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COVID-19 : Faiblesses et résilience, un premier retour d’expérience

Actualité publiée il y a 1 année 4 mois 3 semaines
The Lancet
La confiance, celle des patients, des professionnels de la santé et de la société dans son ensemble est d'une importance capitale pour faire face aux crises sanitaires.

Les stratégies de confinement massives mises en œuvre à Hong Kong, à Singapour et au Japon semblent avoir empêché les petites chaînes de transmission de s’amplifier en une transmission communautaire généralisée. Les systèmes de santé de ces 3 pays ont su s'adapter, mais cette « résilience asiatique » pourrait s’effriter si l'épidémie de COVID-19 se poursuit pendant encore plusieurs mois et si un nombre croissant de patients a besoin de soins. Ce groupe international d’experts, décrit et analyse les caractéristiques fondamentales de ces systèmes de santé- jusque-là globalement résilients- et leurs réponses à l'épidémie de COVID-19. Ce premier retour d’expérience, publié dans le Lancet, certes spécifique est néanmoins riche d’enseignements pour les pays hors du continent asiatique.

 

 

Car si la propagation de Covid-19 semble « plafonner » en Chine à environ 80.000 cas confirmés, alors que dans les autres pays, l’épidémie dépasse aujourd’hui 9 mars 2020, les 30.000 cas confirmés.   

Un premier décryptage des réponses à l'épidémie

 

  • Première phase, le diagnostic et le contrôle des entrées : Tout d'abord, après des périodes d'adaptation variables, ces 3 pays ont adopté des mesures pour gérer l’émergence d'un nouveau pathogène. Ces mesures comprennent
    • le réajustement des systèmes de surveillance épidémiologique,
    • la mise en œuvre de protocoles d’enquête sur les contacts des patients confirmés,
    • l’accès aux tests de diagnostic dès l’identification des séquences génétiques du COVID-19 : la capacité d'analyse a été augmentée dans les 3 pays, puis les critères d’éligibilité au test ont été élargis, passant des patients atteints de pneumonie sans diagnostic microbiologique à tous les patients hospitalisés atteints de pneumonie puis à tous les cas suspects.

          Plusieurs mesures ont également été mises en œuvre pour contrôler les voyageurs entrants, dont

  • la restriction par provenance (Chine, Nord de l'Italie, Iran …) ;
  • la quatorzaine obligatoire pour tous les entrants ;
  • les restrictions de voyage ;
  • la « quarantaine » de régions, villes ou organisations.

 

  • Deuxième phase, la coordination interministérielle : les autorités sanitaires des pays concernés se sont appuyés sur leurs expériences du SRAS de 2002-2003, de la grippe aviaire H5N1 de 1997 à Hong Kong et de la pandémie de grippe H1N1 en 2009. Cette coordination interministérielle a été mise en place dès la première semaine à Hong Kong et à Singapour et début février au Japon après que l'opération « Diamond Princess » ait été largement critiquée.

 

  • Troisièmement, des mesures de financement ont été prises par tous les gouvernements pour permettre la prise en charge des coûts directs de traitement que le patient soit résident ou étranger.

 

  • L’intégration des services de prise en charge de l’épidémie au sein des systèmes de santé a été problématique-dans ces 3 pays : partout, écrivent les auteurs, la capacité en lits des unités de soins intensifs était limitée.

 

  • 5è préoccupation, les masques : Si les médicaments de première ligne actuellement utilisés pour la prise en charge de la maladie n’ont pas posé problème de disponibilité, l’approvisionnement communautaire en masques est resté une préoccupation majeure.

 

  • La formation et le respect des mesures de prévention et de contrôle des infections dans les hôpitaux ont été largement suivis, cependant certains établissements de santé -dont au Japon- ont dû face à une pénurie de spécialistes des maladies infectieuses. Ce besoin aigu de services et de personnels de santé qui vient s’ajouter à une situation hospitalière déjà tendue et un besoin chronique croissant -avec le vieillissement- pourrait compromettre la gestion clinique des personnes atteintes de COVID-19 et des autres patients.

 

 

Et la communication de crise ? La gestion de l'information est rigoureusement organisée dans ces 3 sites, avec des réunions de crise presque quotidiennes. Cependant, des améliorations pourraient encore être apportées comme le partage d'informations entre les préfectures, l'interopérabilité entre le ministère et les hôpitaux publics, et la communication de crise : celle-ci détermine si le public fera confiance aux autorités, une confiance clé pour éviter la panique.

 

 

Des vulnérabilités -finalement universelles : ainsi, les experts concluent que si, globalement, les mesures de confinement notamment ont permis cette résilience, la réponse à l’épidémie dans ces 3 pays reste vulnérable sur les plans :

  • de la coordination des services ;
  • de l’accès à des fournitures et équipements médicaux adéquats ;
  • de la communication des risques et de crise ;
  • de la confiance du public dans le gouvernement ;
  • de la capacité « d’accueil » des systèmes de soins si les besoins en services augmentent.

 

 

3 enseignements majeurs s’imposent donc aujourd’hui :

  • sur la capacité intrinsèque du système de santé à faire face : l'intégration de systèmes d'information sanitaire, de mécanismes de financement permettant de mobiliser rapidement des ressources (tests, masques, médicaments) et d’une bonne gouvernance des personnels de santé détermine la capacité d’un système de santé « à absorber et à s'adapter aux chocs » ;
  • sur l’information : la propagation de fausses données et la désinformation constituent un défi majeur non résolu ;
  • sur la confiance, celle des patients, des professionnels de la santé et de la société dans son ensemble est d'une importance capitale pour faire face aux crises sanitaires.