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En direct de la MATERNITÉ Saint-Vincent-de-Paul à LILLE: Autopsie d'une erreur irréparable

Actualité publiée il y a 11 années 1 mois 3 semaines
Erreur médicale

À l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul de Lille, qui dépend de l'Institut catholique de Lille, on parle beaucoup, dans les médias, sans toujours suffisamment de précisions, du cas de cette jeune femme de 28 ans, enceinte de quatre mois et qui devait subir un cerclage du col de l'utérus pour prévenir un accouchement prématuré. Par confusion médicale, elle vient de perdre son enfant. Notre journaliste, sur place pour comprendre et analyser, parle d’un dysfonctionnement médical et non paramédical. Conclusions sur une erreur irréparable. Extrait de la Voix du Nord: Lundi matin, au service de gynécologie obstétrique à l'hôpital Saint-Vincent à Lille. Deux femmes sont en attente d'intervention, dans deux chambres contiguës. La première, Mme X, doit subir un curetage, dans le cadre d'une grossesse qui ne peut pas être menée à terme. La seconde, Zara, 28 ans, enceinte de quatre mois, doit, au contraire, bénéficier d'un cerclage du col de l'utérus, une intervention visant à réduire le risque d'un accouchement très prématuré (en maintenant le col fermé par une sorte d'élastique).(...)

La jeune femme ne s'inquiète pas. « Tout allait bien, explique-t-elle hier, ça devait être une intervention "simple". » Elle est dans cet état d'esprit lorsque se présente une jeune stagiaire sage-femme déléguée par l'infirmière, qui lui apporte un médicament. « Il était 8 h 40, elle m'a dit que c'était pour dilater le col, j'ai pensé que c'était pour faciliter le cerclage. » Zara applique deux petites pastilles par voie vaginale. « Et puis, vingt minutes plus tard, j'ai commencé à ressentir des contractions. Je l'ai signalé, on m'a dit que c'était normal... » Zara ne comprend pas pourquoi « on ignore mon problème ». L'explication est simple: l'étudiante sage-femme la confond avec la patiente de la chambre voisine. Zara a reçu le médicament prévu pour Mme X : du Cytotec, utilisé en gynécologie pour « ramollir » le col de l'utérus et permettre un curetage sans traumatisme. Il peut aussi, de fait, entraîner l'interruption d'une grossesse... L'étudiante sage-femme est persuadée que Zara doit subir un curetage. Les contractions n'ont donc rien d'anormal. On n'a rien pu faire », explique le Dr Houze de l'Aulnoit, chef du service de gynécologie-obstétrique de Saint-Vincent. « À mon réveil, une dame m'a dit qu'ils avaient dû expulser l'enfant, reprend Zara. J'ai répondu que ce n'était pas vrai, que tout allait bien. Puis je suis repassée au bloc », cette fois pour un curetage.


Dans le service, on lance immédiatement un débriefing pour identifier la cause de l'erreur. Diagnostic: l'étudiante sage-femme a oublié de vérifier l'identité de Zara. Les médecins en informent leur patiente « à 17 h 35. Mais c'était incompréhensible pour elle, elle était en révolte, en sidération ». Zara croit qu'on lui « cache la vérité », jusqu'à mercredi, où elle rentre finalement chez elle, à Wervicq, près de Lille.

Hier, elle et ses proches envisageaient un dépôt de plainte, mais Zara souhaitait surtout « que l'on sache ce qui m'est arrivé, et que ça ne se reproduise pas sur une autre femme. Je voulais mon enfant, moi, et pas qu'on me l'enlève! » « On peut se tromper de chambre, mais on doit toujours vérifier l'identité d'un patient avant d'administrer un produit », souligne le Dr Houze de l'Aulnoit. La consigne est donnée en école et à l'hôpital: « C'est une erreur épouvantable, irréparable, mais qui pend au nez de toutes les unités de soins. »

Les mesures prises par le Groupe hospitalier de l'institut catholique de Lille (GHICL, dont dépend Saint-Vincent):

· Le GHICL va organiser une commission de retour d'expérience dans le cadre de sa politique de gestion des risques (il participe à une base de données nationale visant à identifier les incidents et faire évoluer les pratiques).

· Le stage de l'étudiante sage-femme, présente depuis une semaine, ne sera pas validé. « C'est dramatique pour elle, elle est dans un état de souffrance extrême », souligne Jacques-Yves Bellay, directeur général délégué du GHICL.

· Toute l'équipe est désolée pour la patiente: « On est catastrophés pour cette dame, au-delà des faits il y a une famille qui souffre », ajoute acques-Yves Bellay. Selon les médecins, elle pourra encore espérer avoir des enfants.

Le Cytotec (misoprostol) en IMG: Le Cytotec est un médicament initialement vendu pour le traitement de l'ulcère gastroduodénal.

Cette prostaglandine est utilisée en gynécologie obstétrique comme puissant ocytocique (contraction utérine, et dilatation du col utérin), hors AMM. Les comprimés normalement ingérés par voie orale en gastroentérologie sont le plus souvent administrés par voie vaginale en gynécologie obstétrique.

En obstétrique le Cytotec est utilisé dans les interruptions de grossesse, pour grossesse arrêtée (Mort in utero, fausse couche) ou lorsqu'il a été décidé d'interrompre la grossesse en raison d'une pathologie grave du fœtus (décision prise au sein des centres pluridisciplinaires de diagnostic prénatal CPDPN) quel que soit le terme de la grossesse. Le Cytotec est contre indiqué sur les grossesses normales, en raison du risque d'accouchement ou d'avortement. Il n'est pas utilisé pour déclencher l'accouchement de grossesse normale, puisqu'il n'a pas d'AMM en obstétrique, et du fait du risque important de rupture utérine par hypertonie utérine.

le médecin prescrit le RU486 qui est pris par voie orale par la patiente en présence du médecin. Puis après la prise de RU486 on administre le Cytotec par voie vaginale (le plus souvent) pour déclencher l'expulsion. Là encore c'est un professionnel médical (médecin ou sage femme) qui administre le traitement (acte médical).

Le Cytotec en IVG : On peut dans le cadre des IVG ou de la gestion des fausses couches précoces non expulsées donner du Cytotec avec précaution pour favoriser l'expulsion. Là aussi c'est un acte médical qui doit être prescrit par un médecin qui vérifie l'administration. A aucun moment les professionnels paramédicaux (infirmière) n'interviennent dans ces situations. En effet il faut être capable de diagnostiquer et de traiter une hémorragie utérine secondaire à la prise de Cytotec.

3 procédés possibles pour un geste endo-utérin: En gynécologie lorsqu'un geste endo-utérin est nécessaire il faut préalablement dilater le col pour permettre le passage des instruments. Trois procédés s'offrent au médecin:

· Le laminaire qui n'est quasi plus utilisé, est une algue marine, ou synthétique qui a la propriété de gonfler en s'imbibant des sécrétions cervicales. Il faut le poser dans l'orifice cervical, à l'entrée de l'utérus, à l'aide d'un spéculum sur une table de gynécologie. La pose de laminaire est donc un acte médical réalisé par un professionnel médical médecin ou interne de gynécologie.

· La dilatation sous anesthésie, en utilisant des bougies successivement de diamètre croissant jusqu'à la dilatation souhaitée. C'est un geste assez violent qui « force » le col avec des risques de lésions du col, de perforation de l'utérus, de déchirure etc. Ce geste est fait par le chirurgien gynécologue lors de l'intervention une fois la patiente anesthésiée.

· Les prostaglandines, comme le Cytotec posé dans le vagin 2 à 3 heures avant l'intervention, provoque le ramollissement et l'ouverture du col qui permet une dilatation du col moins violente et moins risquée. Le cytotec est venu remplacer les laminaires sans avoir l'AMM, grâce à la facilité d'administration qui ne nécessite pas de mettre un spéculum etc… Cela reste un acte médical de dilatation du col à l'aide d'un médicament utilisé hors AMM. C'est un professionnel médical qui peut rapidement agir sur une hémorragie utérine qui doit exécuter cet acte. En aucun cas l'administration de ce dispositif intra vaginal de dilatation (acte médical) ne fait partie des compétences professionnelles paramédicales (infirmière). Il ne s'agit pas d'un simple ovule vaginal d'antimycosique qui lui peut être distribué par l'infirmière.

Dans ce cas, il s'agit ici d'un dysfonctionnement de service pour plusieurs raisons:

· Ici l'infirmière délègue à l'étudiante Sage-Femme qui est en stage de soins infirmiers dans le service de chirurgie gynécologique, la distribution d'un médicament. L'étudiante Sage-Femme est accusée de ne pas avoir vérifié l'identité de la patiente à qui elle remettait un traitement.

· S'il s'agissait d'un traitement médicamenteux classique (antibiotiques, antalgiques etc…) ce serait vrai.

· Ici avec le Cytotec jamais l'infirmière ne devrait accepter de réaliser un acte médical hors de son champ de compétence, et encore moins de le déléguer à une étudiante en stage. L'infirmière pense qu'elle donne un simple traitement, ce qui est faux. C'est le médecin prescripteur qui manque à son rôle de professionnel médical en ne réalisant pas lui-même l'acte médical qui est de sa compétence. De plus le médecin délègue à l'infirmière sans l'informer qu'il s'agit d'un acte médical hors de la compétence de l'infirmière, soumis à des précautions particulières s'agissant d'un abortif, utilisé hors AMM.

C'est un dysfonctionnement médical et non paramédical.

· De plus on peut s'interroger sur la présence d'une femme enceinte avec une grossesse évolutive dans un service de chirurgie au lieu d'être dans un service d'obstétrique. Là aussi, cela souligne des troubles dans le fonctionnement du service.

· Il est curieux que le chef de service, professionnel médical garant du bon fonctionnement du service et des bonnes pratiques professionnelles, charge la stagiaire Sage-Femme et indirectement l'infirmière. Alors que ces 2 professionnelles n'auraient jamais dû être impliquées dans ces actes.

· Il serait bon de regarder du coté du corps médical, quelles sont les raisons de ces dysfonctionnements majeurs dont la pauvre Zara a été victime.