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COVID-19 : Les coronavirus du rhume nous ont-ils déjà donné un peu d’immunité ?

Actualité publiée il y a 1 semaine 3 jours 36 min
Cell Host and Microbe
Les expositions aux autres coronavirus pourraient contribuer à nous forger une immunité, également contre le SARS-CoV-2, dans les années à venir (Visuel Adobe Stock 121758293)

Notre corps se souvient des coronavirus du rhume rencontrés depuis l'enfance. Mais cette immunité acquise nous protège-t-elle un peu, aussi, contre le COVID-19 ? Ces immunologues du La Jolla Institute suggèrent, avec ces travaux publiés dans la revue Cell Host and Microbe, que les expositions aux autres coronavirus pourraient contribuer à nous forger une immunité, également contre le SARS-CoV-2, dans les années à venir. Dans l'attente de cette immunité croisée, les chercheurs prônent la prudence et les rappels de vaccination.

 

Plus simplement, ces scientifiques californiens qui étudient comment le système immunitaire construit, depuis l’enfance, ses défenses contre les coronavirus du rhume, espèrent pouvoir définir, à partir de cette nouvelle compréhension plus large de l'immunité contre les coronavirus, les meilleures stratégies possibles pour favoriser le développement de l'immunité contre le SRAS-CoV-2, l'autre coronavirus responsable de la maladie COVID.

 

L’étude, in vitro, montre que les adultes ont des réponses immunitaires mémoires stables des anticorps et des lymphocytes T, contre les coronavirus du rhume, vraisemblablement à la suite de multiples expositions depuis l'enfance à ces virus. Armé de ces cellules immunitaires, le corps se défend aujourd'hui efficacement contre ces infections à l'âge adulte, qui ont tendance à être plutôt peu fréquentes et bénignes. Les chercheurs font l'hypothèse que les rappels vaccinaux COVID-19 pourraient jouer le même rôle clé que ces expositions : le virus SARS-CoV-2 étant récent, et les antécédents d’exposition moins nombreux, les rappels de vaccination pourraient aussi contribuer à former cette immunité à long terme ?

 

Mais tous les coronavirus déclenchent-ils les mêmes mécanismes ? En d’autres termes, ce qui peut être décrypter avec les coronavirus plus « anciens » du rhume s’applique-t-il aussi au SARS-CoV-2 ? Ensuite, prenant en compte avec la sous-variante Omicron 5 en circulation, le nombre croissant d’infection « de percée » (ou « breakthrough infection » intervenant après une vaccination) n'indique-t-il pas que nos vaccins (et donc les rappels) sont complètement « dépassés » par le virus ?

« Tout le monde se demande où cela va nous mener. Devons-nous continuer à recevoir des rappels ou devons-nous repenser les vaccins ? »

Ces grandes questions ont incité l’équipe à se demander si les coronavirus posent des défis particuliers au système immunitaire. Dont le SRAS-CoV-2 qui circule depuis à peine 2 ans et qui n’a jamais cessé d'évoluer- ce qui n’est pas favorable au développement d’une mémoire immunitaire efficace.

 

L’analyse d’échantillons de sang recueillis avant la pandémie, chez de jeunes adultes, exposés donc plusieurs fois aux coronavirus du rhume, confirme que :

 

  • les cellules immunitaires bien entraînées se souviennent des coronavirus ;
  • ces adultes ont développé une mémoire immunitaire stable et ont tendance à attraper des rhumes tous les 8 ans environ. « Leur réponse immunitaire est remarquablement stable et durable dans le temps ».
  • le SRAS-CoV-2 est différent des autres coronavirus mais partage cependant avec eux de nombreuses similitudes structurelles, et les précédentes études de la même équipe suggèrent que le système immunitaire reconnaît ces similitudes entre différents coronavirus. En d’autres termes, les précédentes expositions aux coronavirus du rhume pourraient également contribuer partiellement à une immunité (croisée) contre le SARS-CoV-2 ;
  • en effet, ces travaux montrent que les anticorps et les cellules T de ce groupe d'adultes en bonne santé peuvent réagir de manière croisée avec le SRAS-CoV-2. Cette réactivité croisée peut tout à fait contribuer à protéger une personne contre le COVID-19 sévère, et cette découverte renforce l'idée que le système immunitaire voit les coronavirus et le SRAS-CoV-2 de la même manière, sous certains aspects.

 

L’hypothèse de l’immunité croisée : si cette hypothèse se confirmait, cela signifierait qu’au fur à mesure que l'immunité se développe en population générale, les réinfections devraient devenir moins fréquentes et les symptômes du COVID-19 moins graves. Si la montée de nouvelles variantes du SRAS-CoV-2 peut compliquer ce processus de construction de l'immunité, « on finirait par y arriver » expliquent les chercheurs. Mais ils ajoutent : "il y a de fortes chances que le SRAS-CoV-2 soit là pour rester".

 

Vers un coronavirus endémique ? Un agent pathogène qui maintient un niveau constant dans une communauté et ne cause pas de perturbations quotidiennes est dit « endémique ». Ce qui ne signifie pas qu’il ne représente plus une menace. La grippe est endémique et le virus de la grippe entraîne chaque année des milliers de décès.

 

En conclusion, face à un virus prochainement endémique mais toujours responsable de formes sévères, face à une mémoire immunitaire croisée encore légère, les chercheurs conseillent la prudence : la meilleure stratégie reste le rappel.

« A ce stade de la pandémie, nous devons continuer à renforcer cette immunité contre le SRAS-CoV-2, avec les rappels du vaccin, 3è et 4è doses ».