VIH- SIDA : Roselyne Bachelot pour ou contre les "centres de consommation» ?
Actualité publiée le 19-07-2010
Act Up
A l'occasion de la venue de la ministre de la santé à Vienne, qui vient de se pronocer pour un dépistage banalisé, rapide et démédicalisé, l’association Act Up-Paris revient sur la mise en place de "centres de consommation supervisés" et sur la politique de santé de la France qui "va à l'encontre des malades du sida". Le rapport remis par l’inserm sur la mise en place de tels centres est pourtant positif. Néanmoins, pour des raisons politiques, le Ministère renvoie la balle aux collectivités locales. La Conférence de Vienne sera-t-elle le lieu du courage politique ?
En 2004, les estimations de prévalence du VIH issues de l’enquête Coquelicot menée auprès de 1.462 usagers de drogues (dont 70 % ayant pratiqué l’injection au cours de la vie) à partir des échantillons biologiques étaient de 11 %. En 2006, cette estimation était de 8,5 % chez 484 personnes dont 72 % ont injecté au moins une fois dans la vie. Le nombre total de personnes infectées par le VIH est estimé à plus de 100.000 dont environ 25% sont des usagers de drogues par voie veineuse (Voir schéma ci-contre).
L’Association sollicite à nouveau le Ministère pour la mise en place par les collectivités locales de centres de consommation supervisés (CCS). « Du courage politique », réclame Act Up, à la Ministre de la Santé qui déclarait dans Libération du 19 juillet : « Je tiens clairement à dire quʼil ne sʼagit pas, avec ces dispositifs, de dépénaliser lʼusage de drogues. Il sʼagit bien dʼune démarche sanitaire et cʼest dans ce cadre que jʼai saisi lʼInserm, car, en tant que ministre de la Santé, je suis en charge de la politique de la réduction des risques chez les usagers de drogues. Dans le rapport, les experts affirment
quʼil faut une politique de prise en charge globale intégrant la prévention, la réduction des risques et les soins ».
Sur ce point, Act Up souhaiterait une décision et une responsabilité directe du Ministère, plutôt qu’un report de responsabilité sur les collectivités territoriales… Act-Up écrit : « C'est à l'État d'assumer et de mettre en place la politique de réduction des risques liés à l'usage de drogues, y compris financièrement.
Que sont les Centres d'injection supervisée ? Une CCS est une structure où des usagers de drogues, souvent très précarisés, peuvent venir consommer des drogues – qu'ils amènent - de manière hygiénique et digne, supervisés par des professionnels de santé qui les conseillent et les orientent.
De nombreuses associations comme Act Up, Asud, Anitea (Visuel), Safe, Sos Hépatites Paris, Gaïa, ont travaillé durant plus d’un an sur ce concept. Actuellement, il existe des centres d’injection supervisés dans 8 pays : Allemagne, Australie, Canada, Espagne, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas et Suisse. Ces centres poursuivent des objectifs de réduction des risques et des dommages pour les usagers de drogues et pour la communauté, dans les domaines de la santé publique et de l’ordre public.
En France, la politique de réduction des risques est encadrée par divers décrets (Art. D. 3121-27 du Code de Santé Publique), arrêtés et circulaires adoptés progressivement depuis les années 1987 ainsi que par la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique qui définit un cadre de référence pour les activités de réduction des risques (Art. D. 3121-33 du Code de Santé Publique). Les dispositifs de réduction des risques (vente libre de seringues, stéribox, traitements substitutifs, centres d’accueil, de soins, d’accompagnement à la réduction des risques…) ont fait l’objet entre 1987 et 2006 de différents textes législatifs encadrant leur diffusion.
Le rapport d'experts de l'Inserm publié le 24 juin dernier, indique:« Afin d’être réellement efficace, la politique de réduction des risques doit prendre en compte les changements des pratiques (produits et modalités de consommation), des profils des consommateurs ainsi que des contextes de consommation », écrit l’Inserm. Dans ce même rapport, l’Inserm indique que tous les CIS évalués ont fait la preuve
· de leur capacité à assurer un fonctionnement stable, garantissant de bonnes conditions d’hygiène et de sécurité pour les usagers et le personnel,
· sur la réduction de la morbidité et de la mortalité associées aux overdoses,
· sur la promotion de l’hygiène de l’injection (lavage des mains, désinfection).
L’Inserm confirme l'intérêt des centres d'injection supervisés et conclut que les centres peuvent être considérés comme une mesure complémentaire (et non concurrente) à d’autres dans la palette de services proposés aux usagers permettant de répondre à des besoins de réduction des risques spécifiques liés à l’injection. La Ministre prendra-t-elle en compte l’avis favorable émis par l’Inserm ?
Sources : Communiqué Act Up (Pierre Chappard et Jérôme Martin), Inserm « Rapport sur la réduction des risques », mise en ligne Alexis Yapnine, Santé log, le 19 juillet 2010
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Cette actualité a été publiée le 19/07/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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