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ÉVITEMENT ALIMENTAIRE : Le rôle clé des adipocytes

Actualité publiée il y a 2 jours 11 heures 29 min
Neuron
C’est la découverte d’un mécanisme vital pour la survie, le phénomène « d’aversion gustative conditionnée ou aversion conditionnée au goût (Visuel Adobe Stock 1662652797)

C’est la découverte d’un mécanisme vital pour la survie, que nous exposent ces chercheurs de l'Université de Bonn :  Les adipocytes jouent un rôle clé dans l'apprentissage de l'évitement alimentaire, en d’autres termes, dans le phénomène « d’aversion gustative conditionnée ou aversion conditionnée au goût » : en cas d’exposition à un aliment avarié ou au goût désagréable, le cerveau enregistre la réponse immunitaire aux bactéries et à leurs toxines et en déduit qu'il convient d'éviter cette source alimentaire à l'avenir. Ces travaux, publiés dans la revue Neuron, pourraient également concerner l'être humain, car le tissu adipeux produit aussi chez nous des neurotransmetteurs qui agissent sur notre cerveau et influencent notre appétit.

Quiconque a déjà souffert de maux d'estomac après avoir mangé un met avarié sait à quel point cette expérience peut être désagréable.

Dans le domaine de la recherche, ce phénomène connu sous le nom d'aversion gustative conditionnée permet ensuite d'éviter ce type d’aliment. Cependant, on ignore encore comment la détection des agents pathogènes par le système immunitaire entraîne ce changement de comportement.

 

Jusqu'à présent, les mécanismes précis de cet apprentissage de l'évitement restaient flous. Cette recherche, menée chez la drosophile, révèle que la communication entre les cellules cérébrales et les adipocytes pourrait jouer un rôle crucial dans ce processus. Lun des auteurs principaux, Ilona Grunwald Kadow, professeur à l’Institut Karolinska, précise : « Comme cette aversion alimentaire acquise se retrouve chez toutes les espèces, nous avons étudié cette question chez un organisme modèle : la drosophile. Ce modèle nous permet de comprendre comment le cerveau et le corps interagissent pour déclencher

une réaction d'évitement essentielle à la survie ».

 

L’étude met ainsi en évidence, chez la mouche drosophile, un mécanisme jusqu'alors inconnu, qui pourrait tout à fait exister sous une forme similaire chez les mammifères, dont chez l’Homme. L’expérience est menée sur des mouches ayant le choix entre 2 sources de nourriture. L'une était contaminée par la bactérie pathogène Pseudomonas entomophila, l'autre par une souche inoffensive de Pseudomonas. Les 2sources de nourriture étaient par ailleurs parfaitement identiques. L’expérience révèle que :

 

  • les mouches n’ayant jamais été exposées, préfèrent, tout d’abord, les aliments contaminés par des bactéries ;
  • cependant, la présence de l'agent pathogène ne reste pas longtemps inaperçue : le système immunitaire inné des mouches, qui possède des capteurs, donne l'alerte dans ce genre de situation ;
  • ici, les récepteurs sensibles aux composants de la paroi cellulaire bactérienne s’activent ;
  • ces capteurs bactériens induisent des changements de comportement : ils réagissent principalement à la souche pathogène de Pseudomonas, mais quasiment pas à la souche inoffensive. Nombre d'entre eux sont situés à la surface de neurones spécialisés, près de la gorge de la mouche. Via leurs prolongements, ces neurones sont connectés non seulement au cerveau de la mouche, mais aussi à une réserve adipeuse dans sa tête ;
  • lorsque ces récepteurs donnent l'alerte en présence de micro-organismes pathogènes, cela entraîne une libération d'octopamine, un neurotransmetteur proche de l'adrénaline, dans les neurones ;
  • l'octopamine se propage ensuite par les prolongements neuronaux jusqu'à la réserve adipeuse et déclenche alors la production d'un autre neurotransmetteur, la dopamine, dans les cellules adipeuses ;
  • la dopamine est ensuite transportée dans le cerveau de la mouche, où elle provoque l'activation continue et accrue de réseaux neuronaux essentiels à l'apprentissage et déclenche une réaction d'évitement ;
  • les animaux sont alors généralement dissuadés par l'odeur des bactéries pathogènes ;
  • les mouches déjà exposées à la source avariée choisissent alors la source de nourriture inoffensive.  

 

Le tissu adipeux joue ainsi un rôle clé dans cet apprentissage de l’évitement :

pourquoi le tissu adipeux ?

Les chercheurs suggèrent que ce comportement est indirectement lié à l’état nutritionnel. Lorsque les animaux sont affamés, ils possèdent moins de cellules graisseuses. Celles-ci produiraient alors moins de dopamine lorsqu'ils découvriraient que des bactéries pathogènes ont été ingérées avec la nourriture. Les animaux affamés seraient ainsi plus enclins à consommer des aliments contaminés.

 

Ces résultats pourraient également concerner l'être humain, car le tissu adipeux produit aussi chez nous des neurotransmetteurs qui agissent sur notre cerveau et influencent notre appétit. On sait notamment que l'interaction entre le cerveau, les organes et le tissu adipeux est perturbée dans les troubles du comportement alimentaire tels que l'anorexie ou l'obésité.