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CANNABIS et SCHIZOPHRÉNIE: Le risque de psychose à nouveau débattu


Actualité publiée le 15-01-2013
F1000 Medicine Reports

Ces 2 articles publiés dans les F1000 Medicine Reports relancent le débat sur la relation entre cannabis et troubles psychotiques car ils plaident respectivement en faveur et contre la relation de causalité entre la consommation de cannabis et le risque de troubles psychotiques tels que la schizophrénie. Cependant, les 2 groupes d’auteurs qui font référence aux dernières études publiées, s’accordent sur la nécessité d’une information ciblée sur les personnes les plus à risque.

Deux positions contraires d’autant plus intéressantes que les auteurs de chaque article ont eu l'occasion de lire le projet d’article de la partie adverse et donc de présenter aussi arguments en fonction.

Dans le premier article « Cannabis and psychosis: what causes what?»  ou  « Cannabis et psychose: quoi provoque quoi ? », le Dr David Castle, de l'Université de Melbourne plaide en faveur du lien de causalité cannabis et risque accru de symptômes psychotiques. L’auteur invoque, lui aussi à partir de preuves issues d’une trentaine d’études que les cannabinoïdes peuvent entraîner des symptômes transitoires de schizophrénie et des déficits psychophysiologiques également connus pour être présents dans la schizophrénie. Pour l’auteur, il paraît clair que, chez les personnes souffrant d'un trouble psychotique établi, les cannabinoïdes peuvent exacerber les symptômes, favoriser une rechute et avoir aussi des conséquences négatives sur l'évolution de la maladie. Il ajoute la preuve que l'exposition précoce au cannabis peut augmenter le risque de développer un trouble psychotique, tel que la schizophrénie. Ici, la relation entre l'exposition au cannabis et la schizophrénie répondrait à certains au moins, mais pas à tous les critères habituels de causalité et il serait probable que l'exposition au cannabis soit une cause composante, qui interagit avec d'autres facteurs de schizophrénie mais nécessaire ni suffisante pour causer la maladie. L’auteur reconnaît ainsi qu’un très faible nombre de cas de schizophrénie seraient évités si l’on parvenait à supprimer totalement la consommation de cannabis, une hypothèse théorique.

En revanche, les chercheurs des universités de Bristol et Cardiff dans leur article « Stronger evidence is needed before accepting that cannabis plays an important role in the aetiology of schizophrenia in the population » soutiennent, à partir d’une quarantaine d’études scientifiques, que les preuves actuelles sont insuffisantes pour démontrer  que le cannabis joue un rôle important dans l'étiologie de la schizophrénie. Si les auteurs admettent que des « expériences psychotiques » peuvent être liées à la consommation de cannabis, la nature de la connexion à la schizophrénie demeure, selon eux, beaucoup moins évidente. L’impact d’une prévention soutenue contre l'usage du cannabis sur la prévention des troubles psychotiques ou même certains sous-groupes à risque plus élevé, reste incertain. Parmi les arguments relevés dans cet article,

·         une assertion basée sur « la peur » : Alors que les décideurs et les cliniciens invoquent le «principe de précaution» pour justifier l'importance du contrôle et de la prévention de la consommation de cannabis par rapport au risque de schizophrénie, les auteurs justifient l’insuffisance de preuves sur l’impact du cannabis dans l’étiologie de la schizophrénie mais reconnaissent que l’argument en revanche, est de poids, pour faire peur et inciter à ne pas consommer de cannabis.

·         Une prévention qui a peu de chance d’être efficace, en regard du risque de schizophrénie : Pour prévenir tous les cas de schizophrénie, à supposer que le cannabis soit bien en cause, ce sont des dizaines de milliers d’utilisateurs intensifs au seul Royaume-Uni, qu’il faudrait prendre en charge.  De plus, les interventions actuelles visant à réduire la dépendance sont d'une efficacité limitée, donc pour une intervention de 20% efficace, le nombre de patients à traiter serait inatteignable, avec un effet limité sur la réduction des taux de la schizophrénie, argumentent les auteurs. Certaines personnes sont plus à risque de  maladie psychotique après avoir consommé du cannabis, ajoutent les auteurs, des interventions ciblées pour réduire la consommation de cannabis chez ces personnes seraient sans doute plus efficaces. Cela suppose aussi un recours aux tests génétiques, pour identifier les variations identifiées comme associées au risque de psychose avec le cannabis.

·         Tout dépend enfin des variétés de cannabis, certaines étant plus psychomimétiques (susceptibles de déclencher des modifications psychiques) que d'autres. Alors que le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) du cannabis peut induire des expériences psychotiques transitoires, des données récentes suggèrent qu’un autre composant, le cannabidiol (CBD), peut effectivement être antipsychotique…Ces  effets des différentes variétés restent à cerner précisément.

Mais les 2 parties conviennent en fin de compte du problème de santé publique posé par le cannabis et appellent à une information ciblée sur les risques associés à sa consommation. Les deux parties citent ainsi le risque de dépendance associé à l'utilisation fréquente du cannabis, des troubles de l’apprentissage, une moindre réussite sociale et professionnelle.

Sources: F1000 Medicine Reports 20135:(1) 11 Jan 2013 Cannabis and psychosis: what causes what? et 20135:(2) (11 Jan 2013) Stronger evidence is needed before accepting that cannabis plays an important role in the aetiology of schizophrenia in the population

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