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VARIOLE : Mais pourquoi conserver le virus ?

Actualité publiée il y a 11 années 1 mois 2 semaines
Sécurité biologique

L’Assemblée mondiale de la santé s’était engagée en 2010 à prendre une décision en mai 2011 pour la destruction définitive des stocks de virus de variole. Une maladie éradiquée depuis 30 ans mais qui fait toujours parler les initiés sur la destruction ou non, des deux stocks de vaccins officiels, l’un situé en Russie, l’autre aux Etats-Unis. Eh bien, les États-Unis viennent d’annoncer, lors de la 64è assemblée annuelle de l’Oms, leur souhait de conserver leurs échantillons de virus, afin de se prémunir d'une éventuelle utilisation comme arme biologique.

La variole est pourtant le grand exemple de succès collégial et mondial de santé publique. Car si la maladie aura fait des millions de morts à travers le monde pendant des siècles, son dernier cas connu remonte à 1977, et dès mai 1980, la 33è Assemblée mondiale de la Santé déclarait son éradication. «L'éradication de la variole montre qu'avec une volonté sans faille de part et d'autre, un travail d'équipe et un esprit de solidarité internationale, il est possible d'atteindre dans le domaine de la santé publique des objectifs mondiaux ambitieux», avait alors déclaré le Dr Chan.


La variole, une maladie infectieuse, née il y a 3.500 ans, tuait ou laissait les gens aveugles ou défigurés. Au vingtième siècle et avant les campagnes de vaccination massives, plus de 10 millions de cas et de 2 millions de décès étaient recensés chaque année dans plus de 40 pays. Les dernier cas ont été recensés en 1977 en Somalie, après que la variole ait d'abord été éliminée en Amérique du Sud, puis en Afrique occidentale et centrale, ensuite en Asie et enfin en Afrique orientale.

Un exemple de mobilisation des gouvernements de tous les états membres, des agents et professionnels de santé, d'organismes donateurs et d'ONG, d'entreprises et de dirigeants locaux, qui ont favorisé la vaccination de leur population et pris en charge les équipes de vaccination. En particulier dès 1950, au moment du développement d'un vaccin actif et stable à la température. Un exemple d'économie de santé, aussi: L'OMS évalue à plus de un milliard de dollars les économies ainsi réalisées depuis, chaque année, le coût direct total du programme sur la période 1967-1980 s'étant élevé à 300 millions de dollars. Un exemple de surveillance: La poursuite de recherches continues, l'innovation technologique mais surtout une surveillance épidémiologique constante de la maladie ont permis d'en venir à bout.

Les stocks de virus, un vrai débat autour de la variole : Si la variole est éradiquée, la discussion sur la destruction des stocks de virus toujours conservés dans 2 laboratoires, l'un dans la Fédération de Russie (Centre de Recherche de l'Etat russe sur la Virologie et la Biotechnologie, Koltsovo) et l'autre aux Etats-Unis (Centres de Lutte contre la Maladie, Atlanta, Géorgie) continue d'opposer vivement les partisans de leur destruction et partisans de leur conservation. La première décision de destruction avait été prise en 1993 puis a été reportée en 1995, 1999, 2002. Le débat se situe autour de l'amplification génique (PCR), qui permettrait d'obtenir des fragments d'ADN de virus variolique à partir de matériel inactivé tel que des virus tués, irradiés par les rayons gamma, ou des tissus infectés, traités par le formol. Si l'existence de ces sources d'ADN de virus variolique dans de nombreux laboratoires du monde entier est reconnue, l'interdiction de l'amplification génique de l'ADN variolique est évidemment recommandée. Alors menace de résurgence du virus ou faisabilité d'un vaccin au cas où ? La dernière prise de position des Etats-Unis est plutôt motivée par la crainte de son utilisation comme une arme biologique.

Source: OMS, Eradication de la variole- destruction des stocks de virus variolique, (Vignette virus de la variole: Institut Pasteur, visuel “Campagne d'éradication 1970-CDC)

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