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BISPHÉNOL A : Dans les urines de 86% des adolescents

Actualité publiée il y a 1 année 10 mois 6 jours
BMJ Open

Cette petite étude, menée par une équipe de l’University of Exeter auprès d’une centaine d’étudiants britanniques alerte à nouveau sur l’omniprésence du bisphénol A dans la chaine alimentaire et suggère, après une expérience au niveau individuel « d’auto-exclusion » du BPA dans l’alimentation, que seules les interventions politiques et industrielles sont à même de réduire l’exposition au BPA. Un contexte d’étude britannique, à distinguer du contexte français, puisque la UK Food Standards Agency soutient les conclusions de l’European Food Standards Agency soit, qu’aux niveaux d’exposition actuels, le BPA n’est pas dangereux pour la santé.  

Le bisphénol A (BPA) est bien documenté comme associé à des effets néfastes sur la santé humaine, c’est un perturbateur endocrinien bien associé à plusieurs troubles dans les modèles cellulaires et animaux, pourtant l'exposition à ce composé est quasi-omniprésente. Le BPA est toujours l'un des produits chimiques les plus largement produit dans le monde et reste utilisé dans la fabrication de polycarbonates et d'autres produits de consommation en plastique, de papiers thermorésistants, d’amalgames dentaires et de contenants de nourriture et de boissons. Si en France, le BPA est interdit depuis 2013 dans les biberons, et depuis 2015 dans les contenants alimentaires et les tickets de caisse, en Europe, la position de l’EFSA est moins tranchée : en effet, en 2015, l’Agence européenne a fixé une nouvelle dose journalière tolérable (DJT) de 4 µg/kg de poids corporel et /jour, mais, dans le même temps a conclus à l’absence de risque pour la santé des consommateurs de tous les groupes d'âge, y compris des groupes plus vulnérables dont les enfants. Pourtant des études ont déjà montré que le BPA peut être trouvé au-dessus de la limite de détection dans les urines. Plusieurs études épidémiologiques ont également établi un lien entre l’exposition et le risque de nombreuses maladies (diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, obésité et anomalies des niveaux des hormones sexuelles, troubles de la reproduction…

 

Des actions sont en cours, notamment de substitution pour réduire les sources de BPA ainsi que des interventions de sensibilisation destinées au grand public visant à réduire les expositions. Les auteurs rappellent ainsi que l’exposition humaine a été documentée par l'ingestion d'aliments et de boissons contaminés par du BPA (via l’emballage), l'inhalation de poussière, absorption cutanée (papiers thermiques) et la libération par les produits de scellement dentaires. Le BPA est rapidement métabolisé dans la paroi intestinale et le foie et éliminé du sang par les reins, avec une demi-vie de 6 heures après ingestion. La question se pose donc de l’intérêt de régimes alimentaires excluant toute contamination et de leurs effets sur les taux de BPA : cependant, une précédente étude a révélé que des ménages ayant suivi des recommandations écrites produites par des professionnels de la santé n'ont montré aucun recul dans leur exposition au BPA.

 

L'auto-contrôle de son exposition au BPA est-elle efficace ? Exclure de son alimentation tout produit contaminé réduit-il l’exposition ? C’est l’objet de cette étude, regarder si cette approche alternative, peut réduire ou non l’exposition au BPA. L’étude est menée chez 108 étudiants volontaires qui ont conçu leur propre régime de 7 jours sur la base d’un matériel éducatif fourni par les chercheurs. Ces participants ont fourni des journaux diététiques et des échantillons d'urine pour analyse. Les taux urinaires de BPA ajustés à la créatinine ont été mesurés avant et après l'intervention. L'information sur l'emballage et les aliments et boissons ingérés a été utilisée pour calculer un score de risque de BPA pour l'exposition anticipée. L’analyse constate que :

  • le BPA a été détecté dans l'urine de 86% des participants au départ à une valeur médiane de 1,22 ng / mL ;
  • le régime d'intervention sur les niveaux de BPA n’a entrainé aucun effet significatif sur les taux de BPA (soit une baisse moyenne de 0.05 ng /mL seulement);
  • cependant une association positive est constatée chez les participants qui avant l’intervention présentaient les taux les plus élevés de BPA. Chez ces participants seulement, le taux final < taux initial.

 

 

2 conclusions importantes :

  • l’omniprésence du BPA dans notre chaîne alimentaire : la majorité d’entre nous sont exposés au BPA et le BPA peut être détecté dans l'urine, en particulier ici chez 86% des adolescents, ce qui suggère un risque a minima de perturbation hormonale et probablement de troubles de la fertilité ;
  • l’absence d’efficacité d’un régime excluant tout aliment susceptible de contenir la substance, sur l'exposition au BPA, en environnement réel. D’autant que les participants indiquent qu'ils ne seraient pas en mesure de tenir un tel régime sur le long terme, en raison de la difficulté d'identifier les aliments sans BPA.

Certes l’étude est limitée mais elle appelle à une approche industrielle -plus qu’individuelle- à réduire l’utilisation du BPA et à mieux informer sur les emballages d'aliments et de boissons.