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MÉMOIRE : Il sera bientôt possible de raviver des souvenirs

Actualité publiée il y a 1 mois 1 semaine 4 heures
Current Biology
Et si les scientifiques pouvaient manipuler votre cerveau de manière à effacer un souvenir traumatique et rappeler un souvenir heureux ?

Et si les scientifiques pouvaient manipuler votre cerveau de manière à effacer un souvenir traumatique ou rappeler un souvenir heureux ? Steve Ramirez, un neuroscientifique de la Boston University fasciné par la mémoire, estime qu'une petite structure dans le cerveau pourrait être la clé de futures techniques thérapeutiques pour traiter la dépression, l'anxiété et le syndrome de stress post-traumatique (SSPT), permettant ainsi aux cliniciens d'améliorer les souvenirs positifs et de supprimer les négatifs. Cet expert montre ici, dans la revue Current Biology que la stimulation de différentes zones du cerveau peut accroître ou réduire la force émotionnelle d’un souvenir spécifique.

 

C’est, dans notre cerveau, une structure en forme de noix de cajou, l’hippocampe qui stocke les données sensorielles et émotionnelles qui composent les souvenirs, qu’ils soient positifs ou négatifs. Il n'y a pas 2 souvenirs identiques, et chacun de nos souvenirs, expliquent les chercheurs, est stocké dans une combinaison unique de cellules du cerveau contenant toutes les informations environnementales et émotionnelles associées. L'hippocampe lui-même, bien que petit, comprend de nombreuses sous-régions différentes travaillant toutes en tandem pour rappeler les composants d’un souvenir spécifique.

 

Ces scientifiques montrent à quel point la mémoire est flexible...

à condition de savoir quelle zone de l’hippocampe stimuler ! Ces nouvelles connaissances sont bien évidemment précieuses pour pouvoir un jour traiter les personnes hantées par des souvenirs traumatiques. « De nombreux troubles psychiatriques, en particulier le SSPT, sont caractérisés par le fait qu’après une expérience traumatisante, la personne ne peut pas changer de vie, car elle se souvient toujours de sa peur, encore et encore ». En activant artificiellement les cellules de la mémoire dans la partie inférieure de l'hippocampe, l’équipe montre que les souvenirs négatifs peuvent être encore aggravés et, qu’en revanche, la stimulation des cellules de la mémoire dans la partie supérieure de l'hippocampe permet de les effacer.

 

La preuve est apportée à ce stade chez la souris et par optogénétique. Les chercheurs ont d’abord déterminé quelles cellules de l'hippocampe étaient activées lorsque des souris mâles créaient de nouveaux souvenirs d'expériences positives, neutres et négatives. Une expérience positive, par exemple, pourrait être l'exposition à une souris femelle ; une expérience négative, un léger choc électrique aux pieds. Les chercheurs identifient les cellules impliquées dans le processus de création du souvenir (à l'aide d'une protéine verte conçue pour « s’éclairer » lorsque les cellules sont activées), puis parviennent à déclencher artificiellement ces souvenirs spécifiques via la lumière du laser. Ces expériences révèlent à quel point les zones supérieure et inférieure de l'hippocampe sont différentes :

  • activer « le haut » de l'hippocampe fonctionne comme une thérapie d'exposition efficace et atténue le traumatisme lié aux mauvais souvenirs ;
  • activer « le bas » de l'hippocampe peut entraîner des changements de comportement durables liés à la peur et à l'anxiété, suggérant que cette partie du cerveau pourrait être trop active en cas de souvenirs traumatiques et trop chargés d'émotion.

 

 

La charge émotionnelle fait toute la différence, selon les auteurs : ainsi, la suppression de l’hyperactivité dans la partie inférieure de l'hippocampe pourrait être efficace contre les troubles de stress post-traumatique et l'anxiété, et pour améliorer les compétences cognitives.

 

Si le concept de « manipulation de la mémoire » évoque la science-fiction, cette étude nous apporte un avant-goût de nouvelles thérapies pour améliorer la mémoire ou éliminer des souvenirs traumatiques. « Nous sommes encore loin de pouvoir y parvenir chez l'Homme, mais la preuve de concept est là. Utilisons ce que nous apprenons chez la souris pour prédire le fonctionnement de la mémoire chez l'Homme ».

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