VIOLENCE CONJUGALE: LES FACTEURS DE RISQUE
Actualité publiée le 11-07-2008
Les enquêtes épidémiologiques (rapport au Ministre chargé de la Santé par le groupe de travail, coordonné par le Pr Roger HENRION (Février 2001), rapport de l’OMS en 2002) ont analysé la fréquence des violences. Malgré les difficultés d’analyses de ces études on constate que 25% des violences sexuelles sont exercées par le partenaire et que 40% à 70% des femmes victimes de meurtre ont été tuées par leur époux ou leur petit ami. Selon les données de la commission européenne : « pour les femmes de 16 à 44 ans, la violence conjugale serait la principale cause de décès et d’invalidité, avant le cancer, les accidents de la route et même la guerre ».
On distingue plusieurs types de violences conjugales : physiques (32%) ; sexuelles (8%) ; psychologiques (26%) verbales (26%) et économiques (8%). Souvent initialement invisibles, elles risquent d’aboutir aux formes « visibles », en se développant à travers des cycles dont l’intensité et la fréquence augmentent avec le temps.
Les conséquences sur la santé des femmes et de leurs enfants sont nombreuses : traumatismes (visage, cou, tout le corps 45%) ; aggravation des pathologies chroniques (pulmonaires, cardiaques, endocriniennes, …) ; troubles émotionnels (colère, honte, anxiété, phobies, …) ; troubles cognitifs (difficulté de concentration) ; troubles psychosomatiques (sommeil, alimentation, douleurs, …) ; troubles de la sexualité ; troubles gynécologiques (lésions, douleurs, infertilité, …) ; troubles obstétricaux (fausses couches, prématurité, retard de croissance, hémorragies, souffrance fœtale …) ; troubles psychiatriques (dépression, suicides, addictions, usage de psychotropes, stress post-traumatique…) ; sans oublier la maltraitance des enfants (68% des enfants sont témoins, 10% sont victimes)…
Le rôle des professionnels de santé en contact avec les femmes et les enfants est multiple et essentiel : accueillir et être à l'écoute ; dépister les violences ; évaluer la gravité ; assurer les soins et constituer un dossier ; rédiger le certificat ; informer et orienter ….
Les professionnels de santé sont souvent les premiers interlocuteurs des femmes victimes. Mais, peu formés au dépistage de ce type de violences, ils en méconnaissent globalement les signes, la fréquence et la gravité. Pour faciliter le dépistage, il est intéressant de se demander s’il existe un « profil » de femmes plus à risque que les autres. Cette question est envisagée comme une recherche de caractéristiques de la personne et de situations devant nous alerter. Il ne s’agit en aucun cas de constituer une « grille de dépistage » ou de différencier les femmes « à risque » des femmes « sans risque », ce qui paraît particulièrement stigmatisant.
Il est essentiel d’être toujours vigilant à ce problème majeur car on sait néanmoins que toute femme peut être victime, quels que soient son origine, son milieu social ou son histoire. Soulignons que, pour briser le silence, rien ne remplace un entretien authentique, mené par un soignant à l’écoute, sensibilisé à cette question et capable d’informer et orienter la patiente.
Certaines femmes sont-elles plus à risque de violences conjugales?
D’après les différentes études on peut énoncer les facteurs de risque suivants :
Age
Jeunes femmes
Mères mineures
Mais aussi femmes âgées
Origine ethnique
Certains pays plus touchés que d’autres
Immigrées
- Originaires d’Afrique
- Importance contexte et situation migratoires
Histoire personnelle
Sévices, coups répétés
Agression sexuelle dans l’enfance
Témoin de violence intra-parentale
Situation sanitaire
Troubles psychologiques
Conduites addictives
MST, pratiques sexuelles à risque
Niveau social
Bas niveau d’études
Chômage
Temps partiel et horaires imposés
Faibles revenus
Aides sociales, allocations
Vie de couple
Couple non cohabitant
Séparation, instabilité du couple
Cumul de partenaires
Relations extra-conjugales
Grossesse / Enfants
Femmes enceintes, post-partum
Grossesses non désirées, demandes d’IVG
Enfants à domicile
Attention la fréquence des violences conjugales augmente pendant la grossesse !
Situation du conjoint
Chômage
Alcoolisme, toxicomanie
Homme connu comme violent
Approche psycho-culturelle
Influence sociétale
Modèle de société patriarcale
Influence familiale et histoire personnelle
Influence religieuse
Importance accordée à la religion
Perception des violences propre à chaque femme
Image d’elle-même / de l’autre
Vision du couple
Seuil de tolérance à la violence
Capacité à dire, à dénoncer
En conclusion, les situations à risque et le cumul de facteurs de risque doivent renforcer la vigilance des professionnels, en sachant que toute femme est potentiellement une victime de violences conjugales !
Auteur: Richard Matis, Gynécologue-obstétricien
Publié le 11 juillet 2008
Pour en savoir plus:
Gynécologie sans frontières http://www.gynsf.org/vc.php
et Amnesty International http://www.amnesty.fr/index.php/amnesty/s_informer/actualites/ne_restons_pas_muets_face_aux_violences_conjugales
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