VIH-SIDA : Combattre et tuer le virus dans ses «SANCTUAIRES»
Actualité publiée le 23-07-2010
AIDS 2010
Si les trithérapies ciblées qui sortent régulièrement des laboratoires pharmaceutiques, ont permis la progression de l’espérance de vie des séropositifs, c’est parce qu’ils permettent, en apparence, de « chasser » le VIH du sang… Du moins parle-t-on aujourd’hui de « charge virale indétectable »… avec les techniques de diagnostic virologique les plus sophistiquées. Car le virus est toujours là : il est dormant, latent… et sans jeu de mots : il attend son heure.
La retraite du VIH devant le traitement jusque dans des « sanctuaires » en apparence hors d’atteinte et la possibilité de développer un traitement actif sur ces réservoirs, véritables bombes à retardement sont un sujet crucial qu’il faudra régler, pour lutter contre la persistance du virus dans l’organisme, un sujet abordé dans l’atelier animé par Françoise Barré-Sinoussi, proposé par l’ANRS, le ministère allemand de l’Education et de la Recherche, les NIH, Sidaction et Treatment Action Group (TAG).
On attend encore un traitement définitif de l’infection à VIH, un traitement encore plus efficace que la highly active antiretroviral therapy (HAART), régime ARV hautement actif, qui n’est pas parfait, car il a des effets indésirables, et pèse lourd sur les budgets de la santé, car c’est un traitement à vie. La prochaine étape c’est mettre fin à cette persistance, par éradication, ou stérilisation (sterilizing cure), ou en réussissant à obtenir de vraie rémissions : c’est le traitement fonctionnel (functional cure).
Identifier les réservoirs de VIH quiescent, comprendre les mécanismes de la persistance, définir des interventions thérapeutiques actives sur ces virus cachés… Voici les défis des prochaines années. Une immunologiste de Port St.Lucie (Etats Unis), Sandrina Da Fonseca, a décrit l’utilité potentielle d’un marqueur biologique : PD-1, qui permettrait d’identifier les lymphocytes T CD4+ hébergeant le VIH. En neutralisant le PD-1 pourrait réveiller un signal dans le génome du VIH, il deviendrait visible et l’occasion serait trouvée de s’attaquer à ces réservoirs cellulaires. Le PD-1 est aussi un traitement de certains cancers, des essais chez l’humain sont en cours.
Spécialiste française de virologie, Brigitte Autran a décrit deux essais qui vont se dérouler dans le cadre du projet ORVACS (Objectif Recherche Vaccins SIDA), pour lesquels des patients vont être prochainement enrôlés : ERAMUNE 01, qui étudiera l’action d’une intensification du HAART associé à un immunomodulateur, la cytokine IL-7 (développée par la biotech française Cytheris), et ERAMUNE 02 qui associera une HAART intensive à un candidat-vaccin thérapeutique, pour tenter de stimuler la capacité du système immunitaire à spécifiquement identifier et éliminer les CD4+ vecteurs de VIH.
ERAMUNE 01 implique la France, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-=Uni, ERAMUNE 02 est une étude américaine. Les protocoles de ces essais sont décris sur le site clinicaltrials.gov (1). Les laboratoires Merck & Co et Pfizer sont également partenaires.
Précisément, Daria Hazuda, de Merck & Co (MSD) a évoqué quelques aspects des efforts de l’industrie pharmaceutique pour développer des composés qui pourraient cibler les virus latents. Il s’agit d’un long travail de screening, qui consiste à tester toutes sortes de molécules… sans jamais être assuré du résultat final. Actuellement, plusieurs équipes ont identifié des composés-candidats, dénommés inhibiteurs de l’histone déacetylase (HDAC), qui pourraient pousser le VIH hors de ses cachettes (sic), ainsi que d’autres molécules (tels les SAHA), déjà agréées chez l’humain pour le traitement de cancers.
La recherche sur la persistance du VIH dans l’organisme et sur la persistance de ses réservoirs est d’autant plus cruciale que c’est l’un des défis les plus importants pour la prochaine avancée marquante du traitement de l’infection à VIH, et qu’on a découvert que le virus dormant peut continuer à se répliquer dans ces sanctuaires (les ganglions lymphatiques, pour l’instant hors d’atteinte), prêt à en sortir à deux occasions : une chute de l’observance thérapeutique, une rechute de l’immunodépression.
Source : AIDS 2010, mise en ligne Yann-Mikael Dadot, Santé log, le 22 juillet 2010 (Visuels CDC)
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Cette actualité a été publiée le 23/07/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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