Rares sont encore les cancers disposant d’une
prévention primaire par une vaccination ou un
traitement classique ciblés, car encore faut-il avoir la preuve d’un agent microbien déclenchant.
C’est le cas pour l’hépatite B, précurseur du cancer
primitif du foie (vaccin), et dans une certaine
mesure pour le cancer gastrique attribuable à
l’infection à Helicobacter pylori (traitement antibiotique
d’éradication).
Le développement des premiers vaccins anti-
HPV a dû tenir compte d’un fait avéré : certains
virus parmi la centaine de génotypes sont plus
souvent impliqués dans la constitution du cancer
du col. Deux vaccins sont désormais disponibles
: Cervarix® (GlaxoSmithKline/GSK), ciblant les
HPV 16 et 18, et Gardasil® (Sanofi-Pasteur MSD),
ciblant les HPV 16 et 18 et les HPV 6 et 11. Les
génotypes 16 et 18 ont un haut pouvoir oncogène,
les génotypes 6 et 11 sont les plus impliqués dans
les condylomes vénériens (verrues génitales).
Primo-vaccination ou rattrapage
Cette vaccination ciblée, que progressivement
tous les pays avancés adoptent en tant que primovaccination
chez les filles de 12 à 14 ans, et en
tant que rattrapage chez certaines jeunes femmes,
repose sur une préparation de particules virales
antigéniques, non infectieuses, mais suscitant une bonne réponse immunitaire.
Les essais cliniques de chaque vaccin ont
concerné environ 20 000 femmes pendant plus
de 4 ans et ont confirmé la capacité immunogène
(apparition d’un haut taux d’anticorps) des vaccins
contre les HPV 16 et 18. La protection conférée
est donc certaine, on sait que sa durée est d’au
moins 5 ans (recul actuel).
Cette prévention primaire est une révolution dans
la prise en charge des cancers de la femme,
comme le fut en son temps le vaccin anti-hépatite
B. Elle ne supprime cependant pas la stratégie
de prévention axée sur la réalisation d’un frottis
périodique (Pap test), et sur la détection des HPV
au laboratoire d’analyses en cas d’image cellulaire
suspecte.
Les vaccins préviennent l’infection par les HPV 16
et 18 et les pré-cancers cervicaux qui en résultent
et le cancer invasif (lésions squameuses intra-épithéliales
et adénocarcinomes), ainsi les néoplasies
valvulaires et vaginales intra-épithéliales chez des
femmes n’ayant jamais été précédemment infectées
(patientes naïves) par ces deux HPV.
Épidémiologie du cancer du col
Ce cancer est la deuxième cause de cancers
de la femme dans le monde et l’infection à
HPV est la plus fréquente des IST dans le
monde. Dans les pays développés, le dépistage
organisé repose sur le frottis qui permet
la détection précoce de lésions suspectes ou
précancéreuses, qui peuvent être traitées pour éviter une forme invasive. 
Le problème de l’accès au dépistage dans un
pays comme la France ne se pose pas, mais
comme il se fait sur la base du volontariat, on
constate son imperfection, comme le soulignait
le Pr Catherine Weil-Olivier (Université Paris VII,
Journées Eurocancer 2006) : non respect d’un
rythme régulier (tous les 3 ans en l’absence d’anomalie)
de dépistage chez les femmes de 20/25 à
65 ans, échappement d’au moins 40 % des femmes
concernées (certaines femmes sont surdépistées,
d’autres ne le sont jamais), la sensibilité du
frottis n’étant par ailleurs que d’environ 70 %.
On compte encore 3 700 nouveaux cas de cancer
du col annuels, 1 000 décès, son incidence
annuelle étant en 2000 de 8/100 000, alors
qu’elle était de 22/100 000 en 1975. Mais
l’incidence actuelle tend à stagner, constate
le Collège national des gynécologues et obstétriciens
de France (CNGOF) en exergue de
ses Recommandations pour la prévention du
cancer du col de l’utérus.
Vaccin préventif,
non thérapeutique
Cependant il en va de l’infection à HPV comme
de nombreuses autres infections : le système
immunitaire peut réagir efficacement et l’infection
sera spontanément régressive. C’est en revanche
sa persistance chronique qui est le véritable risque
pour la femme, car il favorise, on en est sûr,
l’évolution vers le cancer.
Ainsi, quand on détecte sur le frottis ces anomalies
dénommées CIN (néoplasies intra-épithéliales
cervicales), on détecte l’ADN de HPV dans plus de
99 % des cas. C’est la convergence de plusieurs études sur ce point qui a justifié le développement
de tests biologiques de détection des HPV et leur
prise en charge, en France, par l’Assurance maladie.
Aujourd’hui, le dépistage repose sur le frottis
et le test biologique. Mais beaucoup de temps
devrait encore s’écouler avant que la vaccination
permette d’éradiquer ce cancer.
Le schéma de vaccination est le même pour les
deux vaccins : trois doses administrées en intramusculaire,
à 0, 2 et 6 mois pour Gardasil®, à 0, 1
et 6 mois pour Cervarix®. Il est à noter qu’il s’agit
bien d’une vaccination préventive : cela signifie
que l’hypothèse d’une vaccination thérapeutique
post-infection (comme le vaccin anti-rabique
par exemple) n’a pas été vérifiée par des études
ciblées : le vaccin ne permet pas d’éliminer le
virus, ce que peut faire en revanche la réaction
immunitaire naturelle, mais pas chez toutes lesfemmes. Les femmes déjà porteuses de HPV
oncogènes sont exposées au risque de développer
un cancer.
Le dépistage des HPV est donc toujours un impératif…
avant que toute une génération de jeunes
filles soit vaccinée.
Il reste à souhaiter que les jeunes femmes qui échappent encore au dépistage régulier classique
soient motivées pour subir la vaccination avant
qu’une IST à HPV survienne. Tout dépendra de
l’ampleur, de l’écoute et de la visibilité des campagnes
d’incitation. L’importance du maintien
du dépistage
La mise à la disposition des services de santé
des pays européens de ces deux vaccins est un
fait de santé publique d’une importance telle que
le Centre européen pour la prévention et la maîtrise
des maladies (ECDC, Stockholm) a publié
une volumineuse directive (60 pages) à l’intention
des pays membres de l’Union européenne,
en se basant sur les cinq années (seulement)
de recul concernant les résultats de la vaccination
(1). Des mises à jour seront nécessairement
proposées…
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Pap’test et test HPV
La conclusion d’une étude suédoise (New
England Journal of Medicine, 18 octobre 2007,
Dr Joakim Dillner et coll., Malmö) est que l’association
du test de dépistage biologique des
HPV et du classique Pap’test (frottis) chez des
femmes d’une trentaine d’années réduit l’incidence
des formes intra-épithéliales (néoplasies
de grade 2 et 3) et du cancer du col de l’utérus.
L’étude, qui a enrôlé 12 527 femmes suédoises
de 32 à 38 ans suivies plus de 4 ans, avait pour
objectif d’évaluer l’augmentation de sensibilité
du dépistage par l’association de la méthode la
plus ancienne et de la méthode la plus récente,
comparée à l’utilisation du Pap’test seul. |
(1)European Centre for
Disease Prevention and
Control. Guidance for the
introduction of HPV vaccines in EU countries. Stockholm,
ECDC, January 2008. Disponible sur : http://www.ecdc.
europa.eu/pdf/HPV_report.pdf.
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Dossier coordonné par
Jean-Marie Manus, Conseiller à l’Information Santé publique
Article publié le 17/03/08
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