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Hospitalisation PSYCHIATRIQUE: L'IGAS dénonce sa grande violence

Actualité publiée il y a 11 années 3 semaines 5 jours
IGAS

Une vingtaine d’homicides ou tentatives en 5 ans, des agressions fréquentes des fugues avec rupture thérapeutique, le rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) sur les accidents dans les hôpitaux psychiatriques analyse les facteurs de risque, conclut à des problèmes d’organisation et présente les bonnes pratiques et des solutions opérationnelles pour les éviter. Des mesures de base, rapides à mettre en place, mais aussi des outils d’évaluation de la dangerosité du patient et une réorganisation radicale des soins, bref, c’est à un véritable changement d’état d’esprit, qu’appelle ici l’Igas.

Si l'hôpital a perdu 60% de ses lits en 30 ans, si 86% des malades mentaux sont suivis en ambulatoire, l'hospitalisation psychaitrique accueille un nombre croissant de malades sans leur consentement, soit près de 80.000 aujourd'hui, sur des durées d'hopitalisation plus courtes.


Un certain nombre d'accidents graves ont été recensés ces 5 dernières années. Il s'agit de 20 homicides ou tentatives, dont 3 meurtres au cours de fugues, 7 à l'intérieur de l'établissement, 5 en sorties d'essai et 4 après la sortie. Les agressions sexuelles sont nombreuses, commises sur des femmes âgées, qui n'osent parler et dont la parole est mise en doute. On ne retrouve jamais leur agresseur. 1.870 signalements d'agressions ont été recensées dans ces établissements, avec pour cible patients ou soignants, un chiffre qui serait bien sous-estimé selon l'Igas et des agressions avec violence visant souvent le visage, voire la tentative d'étranglement. L'Igas ne ménage pas les professionnels, étayant la persistance d'une maltraitance envers les patients sur laquelle les autres soignants ferment les yeux.

La sécurité n'est pas assurée puisqu'on estime de 8 à 14.000 le nombre de fugues, chaque année, majoritairement du fait des malades hospitalisés sans consentement ou à la demande d'un tiers. Conséquences de ces fugues, systématiquement la rupture thérapeutique mais aussi, des suicides (environ 15 par an), des meurtres (3 récemment) et autres conséquences judiciaires.

Le concept de “dangerosité psychiatrique” n'est pas défini: Si ce concept de “dangerosité psychiatrique” a déjà été cernées dans les pays anglosaxons par de nombreuses études épidémiologiques, l'Igas déplore, qu'en France, l'équivalent n'existe pas. Seule une synthèse de la Haute Autorité de santé (HAS) de décembre 2010 aurait effectué l'analyse de la littérature scientifique sur le sujet, attribuant un risque accru de violence aux malades schizophrènes ou souffrant de troubles bipolaires.

Mieux détecter et prendre en charge la dangerosité est donc la seule issue pour sortir malades et soignant de ce contexte de prise de risques et de violence. C'est donc en premier lieu, la mise au point d'un outil d'évaluation du risque qui reposerait à la fois sur la prise en compte de facteurs de risque déjà identifiés par les études internationales et sur les facteurs environnementaux propres à chaque contexte d'hospitalisation qui est aujourd'hui indispensable. Une fos mises au point, ces griles devraient encore être expérimentées en pratique clinique.

De mauvais usages hospitaliers persistent. Ce sont ces facteurs mêmes qui encouragent, aussi, le passage à la violence. Le rapport de l'Igas en identifie, 3, le confinement, la négation de la vie privée du malade, l'isolement enfin, fréquemment manié de manière arbitraire et excessive.

- La politique hospitalière vis-à-vis des addictions est jugée comme incohérente: Si l'alcool est prohibé et l'interdiction respectée, le tabagisme est autorisé et d'ailleurs “pratiqué” par les personnels de santé. Enfin, fréquent est le trafic de cannabis face auquel les directions des établissements se disent impuissantes.

- Un dispositif hospitalier mal agencé et peu évolutif: L'Igas dénonce ici les accès peu surveillés, les services de soins fermés, des unités de soin trop réduites qui imposent “le mélange” des types de patients. Si les effectifs n'ont pas été réduits, la charge de travail s'alourdit pour les personnels, dont la durée de travail a également été réduite dans le même temps. En particulier, l'Igas constate une présence médicale souvent déficiente. La direction n'est pas motivée dans ses efforts par les autorités de tutelle qui s'investissent insuffisamment selon l'Igas.

Changer d'état d'esprit avant tout: Mettre en place des actions simples comme l'aménagement et la sécurité des sas de sortie, équiper les personnels de dispositifs d'alerte ou encore mieux aménager l'espace et les temps de vie des malades peut être mis en place plus rapidement. Au delà il s'agit de revoir, pour l'Igas, au niveau national l'ensemble de la politique de l'hospitalisation psychiatriques avec de nouveaux outils d'évaluation des patients, une nouvelle organisation des soins, une nouvelle formation et gestion des équipes soignantes enfin la mise en place de codes de bonnes pratiques thérapeutiques. Enfin, rappelle l'Igas, il convient de mieux informer chaque patient.