet leucémique, dont on détruit la moelle osseuse productrice de cellules cancéreuses (leucémie = cancer du sang) par irradiation, et auquel on donne une capacité nouvelle d’en produire de saines, en stimulant au besoin cette fonction par le recours à des facteurs de croissance des globules blancs (GM-CSF) et rouges (EPO).
Aujourd’hui, grâce à des méthodes de recueil et de filtration très sophistiquée, on peut recueillir des cellules-souches dans le sang et n’injecter que celles-ci, technique qu’on surnomme greffe de sang.
Ainsi, en reconstituant le potentiel hématopoïétique (littéralement : fabrication du sang) de ce patient pour traiter sa leucémie, les médecins allemands lui ont donné une nouvelle défense immunitaire, efficace contre le VIH.
La recherche pharmaceutique a su exploiter la découverte du récepteur CCR5. Le 27 novembre, le laboratoire Pfizer présentera un tout nouveau traitement antirétroviral (ARV), le maraviroc (Celsentri®), premier représentant d’une nouvelle classe thérapeutique : les inhibiteurs du récepteur CCR5. Ainsi, chez les sujets qui n’ont pas la mutation en question, le maraviroc apporte le bénéfice du blocage du point d’ancrage/pénétration du VIH. Il sera associé aux autres ARV, qui s’attaquent à certains sites viraux vulnérables.
Dans le cas où chez un patient sous ARV apparaît une résistance à l’une des molécules du protocole thérapeutique, le maraviroc constituera une alternative très intéressante.
Auteur : Jean-Marie Manus, Conseiller pour la santé publique, Santé log
Mis en ligne le 18 novembre 2008
Accéder à la monographie du maraviroc : http://www.google.fr/search?hl=fr&q=pfizer+maraviroc+Celsentri%C2%AE&start=10&sa=N
|