VIH et drogues injectables : Toute la prévention reste à faire, selon l’ONUSIDA
Actualité publiée le 15-03-2010
Stratégie de réduction des risques
2 aiguilles/seringues par mois et 12 préservatifs par an distribués à chaque consommateur de drogues injectables (CDI), en moyenne dans le monde, c’est bien sûr très insuffisant. Une étude réalisée par le Groupe de référence des Nations Unies sur le VIH et la consommation de drogues injectables conclut que la couverture mondiale des actions de prévention au VIH parmi les populations de consommateurs de drogues injectables (CDI) est bien trop faible pour prévenir, stopper et inverser les épidémies de VIH. Ces résultats sont publiés dans la revue The Lancet dans son édition en ligne du 1er mars 2010, qui souligne la nécessité d’améliorer aussi la collecte de données relatives aux CDI afin d’obtenir une vision plus claire de l’étendue de leurs besoins.
Cette étude financée par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), le Centre national australien de recherche sur les stupéfiants et l’alcool, l’Université de New South Wales et le Conseil national australien pour la santé et la recherche médicale met en évidence non seulement l’absence d’accès aux programmes de réduction des risques pour les CDI mais aussi et surtout l’incompatibilité entre encore de nombreuses législations selon lesquelles l’objet de ces services (substitution d’aiguilles ou méthadone, par exemple) constituent encore des infractions… « Nous n’en savons toujours pas assez sur la nature et la taille des populations que nous devons cibler », conclut The Lancet. Mais nous savons qu’une combinaison d’actions visant à réduire les risques liés à la consommation de drogues peut réduire à presque zéro le nombre de nouvelles infections à VIH parmi les consommateurs de drogues, déclare, Michel Sidibé, Directeur exécutif de l’ONUSIDA.
Concernant la prévention, l’étude estime ainsi que deux aiguilles/seringues par mois ont été distribuées à chaque CDI. Dans les pays où l’on réalise une estimation du nombre de préservatifs distribués aux consommateurs de drogues injectables, on note qu’en moyenne 12 préservatifs par an ont été distribués à chaque CDI. Si ces moyennes mondiales sont plus qu’insuffisantes, elles masquent des variations encore plus importantes selon les pays au niveau de la fourniture de ces services. Alors que presque tous les pays d’Europe occidentale et orientale, d’Asie centrale, d’Australasie et d’Amérique du Nord sont dotés de programmes d’échange de seringues/d’aiguilles, ces services sont absents dans 9 des 25 pays d’Asie de l’est, du sud-est et du sud où l’on recense des pratiques de consommation de drogues injectables. Ces programmes étaient également absents ou non déclarés dans 14 des 16 pays d’Afrique subsaharienne où l’on consomme des drogues injectables.
Les traitements de substitution aux opiacés ne sont accessibles que par moins de 1 % des CDI en Asie centrale, Amérique latine et Afrique subsaharienne et jusque par 61 % des consommateurs en Europe occidentale.
Les programmes de réduction des risques comprennent l'accès à du matériel d'injection stérile, à des traitements de substitution et à des activités de proximité s'appuyant sur les communautés. Ils permettent d’éviter la transmission non seulement du VIH, mais également du virus de l'hépatite C et des autres virus véhiculés par le sang. Ainsi, les pays (Australie, Royaume-Uni, France, Italie, Espagne et Brésil, ainsi que certaines grandes villes du Bangladesh, de la Fédération de Russie et d'Ukraine) qui ont adopté une approche globale de la question du VIH et de la consommation de drogues ont enregistré une diminution de la propagation du virus chez les consommateurs de drogues injectables.
Grâce au plus de 1.000 programmes mis en œuvre dans le monde, près de 10 millions de consommateurs de drogues dans le monde pourront avoir accès à ces programmes.
Malheureusement de nombreux pays restent réfractaires à ces services. Dans ces états, la possession et la distribution d'aiguilles et de seringues stériles constituent une infraction, et les substituts des opioïdes comme la méthadone et la buprénorphine sont classés parmi les substances illicites, bien qu'elles figurent dans la liste modèle des médicaments essentiels de l'OMS.
L’ONUSIDA rappelle donc que VIH et consommation de drogues injectables sont deux épidémies qui nécessitent une stratégie commune. « Des stratégies efficaces de réduction des risques incluent un accès à des aiguilles/seringues propres, un traitement de substitution aux opiacés pour les consommateurs d’opiacés, un accès au traitement antirétroviral et une réduction de la transmission sexuelle du VIH des CDI à leurs partenaires sexuels par le biais de la promotion des préservatifs » a déclaré M. Michel Sidibé.
Sources : ONUSIDA, The Lancet : Services de prévention, de traitement et de soins du VIH destinés aux personnes qui consomment des drogues injectables : examen systématique de la couverture mondiale, régionale et nationale (en anglais), mise en ligne Alexis Yapnine, Santé log, le 15 mars 2010 (Visuel ONUSIDA « UNAIDS Executive Director, Michel Sidibé in conversation with AIDS Activist Abosede Oladayo in Lagos, Nigeria on 24 February 2010)
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Cette actualité a été publiée le 15/03/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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