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SEXUALITÉ: Fantasmes sexuels, où est la limite clinique?

Actualité publiée il y a 5 années 1 mois 1 semaine
Journal of Sexual Medicine

Qu'est-ce qu'un fantasme sexuel anormal ? Une paraphilie ? Ces chercheurs de l’Université de Montréal ont repris les différentes définitions des fantasmes sexuels « anormaux » selon la dernière édition du Manuel statistique et diagnostique des troubles mentaux (DSM-5) « inhabituels », selon l’OMS. A la recherche d’une norme ou d’une limite entre le trouble mental et le comportement inhabituel, leur enquête publiée dans le Journal of Sexual Medicine révèle que si la nature des fantasmes sexuels est variée en population générale, très peu de fantasmes sont statistiquement rares et qualifiables d’atypiques ou d’inhabituels. En bref, nous sommes très majoritairement « normaux ». Et, pour qu’un tel fantasme puisse être assimilé à un trouble mental, c’est plus son effet que son contenu qui doit être analysé.

Savoir faire la distinction entre fantasme sexuel atypique et anormal : La définition de ce qui est normal ou inhabituel par rapport à déviant reste complexe en matière de sexualité, en particulier parce que la limite est tributaire de la culture et de l'acceptabilité sociale. De nombreuses définitions des paraphilies ont été proposées. On en revient toujours à celle du DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) V, qui se réfère précisément aux « troubles paraphiliques » (paraphilic disorders), les distinguant a priori de « tout comportement sexuel inhabituel ». Le DSM-5 sépare ainsi les comportements sexuels atypiques, des comportements ou pratiques pouvant entraîner une détresse mentale, psychologique ou physique chez d'autres personnes. La dernière édition V a précisé en fonction des dernières connaissances cliniques sa définition des « troubles paraphiliques », réservant ce diagnostic aux personnes qui, atteintes de ces fantasmes, vont en éprouver une détresse personnelle ou infliger une détresse psychologique ou une violence physique à d'autres personnes non consentantes ou dans l'incapacité d'apporter leur consentement. Ainsi, le DSMV décrit aujourd'hui (Voir tableau ci-contre) 8 conditions au nombre des troubles paraphiliques: Le trouble exhibitionniste, le trouble fétichiste, le frotteurisme, la pédophilie, le masochisme sexuel, le sadisme, le travestisme s'il est cause de détresse, et le voyeurisme. Les chercheurs de l'UdeM résument dans leur communiqué : « Cliniquement, on sait bien ce qu'est un fantasme sexuel pathologique : il implique des partenaires non consentants, il induit une souffrance ou encore il est absolument nécessaire pour obtenir satisfaction ».


Les fantasmes atypiques nombreux ou rares ?

Une fois, la question des troubles mentaux « évacuée », l'équipe a cherché à « spécifier la norme en matière de fantasmes sexuels », un objectif déjà complexe, alors qu'a priori la notion de fantasme s'oppose à celle de norme. L'étude a consisté à interroger par questionnaire en ligne 1.517 adultes, âgés en moyenne de 30 ans, dont 799 hommes, qui ont classé 55 fantasmes sexuels (Sexual fantasies) et décrit leurs fantasmes préférés. L'analyse montre en effet qu'il existe plus de fantasmes « normaux » que de fantasmes atypiques :

· Seuls 2 fantasmes sexuels ont considérés comme rares (cités par 2,3% des participants) pour les femmes ou les hommes,

· 9 comme inhabituels (cités par moins de 16% des participants).

· 30 comme courants (50% et plus)

· 5 comme « habituels » (84%). Parmi les fantasmes fréquents ceux qui ont trait à la domination et à la soumission, ce dernier thème étant prédictif de multiples autres fantasmes.

Hommes et femmes ont leurs fantasmes favoris : Ainsi, si la nature des fantasmes sexuels est variée en population générale, cependant très peu de fantasmes sont statistiquement rares et de grandes tendances se dessinent chez les hommes et chez les femmes.

· Les hommes ont plus de fantasmes et les rapportent avec une plus grande intensité que les femmes,

· Les femmes font mieux la distinction entre fantasmes et souhaits, alors que les hommes comptent bien souvent réaliser leur fantasme

· Les femmes évoquent plus fréquemment (30% à 60%) des thèmes associés à la soumission,

· la présence du partenaire amoureux est plus fréquente dans les fantasmes féminins que masculins, ainsi les hommes en couple fantasment beaucoup sur les relations extraconjugales.

· Enfin, certains fantasmes sont associés à un niveau plus élevé de satisfaction sexuelle.

Les chercheurs suggèrent l'existence de sous-groupes homogènes de personnes en fonction de combinaisons de fantasmes.

En conclusion, cette petite étude rappelle qu'un fantasme devrait être analysé, sur un plan mental, plus sur ses effets que sur son contenu.

Une étude publiée dans F1000 Prime Reports avait tenté à la lumière de la littérature scientifique sur le sujet, de délimiter ce qui peut participer au diagnostic de la paraphilie. Les critères retenus restaient essentiellement ceux du DSM, soit le risque d'infliger à soi-même ou à d'autres personnes non consentantes une souffrance psychologique ou physique. Mais, une fois ces critères rappelés, l'étude concluait sur une question toujours sans réponse précise : «Qu'est-ce qui peut justifier la classification d'une source de plaisir sexuel ou d'un type d'activité sexuelle comme un trouble mental ?».

Source: Journal of Sexual Medicine 31 octobre 2014 DOI: 10.1111/jsm.12734 What exactly is an unusual sexual fantasy

DSMV

OMS International Statistical Classification of Diseases and Related Health Problems

F1000 Prime Reports Sep 2, 2013. doi: 10.12703/P5-36 Paraphilias: definition, diagnosis and treatment

Lire aussi : SEXUALITÉ: Hommes et femmes, mêmes fantasmes?

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