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COVID-19 : De grandes failles dans la réponse mondiale

Actualité publiée il y a 4 mois 2 jours 4 heures
The Lancet
Près de 18 millions de décès auraient pu être évités, avec une réponse mieux coordonnées, conclut ce groupe d’experts (Visuel Adobe Stock 399068346)

Cette revue de la littérature et ce bilan des manquements « mondiaux et massifs » dans la réponse à la pandémie COVID-19 se veut tout de même positif et appelle à une meilleure analyse des retours d’expériences et à une coopération multilatérale pour lutter contre les prochaines pandémies. Cependant, le constat est sévère :

près de 18 millions de décès auraient pu être évités,

avec une réponse mieux coordonnées, conclut ce groupe d’experts dans le Lancet.  

 

La Commission d’experts publie le résultat de 2 années d’analyse par 28 des plus grands experts mondiaux en politique publique, gouvernance internationale, épidémiologie, vaccinologie, économie, finance internationale, durabilité et santé mentale, et de consultations de plus d’une centaine d’autres spécialistes.

 

Le groupe d’experts précise aujourd’hui le prix des échecs qu’il documente dont, des failles généralisées dans la prévention, dans la transparence et l’objectivité des informations, dans les pratiques de soins primaires et de santé publique, et, surtout, insistent les experts, dans la coopération opérationnelle et de la solidarité internationale.

 

Ces failles ont donc entraîné des millions de décès évitables mais aussi rendus désormais inatteignables les objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies et de santé publique pour de très nombreux pays.

 

Un bilan critique :

le rapport souligne « l’impréparation » des gouvernements

de la plupart des pays, la lenteur des réponses, l’insuffisance de prise en compte et d’accès aux soins des groupes les plus vulnérables et la désinformation.

 

« Le bilan humain stupéfiant de ces 2 années de pandémie de COVID-19 constitue une profonde tragédie et un échec sociétal massif », résume le Président de la Commission d’experts, le professeur Jeffrey Sachs, professeur à l'université de Columbia : « trop de gouvernements n'ont pas respecté les normes fondamentales de rationalité et de transparence institutionnelles ; trop de gens ont protesté contre les mesures de prévention de base, souvent influencés par la désinformation ; la collaboration mondiale est restée très insuffisante pour contrôler la pandémie ».

 

Des mesures clés : « Il est maintenant temps de prendre des mesures collectives qui favorisent la santé publique et le développement durable pour mettre fin à la pandémie, s'attaquer aux inégalités mondiales en matière de santé et protéger le monde contre les futures pandémies ».

  • les chercheurs réaffirment l’importance vitale des stratégies de vaccination qui impliquent des systèmes de santé efficaces et des plans de préparation ayant déjà intégré l’urgence et le déploiement de la vaccination ;
  • le maître mot est

« un multilatéralisme renforcé »

qui doit s'articuler autour d'une Organisation mondiale de la santé (OMS) réformée ;

  • des investissements doivent permettre le renforcement des systèmes de santé les plus démunis ;
  • dans chaque pays, une attention particulière doit être portée aux groupes de population vulnérables

 

Les « plus et moins » de la coopération mondiale : tout n’est pas négatif dans la coordination mondiale. Ainsi des partenariats public-privé ont permis le développement de nouveaux vaccins en un temps record. Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont également débloqué des fonds pour venir en aide aux pays les moins dotés. Cependant,

 

  • l'OMS a mis trop de temps à déclarer "l’urgence de santé publique internationale ",
  • la communauté scientifique à reconnaître la transmission aéroportée et « aérosolisée » du virus SRAS-CoV-2 ;
  • les protocoles de voyage, les stratégies de test, les chaînes d'approvisionnement à s’organiser ;
  • la communication des données et des stratégies de prévention vitales à se déployer.

 

Enfin, les experts insistent à nouveau sur le manque de coopération entre les gouvernements pour le financement et la distribution des principaux produits de santé, notamment les vaccins, les équipements de protection individuelle (EPI) et sur l’absence d’aide au développement de la production de vaccins dans les pays à plus faible revenu. Ainsi, 1 an et demi depuis la disponibilité des vaccins COVID-19, l'équité mondiale en matière de vaccination est loin d’être atteinte : dans les pays à revenu élevé, 3 personnes sur 4 sont complètement vaccinées, mais dans les pays à faible revenu, c’est seulement le cas d’1 personne sur 7.

 

L'indice de sécurité sanitaire mondiale qui classe les pays, en particulier sur leurs capacités de réponse aux épidémies, s’est avéré très mauvais prédicteur des résultats réels des réponses à la pandémie. Ainsi, il existe aussi un besoin de marqueur fiable de l’efficacité des réponses des pays aux crises sanitaires mondiales. En particulier, sur la capacité des différents pays à protéger leurs groupes de population les plus vulnérables, notamment les femmes, les personnes âgées, les enfants, les communautés défavorisées, les réfugiés, les personnes handicapées ou encore les personnes souffrant de multicomorbidités.

 

Les inégalités socio-économiques, associée aux revers économiques et de santé publique et aux tensions sociales croissantes met aujourd’hui en péril de nombreux objectifs ODD 2030.

 

« En ce qui concerne le COVID, une stratégie mondiale vaccination et une combinaison de mesures de santé publique efficaces devraient ralentir l'émergence de nouvelles variantes et réduire le risque de nouvelles vagues d'infection, mais il s’agit de mieux se préparer aux futures menaces sanitaires pandémiques, en renforçant de toute urgence les systèmes de santé et plans de préparation, la surveillance sanitaire mondiale et la protection des groupes vulnérables ».

 

« Promouvoir le multilatéralisme pour construire un avenir plus résilient ».