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NEURO: En cas de rejet social, le cerveau libère ses analgésiques

Actualité publiée il y a 6 années 1 mois 6 jours
Molecular Psychiatry

Le système opioïde intervient pour soulager la douleur physique mais aussi pour soulager la douleur sociale, révèle cette étude de l’Université du Michigan Health System qui montre comme le cerveau libère des analgésiques naturels en situation de rejet social. Ces conclusions, qui contribuent à la compréhension de la dépression et de l'anxiété sociale, publiées dans la revue Molecular Psychiatry, et qui confirment combien le lien social est un facteur majeur, nécessaire à notre bien-être.


Les scientifiques de l'UM ont utilisé ici l'imagerie cérébrale qui permet de suivre la concentration de substances chimiques dans le cerveau et un modèle de rejet social basé sur la rencontre en ligne. Ils se sont concentrés sur une zone du cerveau comportant le système des récepteurs opioïdes, qui, en cas de douleur physique libère des substances chimiques appelées opioïdes dans l'espace inter-neurones pour amortir les signaux de la douleur.

Dans cette étude, 18 participants adultes ont été invités à voir les photos et les profils personnels fictifs de centaines d'autres adultes sur un site de rencontres, à sélectionner ceux qui les attiraient le plus, puis, une fois « sous » pet scan, ont été informés que les personnes de leur choix, elles, n'étaient pas intéressées. L'imagerie montre alors une libération d'opioïdes, en particulier dans le striatum ventral, l'amygdale, le thalamus et la substance grise périaqueductale, des zones du cerveau impliquées dans la douleur physique. Les chercheurs montrent que les voies du cerveau activées pendant la douleur sociale sont similaires à celles activées en cas de douleur physique. Le système opioïde joue donc double-jeu et est activée de la même manière en cas de rejet social. Si l'on savait déjà que, chez l'animal, les opioïdes sont libérés en cas d'isolement, cela n'avait pas encore jamais été démontré chez l'Homme.

La personnalité des participants joue un rôle dans la réponse de leur cerveau au rejet social : Les participants à forte capacité de résilience sont capables de libérer plus d'opiacés en situation de rejet social, en particulier dans l'amygdale, la région du cerveau impliquée dans le traitement des émotions. La libération d'opioïdes a donc un effet protecteur ou d'adaptation.

Le système opioïde, un système « à double sens » : En cas d'acceptation sociale, certaines régions du cerveau libèrent également plus opioïdes. Dans cette expérience, c'est le cas lorsqu'une personne sélectionnée par le participant montre (fictivement) un intérêt réciproque pour celui-ci. Cette constatation confirme le double rôle du système opioïde à la fois dans la réduction de la douleur et la promotion du plaisir. Cette étude montre que ce mécanisme à double sens fonctionne aussi dans les relations sociales.

Selon les auteurs, il est possible que les personnes souffrant de dépression ou d'anxiété sociale sont moins capables de libérer des opioïdes pendant les périodes de détresse et ne se rétablissent jamais tout à fait après une expérience sociale négative. De la même manière, ces personnes libèrent moins d'opioïdes en cas d'interactions sociales positives et en retirent donc moins de soutien social.

Vers un traitement de l'anxiété sociale : Les opioïdes mis à part leurs effets addictifs pourraient donc être un traitement efficace de la dépression et l'anxiété sociale. Cette conclusion va dans le sens d'une précédente étude, publiée dans la revue Psychological Science, qui suggérait qu'un type de paracétamol, le Tylenol, pouvait, dans certaines situations, aider aussi à gérer la détresse ou l'anxiété et apaiser la douleur émotionnelle. Il reste donc à développer de tels traitements, mais, dans cette attente, comprendre comment réagit notre cerveau, en cas de douleur sociale, peut contribuer à mieux surmonter ce type de situation. Enfin, c'est une étude de plus qui confirme l'importance vitale du lien social dans les sociétés modernes, une théorie récemment développée dans un ouvrage de neuroscience d'un scientifique de l'UCLA.

Source: Molecular Psychiatry doi:10.1038/mp.2013.96 Response of the μ-opioid system to social rejection and acceptance

(Visuel@ University of Michigan « Activation (en orange) du système anti-douleur du cerveau en situation de rejet social)

Lire aussi : NEURO: Pourquoi le lien social est aussi fondamental qu'un toit et de la nourriture

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