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PREMATURITE- Allier technicité et humanité
Définition et épidémiologie
Conséquences de la prématurité (disponible sur santé log Petite Enfance n°1)
Pronostic et devenir des enfants nés prématurés
(disponible sur santé log Petite Enfance n°1)
Prématurité et développement.
Du côté du pédiatre (disponible sur santé log Petite Enfance n°1)
Prise en charge globale du prématuré
Prise en charge obstétricale de la prématurité
(disponible sur santé log Petite Enfance n°1)
Le vécu de la grossesse avec risque de prématurité
La vision de la sage femme.
Appréhender la prématurité dans la globalité du couple mère-enfant/famille-enfante
 
Extrait dossier du n°1
de la revue santé log
Petite Enfance
 
La vision de la sage-femme
Appréhender la prématurité dans la globalité
du couple mère-enfant/famille-enfant…
Actuellement, nous raisonnons autour de la grossesse en matière de « risques » et de « pathologies », aux dépens, parfois, de l’épanouissement du couple. Nous tentons de prévenir un maximum, de dépister « en temps et en heure », nous intervenons, nous agissons. Toutefois, la nature peut rapidement reprendre le pouvoir, par exemple, lors des menaces d’accouchement prématuré.
Il est alors temps pour nous de concilier technicité et humanité.

En effet, nous devons agir tout en gardant à l’esprit le souhait de la patiente : être en sécurité physique et psychique, être écoutée, rassurée sur son aptitude à porter et à aider à naître, être respectée et responsabilisée. Ainsi, nous, personnel soignant, nous devons prendre le temps, ne pas être anxiogène… Il s’agit d’informer et d’harmoniser l’information, tout en connaissant nos limites, et en redirigeant la patiente vers un professionnel plus compétent au besoin. Il s’agit de responsabiliser, d’autonomiser la patiente en la rendant actrice de sa grossesse et de la respecter comme il se doit. Mais, surtout, nous devons réintroduire la dimension affective et le soutien humain dans les pratiques de la naissance.
Cela induit donc de travailler en pré, per et postpartum, de manière transversale au niveau obstétrico pédiatrique, au niveau intra-extra hospitalier et selon l’axe médical, social et psychologique.

La prise en charge médicale et globale

En prénatal, lors d’une hospitalisation pour MAP, la difficulté pour la sage-femme consiste à concilier prise en charge médicale au sens strict (agir parce qu’il faut agir) et prise en charge globale. Allier objectivité et subjectivité. Sécurité médicale et émotionnelle.
La patiente attend un enfant, c’est une future maman… Elle ne doit pas passer « à côté de quelque chose » sous prétexte qu’elle est hospitalisée. D’autant que l’on connaît la fragilité émotionnelle et le remaniement psychique que subit toute femme enceinte… Elle développe des processus psychoaffectifs spécifiques à l’état de grossesse : « la maternalité ». Elle est encline à des mouvements affectifs variables et opposés. La peur de l’inconnu, d’être une « mauvaise mère », les « fantasmes » autour de l’enfant, de l’accouchement, et même autour de la grossesse, fusent.
Elle prend conscience de sa grossesse puis se représente l’enfant, enfant « fusionné » puis « imaginaire » et, enfin, « réel ». Cet ajustement autour de la représentation de l’enfant favorise l’ajustement mère-bébé réel à la naissance. Or, la prématurité va induire une césure dans l’élaboration de ces représentations qui n’ont pas eu le temps de s’établir. Il faut 9 mois au couple pour changer de statut, pour arriver à la condition de futurs parents, pour prévoir, organiser le quotidien… Et il faut que la grossesse soit menée dans des conditions satisfaisantes pour que la notion d’attachement apparaisse…

Du côté des professionnels de santé

L’impression qu’il règne toujours « un doute », un « risque » dans le déroulement d’une grossesse « normale », domine du côté des professionnels et aussi du côté des patients. Le glissement vers la systématisation des examens permet de réduire le taux de défauts de diagnostic, mais présente l’inconvénient de faire subir à la majorité toute une série d’investigations et de traitements pas forcément utiles. C’est la technique qui permet d’accoucher, et la femme vit ce moment essentiel comme un acte médical. L’accouchement, même eutocique, devient une affaire de professionnels. L’objectif de ceux-ci est de réaliser un accouchement dans les meilleures conditions techniques possibles, la perception et l’implication de la femme est au second plan. La femme a perdu sa compétence physiologique à donner la vie (elle n’est plus transmise), et le corps médical s’est emparé de l’acte (le plus intime).
Le vécu de la grossesse paraît imposé par l’Institution. De l’échographie jusqu’à l’accouchement, la toute puissance du médecin sur la vie appelle à une forte délégation consciente du pouvoir des mères. Cette prise en charge uniformisée a tendance à faire disparaître le sujet, au nom de l’efficacité thérapeutique et de la sécurité.

L’hospitalisation exacerbe les fragilités psychiques latentes

Il faut être vigilant, repérer les signes avant-coureurs et dépister les éventuelles complications. Stress prénatal, anxiété, angoisse, voire dépression, sont observés. Ces facteurs psychologiques augmenteraient le risque d’accouchement prématuré, d’où la nécessité de les prendre en considération et de soutenir socialement, psychologiquement et médicalement ces patientes. Lors de l’hospitalisation pour risque d’accouchement prématuré, la sage-femme prend en charge, conjointement avec l’obstétricien, l’aspect médical de la MAP (traitement tocolytique, corticothérapie, surveillance du bien-être foetal, de l’activité utérine…). La sage-femme, par ses compétences et sa proximité privilégiée, va se retrouver dans toute la sphère d’accompagnement physique et psychique de la patiente. Il s’agira de replacer la patiente dans son statut de femme enceinte et non dans celui de femme « malade », de la rassurer sur sa capacité à porter la vie. La grossesse ne s’arrête pas avec l’hospitalisation, au contraire ! L’enfant en devenir est pris en compte, on lui donne matière, existence. La patiente a besoin d’être accompagnée via l’équipe (au sens large) de garde et via les séances de préparation à la naissance. Ces dernières doivent être maintenues pendant l’hospitalisation, voire proposées et débutées. Bien évidemment, elles s’adapteront à la mobilité de la patiente (penser au transport en lit ou en chaise roulante…). La douleur physique et morale sera prise en compte, reconnue, légitimée. L’environnement se voudra confortable et sécurisant.

Le travail en équipe pluridisciplinaire

Malheureusement, le travail croissant des professionnels limite souvent leur champ d’action à l’aspect purement médical (parer au plus urgent et en aucun cas le négliger !). Le travail en équipe pluridisciplinaire prend alors tout son sens… Ainsi, on va voir intervenir la collègue de la préparation à la naissance, celle qui fait de l’acupuncture, de la sophrologie, de l’hypnose…, ou encore le psychologue, oreille posée et attentive qui va replacer la femme dans son statut de « gestante », qui aura une vision autre que purement médicale et directive. Le plan de périnatalité de 2005 met l’accent sur cette prise en compte de l’environnement psychique de la grossesse, de la naissance. C’est pourquoi la collaboration médico-psychologique doit être renforcée.

Donner corps à son enfant prématuré

Pour intégrer l’enfant dans ce processus, dans ce cheminement vers une naissance éventuellement prématurée, il faut donner corps à celui-ci. Par le biais du monitoring, c’est l’occasion de s’enquérir de l’enfant, à proprement parler. Utiliser des techniques de visualisation, de respiration, aider la patiente à « s’échapper » de sa chambre d’hôpital, à développer la pensée positive (souvenirs heureux, confort…), introduire la musique… Lui proposer de garder un linge qui accompagnerait son bébé lors d’un éventuel transfert. Et bien évidemment, on organise une (ou des) rencontre avec l’équipe pédiatrique. Le pédiatre expliquera, tentera de rassurer les parents tant sur la prise en charge que sur le devenir d’un enfant prématuré. Une visite dans le service de néonatologie doit être réalisée si le contexte le permet. Ainsi, le relais est passé aux puéricultrices et aux auxiliaires de puériculture. C’est créer un premier lien… Même si la patiente n’intègre que partiellement ces données, elle espère toujours que la naissance sera retardée. Voir des bébés prématurés permet parfois de dédramatiser, de les rendre plus « humains ». La patiente appréhendera autrement le transfert éventuel de son enfant. Un livret d’accueil du service concernant les enfants prématurés sera donné et commenté. C’est également au personnel de la maternité, et plus particulièrement aux sagesfemmes, de connaître le service de néonatologie pour pouvoir l’aborder avec les patientes. Il en est de même pour les pathologies néonatales, les prises en charge…
Les réseaux de périnatalité ont été développés dans l’optique de la globalité du couple mèreenfant. Ainsi, en cas de MAP, la patiente est transférée dans une structure où il existera un service de néonatologie adapté pour recevoir le nouveau-né prématuré, en cas d’échec de tocolyse. La future maman peut faire connaissance avec le service qui accueillera son enfant. En cas d’accouchement prématuré, la mère et l’enfant seront sur le même plateau technique. Il s’agit du transfert in utero (TIU). Les visites au nouveau-né seront facilitées. L’isolement, la séparation seront parfois moins ressentis par la patiente, et le père n’aura plus à choisir entre sa femme et son enfant, et ne passera pas son temps sur les routes. En cas de transfert du nouveau-né dans une autre maternité, le rapprochement secondaire de la mère sera possible.
Au-delà de la future maman et du bébé, il ne faut pas négliger le futur papa, à l’emploi du temps bouleversé et au stress souvent non exprimé. Lui aussi a des angoisses, des interrogations, des besoins. Il a un rôle fondamental. Ainsi, l’équipe médicale lui fournit les informations nécessaires, lui propose de participer à la PPO, aux échographies, à la visite de la néonatologie… Il faut être vigilant aux liens conjugaux qui existent et les ménager tant que faire se peut, et respecter leur intimité.

Il y a également la fratrie…

Leur montrer de l’intérêt, soit via les parents, soit lors des visites, est nécessaire pour qu’ils vivent au mieux la séparation d’avec leur mère, le désordre familial et l’arrivée prématurée du bébé. Pour que cette mouvance familiale se fasse au mieux, le passage des services sociaux de la maternité peut offrir un soulagement à la patiente (acceptant ainsi mieux son hospitalisation), par le biais d’aides à domicile par exemple. Un soutien psychologique « familial » est envisageable au besoin. Des livres destinés aux enfants au sujet de l’arrivée du bébé, en général, et spécifiques à la prématurité, sont disponibles dans le commerce.

La femme enceinte ne se sent pas malade

Un autre facteur est à prendre en considération : la femme enceinte ne se sent pas malade. L’hospitalisation peut être mal vécue, mal comprise. Le temps des négociations, des explications, de la compréhension d’un refus d’hospitalisation apparaît.
S’ajoute parfois une famille, des enfants à la maison et de réelles difficultés, ainsi que, pour leur mari, à résoudre les inévitables problèmes familiaux engendrés par une hospitalisation traditionnelle, malgré l’aide à domicile, les travailleurs sociaux. La qualité du repos est souvent meilleure à la maison qu’à la maternité : moins de bruits, respect des biorythmes, souplesse des horaires de visites… Les liens familiaux sont favorisés, la femme fait toujours partie intégrante de la famille. L’hospitalisation à domicile (HAD) peut donc être une alternative intéressante de par un intérêt psychologique (confort moral et matériel) et économique, à condition d’assurer la même sécurité et qualité qu’à la maternité. La phase aiguë passée, la MAP stabilisée, la patiente relève essentiellement d’un repos strict, d’une diminution de la pénibilité de la vie quotidienne, aidée d’une prescription médicamenteuse légère et d’une surveillance de l’activité utérine. Cette deuxième phase de traitement, indispensable à la poursuite de la grossesse, peut se faire à domicile. Elle nécessite alors la visite à domicile,, quotidienne ou hebdomadaire, d’une sage-femme qui, outre les aspects cliniques et paracliniques, s’assurera de l’observance du traitement, du repos, et offrira un soutien psychologique à travers, pourquoi pas, la préparation à la naissance. Infirmière, services sociaux, aides à domicile, équipe de pédopsychiatrie s’incluent dans ce système de surveillance. Un relais constant avec la maternité de référence est assuré.

La qualité de la prise en charge

L’occupation principale autour de la naissance prématurée d’un enfant est médicale. En effet, de la qualité de la prise en charge, en termes d’efficacité et de précocité, va dépendre le pronostic de l’enfant. Il en est de même pour la prise en charge obstétricale. Néanmoins, le couple ne doit pas être oublié, et tout doit être fait pour favoriser l’attachement mère-enfant. La mère est tout aussi « prématurée » que son enfant… Un climat de confiance et un dialogue doivent s’instaurer. La naissance, à proprement parler, sera accompagnée et soutenue, la douleur et le désarroi écoutés.
La naissance prématurée est un évènement brutal, violent. Les parents sont en état de choc. Ils vivent cette naissance tel un échec… Leurs processus de parentalité sont bouleversés de par la césure qui s’opère dans le projet d’enfant. Malgré les informations données en anténatal, la représentation de l’enfant reste difficile. Et, au moment de l’accouchement, les parents enregistrent une série d’images qu’ils n’intègrent pas. Ainsi, bien que toutes les mères (ou presque) voient leur enfant avant le transfert, elles n’intègrent pas qu’elles ont donné naissance à leur enfant. Voir l’enfant n’est pas une expérience sensorielle assez intense en ce moment de désorganisation…

L’importance du contact physique avec l’enfant

De plus, la mère doit confronter cet enfant à l’enfant imaginaire, à l’enfant qu’elle n’a pas fini d’élaborer, de « mûrir ». La déception, la culpabilité, la peur, l’angoisse de la mort sont présentes et paralysent les mouvements d’investissement du couple sidéré dans son processus de parentalité. Au-delà de la sage-femme, toute l’équipe a un rôle de soutien pour le couple. De plus, un psychologue peut, si besoin, intervenir dès la salle de naissance.
Les parents ne doivent pas se sentir plus démunis et plus abandonnés qu’ils ne le sont déjà. Pour intégrer psychiquement un tel évènement, il faut une continuité de présence et qu’ils puissent identifier correctement et clairement leurs interlocuteurs. Ces derniers expliqueront, au fur et à mesure, la situation, les gestes effectués, et reprendront à distance tout le déroulement de la prise en charge. En effet, en situation de crise, les éléments apportés ne sont pas toujours intégrés, l’esprit est « ailleurs ».
Sans pour autant oublier le couple, l’arrivée de l’enfant doit être managée avec précision et correction, en étroite collaboration entre les équipes d’obstétrique et de pédiatrie.
La prise en charge correcte sera fondée sur la prévention, sur une équipe médicale compétente et conséquente, et sur la préparation correcte et complète du matériel. Ce dernier doit être prêt en permanence et vérifié à chaque prise de poste et à chaque naissance à risque. L’accueil de l’enfant doit être respectueux, optimal médicalement, parlant tout en respectant les règles d’hygiène et d’asepsie, et prévenir du risque important d’hypothermie. La surveillance médicale sera continue jusqu’au transfert dans le service de néonatologie. La prise en charge sera expliquée directement aux parents par le pédiatre lui-même, et réexpliquée ultérieurement.
Point fondamental : les parents verront leur enfant, mais surtout ils le toucheront, ce contact étant nécessaire à l’intégration de la naissance de l’enfant. Au moins une photo sera réalisée et donnée aux parents. Un linge, porté par la maman, sera placé dans l’incubateur. Il faut essayer de créer une symbolique du lien. Le papa accompagnera, s’il le souhaite, son bébé dans le service de néonatologie, même si le transfert a lieu dans un autre hôpital : c’est notre lien le plus précieux entre la mère et l’enfant.

L’accompagnement des familles

La naissance prématurée anéantit tout le monde, parents et entourage, et provoque un choc émotionnel important. Même les soignants peuvent être affectés par cette naissance : échec de la prise en charge, injustice, impuissance, difficulté à appréhender la douleur des parents, « mal à l’aise » face au chagrin… Néanmoins, ils prodigueront un accompagnement de qualité aux familles en offrant au couple une capacité à écouter, à prendre en compte leurs ressentis, leurs besoins et leurs manques… même a posteriori. L’aide sera non directive, non imposée, mais expliquée, discutée, soumise à réflexion, afin de relancer la dynamique de pensée (positive !). Le personnel sera soutenant et respectueux vis-à-vis des mères. Cet accompagnement va permettre de prévenir des troubles psychologiques et des troubles de l’attachement.

Faire le deuil de son état de grossesse

La mère, chez qui on retrouve de la culpabilité, de la dévalorisation, de l’anxiété se sent inutile, frustrée, dépossédée de son bébé par le corps médical… Et elle a parfois du mal à s’autoriser à s’attacher à cet enfant, minuscule, fragile, dépendant de la technique ou, pire, à le reconnaître… Elle doit faire le deuil de son état de grossesse et de l’enfant imaginaire, parfait, idéal, et s’ensuit un travail inverse : celui d’attacher à l’enfant réel des désirs, des espoirs, des sentiments, et de lui aménager une place dans sa vie mentale. Lors de longues séparations, la restructuration de la mère peut se faire sans inclure l’enfant. La mère hypersensible et vulnérable subit une désorganisation psychique importante. Il existe une vive blessure narcissique d’avoir un enfant « pas fini ». Cette expérience ne ressemble à aucune autre, la patiente n’a pas de repère… De plus, le vécu sera fonction de sa propre histoire familiale. Or une dépression post-natale maternelle peut retentir sur le développement de la relation mère-bébé, et entraîner des problèmes cognitifs et émotionnels chez l’enfant.

L’établissement de l’attachement mère-enfant

La place naturelle des parents est d’être auprès de leur enfant. Pour l’établissement d’une bonne relation mère-enfant, les contacts précoces sont importants. Même de brève durée dans le postpartum immédiat, une séparation peut jouer un rôle négatif dans l’établissement du lien mère-enfant. Le personnel doit veiller à l’établissement de cet attachement mère-enfant, parents-enfant, lors d’un transfert néonatal. D’autant que la capacité interactionnelle de l’enfant prématuré et de ses parents est de moins bonne qualité que celle d’un enfant à terme.
En effet, le prématuré a une moins bonne capacité à signaler sa détresse. Il sollicite moins son entourage, évite plus le contact oeil à oeil. Il sourit moins et manifeste plus de désagréments pendant le nourrissage. Ainsi, il réduit sa participation dans le processus d’attachement, il « parentalise » moins et plus tardivement ses parents. Chez la mère, cela procure moins de plaisir et induit des mécanismes compensatoires de sur-stimulation. Quant au père, il interagit encore moins que la mère et que les pères d’enfant à terme… Le père, par ailleurs, tient un rôle difficile d’intermédiaire entre la mère et leur enfant… Il doit également contenir l’angoisse maternelle tout en se créant, lui aussi, son rôle, son image de père, avec ses craintes et ses espérances. Il faut lui donner droit à des émotions, lui aussi a besoin d’être valorisé, car il a souvent un sentiment d’impuissance et d’inutilité.

La nécessité d’une prise en charge la plus humaine possible

Les parents se retrouvent déroutés, désorientés et emprunts de culpabilité face à ce bébé fragile et solide à la fois. Et l’on peut observer une réelle douleur parentale et une éprouvante fatigue. De telles naissances induisent des conséquences familiales indéniables : comment la prématurité est-elle vécue par les parents, individuellement et au sein du couple ? Comment influence-t-elle l’organisation familiale et la place de cet enfant au sein de la famille ? Or, l’enfant se construit dans l’interaction avec son entourage… Les dispositions psychiques parentales ont donc une incidence dans son développement. Après avoir dépisté la souffrance psychologique, les soignants demanderont l’aide de toute l’équipe de pédopsychiatrie, qui prendra en charge parents et entourage (voire les soignants eux-mêmes dans les situations difficiles). Les services sociaux interviendront également pour le soutien « matériel » et administratif.
Au sein de l’unité de néonatologie, un référent médical est défini. Ce sera le lien privilégié avec les parents, la famille. Les soignants auront une attitude chaleureuse, la communication sera ouverte. Les mots employés seront non anxiogènes et non blessants. Des réunions avec l’équipe et avec d’autres parents seront organisées tout au long du séjour. L’unité de néonatologie est un lieu de stress émotionnel intense pour les parents, d’où la nécessité de garantir des informations et un accompagnement de qualité. La haute technicité des soins ne doit pas faire oublier la nécessité d’une prise en charge la plus humaine possible. Il faut permettre des moments d’intimité à la famille au sein du service. Les parents apporteront un objet, un linge avec leur odeur, des photos, des dessins des aînés, voire ils enregistreront une cassette avec leurs voix ou de la musique écoutée pendant la grossesse… Ils se créeront « leur univers ».

Répondre aux besoins de l’enfant

Mais l’aspect médical ne doit pas être oublié : sécurité, continuité, efficacité, humanisation des soins, hygiène et asepsie. Selon le programme NIDCAP (Programme néonatal individualisé d’évaluation et de soins de développement, du Dr Brazelton), la douleur doit être reconnue, prévenue et prise en charge (par exemple, succion non nutritive et saccharose). Le confort physique et psychique de l’enfant sera une priorité : installation confortable (réalisation d’un cocon, enveloppement, couchage en flexion), soins réalisés en phase d’éveil et selon leur tolérance, d’où un respect du sommeil, intégrer les parents de manière optimale, limiter bruit et lumière, soins invasifs répétés. Il s’agit donc de répondre aux besoins physiques, psychiques et culturels de l’enfant. Renforcer le lien parents-enfant. Afin de renforcer le lien parents-enfant, la présence des parents est possible sans restriction horaire, de même que la fratrie est autorisée à venir voir le bébé.
Pour la mère, au-delà de la possibilité d’aller voir son enfant autant que possible, l’allaitement maternel sera proposé, encouragé (mais non imposé), le « peau à peau » l’aidera à se revaloriser et à reconnaître son enfant. Le « peau à peau » n’est pas réservé qu’à la maman, le papa y a droit aussi, surtout si la mère ne peut se déplacer ou si elle se trouve dans un autre établissement. Les parents doivent avoir une participation progressive et active dans les soins quotidiens (toilette, change, biberon). Outre le soutien pour l’enfant, cela les aidera à acquérir rapidement une autonomie, à dédramatiser la pathologie et les gestes, à découvrir les besoins, les compétences de leur bébé, et à décrypter son comportement. Il faut également les inclure, autant que possible, dans le processus de décision médicale.
Malheureusement, les visites en néonatologie ne permettent pas toujours aux parents de prendre totalement possession de leur enfant. Il faut parfois plusieurs mois à la mère pour se sentir reconnue dans son état de mère.
Si la mère ne peut pas se déplacer, le pédiatre doit venir la voir pour lui transmettre les informations médicales, la sage-femme assurera également le lien avec l’équipe de néonatologie. Le rôle du père est alors encore plus fort. Quant à l’obstétricien, il doit rester concerné par l’état de l’enfant. Par ailleurs, l’état médical de la patiente ne doit pas être sous-évalué ou mis entre parenthèses à cause de la place prépondérante de cette naissance prématurée.
Pour éviter ces séparations mère-enfant, des « unités kangourous » ont été développées. Ces structures d’accueil, au sein des maternités, sont capables d’accueillir les bébés, par exemple prématurés, présentant un état clinique stable et ne relevant pas de la réanimation. Le maintien du contact physique permet le bien-être de la dyade mère-enfant et l’instauration de la relation mère-enfant. Ainsi, les mères sont impliquées précocement dans la prise en charge.

Renforcer le lien parents-enfant

Afin de renforcer le lien parents-enfant, la présence des parents est possible sans restriction horaire, de même que la fratrie est autorisée à venir voir le bébé.
Pour la mère, au-delà de la possibilité d’aller voir son enfant autant que possible, l’allaitement maternel sera proposé, encouragé (mais non imposé), le « peau à peau » l’aidera à se revaloriser et à reconnaître son enfant. Le « peau à peau » n’est pas réservé qu’à la maman, le papa y a droit aussi, surtout si la mère ne peut se déplacer ou si elle se trouve dans un autre établissement. Les parents doivent avoir une participation progressive et active dans les soins quotidiens (toilette, change, biberon). Outre le soutien pour l’enfant, cela les aidera à acquérir rapidement une autonomie, à dédramatiser la pathologie et les gestes, à découvrir les besoins, les compétences de leur bébé, et à décrypter son comportement. Il faut également les inclure, autant que possible, dans le processus de décision médicale.
Malheureusement, les visites en néonatologie ne permettent pas toujours aux parents de prendre totalement possession de leur enfant. Il faut parfois plusieurs mois à la mère pour se sentir reconnue dans son état de mère.
Si la mère ne peut pas se déplacer, le pédiatre doit venir la voir pour lui transmettre les informations médicales, la sage-femme assurera également le lien avec l’équipe de néonatologie. Le rôle du père est alors encore plus fort. Quant à l’obstétricien, il doit rester concerné par l’état de l’enfant. Par ailleurs, l’état médical de la patiente ne doit pas être sous-évalué ou mis entre parenthèses à cause de la place prépondérante de cette naissance prématurée.
Pour éviter ces séparations mère-enfant, des « unités kangourous » ont été développées. Ces structures d’accueil, au sein des maternités, sont capables d’accueillir les bébés, par exemple prématurés, présentant un état clinique stable et ne relevant pas de la réanimation. Le maintien du contact physique permet le bien-être de la dyade mère-enfant et l’instauration de la relation mère-enfant. Ainsi, les mères sont impliquées précocement dans la prise en charge.

Aider la mère à penser le bébé et à s’identifier à lui

La reconnaissance de l’état de mère, à proprement parler et au niveau social, est plus aisée, car les visites de l’entourage sont autorisées, un lien extérieur est maintenu. Elle va prendre plus rapidement confiance en elle. Les soins seront facilités et très rapidement réalisés avec le soutien des professionnels.
Il faut aider la mère à penser le bébé et à s’identifier à lui. Cela va survenir rapidement, ou très peu et tardivement. Or, cette capacité favorise le développement du sentiment de compétence parentale…
Cette période charnière demande une grande vigilance de la part des professionnels (auxiliaires de puériculture, puéricultrices, pédiatres, infirmières, sages-femmes, obstétriciens, psychologue, pédopsychiatre…), afin de dépister à temps toute pathologie de l’attachement, et de préparer l’avenir de la famille agrandie.

Le retour à la maison se fera notamment à travers les soins

Période charnière où la capacité d’adaptation des parents est mise à rude épreuve… C’est un évènement à la fois heureux et angoissant. Les sentiments sont partagés… Les parents attendent ce moment avec impatience, mais s’inquiètent de ce qui les attend.
Ce retour à la maison doit donc être finement préparé. Cela se fera notamment à travers les soins. Avant la sortie, certains points seront revus avec les parents : la toilette, les changes, l’alimentation, la courbe de poids, la température, l’installation, l’habillement, le couchage, le portage, les sorties, les médicaments… Il s’agit ainsi de s’assurer que tout soit compris, qu’il n’y ait pas de question en suspens et, surtout, que tout soit prêt à domicile pour accueillir l’enfant : mobilier de chambre, nécessaire pour la toilette (savon, serviette, sérum physiologique, compresses…), pour le change (couches, topique), vêtements, biberons et accessoires (chauffe-biberon, stérilisateur, goupillon, tétine), lait « préparation pour nourrisson », ou autre selon avis médical, au besoin tire-lait acheté ou loué (et stérilisateur), pour le transport de l’enfant… Liste non exhaustive !

Le soutien à la famille

Le carnet de santé sera remis avec le suivi médical ultérieur et les ordonnances.
Une permanence téléphonique est à disposition des parents, et un relais extérieur est organisé (PMI, médecin traitant, pédiatre de ville, psychomotricien…).
L’hôpital assurera le suivi à plus ou moins long terme des enfants, et le suivi psychologique maintenu autant que besoin.
Des associations de parents d’enfants nés prématurés existent, ainsi que des associations de soutien à la parentalité et à l’allaitement. Les parents doivent en être informés. Une aide à domicile peut aider les parents pour faciliter leur organisation. Il est important de s’enquérir des besoins humains et matériels dont bénéficient les parents et/ou ce dont ils auraient besoin. C’est dans cette période qu’il faut redoubler de vigilance concernant l’état psychologique de la patiente, d’où un travail en réseau ville/hôpital nécessaire. Ainsi, il faut se méfier des signes de dépression : tristesse, difficulté relationnelle avec l’enfant, trouble de l’attachement, sentiment de solitude et d’incompréhension, manque d’énergie, d’appétit, asthénie, inquiétude excessive, agressivité, souvenir négatif de l’accouchement qui persiste, nombre de consultations pédiatriques importantes… Tout ne s’arrête pas avec la afin de l’hospitalisation, bien au contraire…
L’arrivée d’un prématuré bouleverse l’équilibre familial… En tant que professionnel, notre rôle est de rétablir la confiance des parents, de favoriser l’expression de la parole, de les écouter et de les déculpabiliser, le tout en assurant une prise en charge médicale de qualité. Il faut réinvestir les plaintes somatiques des patientes, les explorer, surtout dans le post-partum où l’enfant est souvent la principale préoccupation.
L’accompagnement va permettre de faciliter l’apprentissage des soins sans se substituer à la mère mais en l’aidant à prendre sa place de mère. Le confort de l’enfant sera une préoccupation de chaque instant. Un soutien et un suivi médical, social et psychologique seront organisés au niveau intra et extra-hospitalier sur le long terme.

En conclusion

Il s’agit de rendre les parents acteurs et non spectateurs, tout en agissant avec empathie, bienveillance, disponibilité et respect de la culture et des croyances. Les parents ont beaucoup de ressources, parfois enfouies… Aidons-les à les mobiliser !

AUTEUR
Émilie Smagghe
sage-femme — Hôpital Saint-Vincent-de-Paul
Groupe hospitalier
Institut catholique de Lille
Article publié le 14/04/08
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