VIH-SIDA : L'autre façon de dépister, un tournant en France
Actualité publiée le 21-07-2010
ANRS
Une réflexion et des actions de l’ANRS (Agence nationale de recherche sur le sida) et les expérimentations des associations, comme Aides, ont manifestement inspiré la stratégie que Roselyne Bachelot vient d’évoquer, parallèlement aux déclarations des leaders présents à Vienne pour AIDS 2010, qui constatent encore la marginalisation de populations qui échappent aux stratégies classiques.
En novembre 2008, l’ANRS (Agence nationale de recherche sur le sida) publiait un long communiqué pour annoncer « de nouvelles stratégies de dépistage et de prévention » de l’infection à VIH.
Que disait alors l’ANRS? Le diagnostic tardif de l’infection reste trop fréquent et l’épidémie très active chez les homosexuels masculins (MSM). Or, les ARV sont d’autant plus efficaces que la prise en charge est précoce, ils réduisent de façon importante la transmissibilité du VIH.
Qu’annonce alors l’ANRS ? Le lancement d’un programme de recherche innovant sur le dépistage et les stratégies alternatives de prévention, tel ANRS Com' Test, (mi-novembre 2008), pour évaluer la faisabilité d’un dépistage non médicalisé par test rapide auprès de MSM, en partenariat avec AIDES : nouvelles relations avec le milieu associatif, acteur à part entière de la démarche.
Précision : dépistage non médicalisé ne signifie pas diagnostic d’automédication, mais dépistage hors des structures classiques avec garantie médicale et orientation, en cas de suspicion de positivité, vers le milieu médico-biologique. Le dépistage rapide est un test de suspicion, son résultat sera vérifié par une méthode plus complexe, ce test (Vikia®, bioMérieux) sur sang capillaire est homologué. On n’est plus là dans le style home tests, comme certains médias ont cru le comprendre !
Plusieurs villes-test ont été prévues pour tester cette démarche de santé publique allégée mais tout aussi efficace sur le plan clinique et biologique. Reste à modifier une législation trop carrée…En 2008 en France, le dispositif officiel de dépistage montrait ses limites : environ 36.000 séropositifs s’ignorant porteurs du VIH ou non médicalement suivis ; un tiers des séropositifs diagnostiqués à un stade avancé chaque année, avec sur-risque de moindre espérance de vie.
Selon les associations, une part non négligeable de personnes, notamment les MSM, recourent au dépistage de loin en loin par refus/crainte d’un discours négatif sur leurs pratiques alors que leur prévalence de contamination est d’environ 10 % dans les grandes villes européennes.
Connaître son statut sérologique incite à prendre moins de risques : « Les membres de l’association savent ce qu’est vivre avec la prise de risque, expliquait alors Bruno Spire, président de AIDES (et INSERM U912, Marseille). Nous pensons que le counselling proposé par les associations peut être pertinent. Une offre communautaire de dépistage vise à favoriser la répétition du test chez des personnes qui prennent des risques répétés mais n’osent pas se faire dépister par crainte d’être jugées. Du point de vue santé publique, cela peut avoir un bénéfice car on sait que les personnes qui connaissent leur statut sérologique font plus attention. Un dépistage répété doit permettre de réduire le délai entre la contamination et le diagnostic, sachant que les semaines qui suivent la contamination sont celles où le risque de transmission est le plus élevé ».
Sur le plan individuel mais aussi en termes de santé publique, pour mieux contrôler l’épidémie, il faut adapter le dispositif actuel de dépistage pour un accès au dépistage plus aisé, pour un diagnostic et une prise en charge des nouveaux infectés plus précoces.
Les propositions sont nombreuses : démarche communautaire de dépistage, vers les MSM ; implication de nouveaux acteurs de santé au dépistage, tels les médecins urgentistes ; usage des tests rapides dans les Centres de dépistage anonyme et gratuit (CDAG) ; intégration des ARV dans la stratégie de réduction du risque de transmission ; prévention spécifique : MSM, migrants, travailleurs sexuels, à plus haut risque.
Cela suppose des études scientifiques rigoureuses. L’ANRS a donc mis en place son programme de recherche sur le dépistage et les stratégies alternatives à la prévention. Peut-être un tournant dans la lutte contre le VIH…
Source : ANRS, mise en ligne Louis-Marie Sibuée, Santé log, le 21 juillet 2010 (Vignette Biomérieux)
Accéder aux dernières actualités sur le sida et la 18è Conférence internationale de Vienne
Réagissez à cette actu sur Santé Blog
Cette actualité a été publiée le 21/07/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
|