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MÉNINGITE : Pour l'éviter, quelques bactéries amies suffisent

Actualité publiée il y a 1 année 6 mois 1 jour
Science Translational Medicine
En occupant le nez, la bactérie "amie" N. lactamica protège d'un type sévère de méningite en empêchant N. meningitidis de s’installer (Visuel Adobe Stock 247321937).

Oui, certaines bactéries sont nos amies au point qu’on envisage aujourd’hui de les administrer en gouttes nasales. Cette équipe de l’Université de Southampton réalise une « première » : elle insère un gène dans un type inoffensif de bactérie, amical, qui permet à la bactérie de rester dans le nez et de déclencher une forte réponse immunitaire contre ses homologues responsables de la méningite. Ces travaux, publiés dans la revue Science Translational Medicine, documentent cette approche originale, censée ici apporter au bébé, une protection à la fois efficace et durable.

 

  • Neisseria meningitidis (N. meningitidis), une « mauvaise » bactérie : la méningite (bactérienne) à méningocoques survient chez des personnes de tous âges, mais touche principalement les nourrissons, les jeunes enfants et les personnes âgées. Elle entraîne des milliers de cas chaque année et parfois des décès très rapides, en quelques heures après le diagnostic. Si environ 10 % des adultes sont porteurs de N. meningitidis à l'arrière du nez et de la gorge sans aucun signe ni symptôme, chez certaines personnes, la bactérie envahit la circulation sanguine pouvant entraîner la méningite et/ou la septicémie.

 

  • Neisseria lactamica (N. lactamica), une bactérie amicale, vit également et naturellement dans le nez de certaines personnes. En occupant le nez, N. lactamica protège d'un type sévère de méningite en empêchant N. meningitidis de s’installer.

Exploiter cette protection naturelle et faire en sorte que la bactérie amie colonise le nez.

L’idée des auteurs, le Pr Robert Read et le Dr Jay Laver du NIHR Southampton Biomedical Research Center et de l'Université de Southampton était donc d’exploiter cette protection naturelle et de faire en sorte que N. lactamica colonise le nez. A partir de là, l’équipe a suivi la piste logique des gouttes nasales et montre ici que des gouttes nasales de N. lactamica empêchent bien N. meningitidis de prendre place dans le nez de 60% des participants. Pour que N. lactamica « tienne bon » les scientifiques l’ont équipée d’une des armes clés de N. meningitidis : une protéine de surface « collante » qui agrippe les cellules qui tapissent le nez. En insérant une copie du gène de cette protéine dans l'ADN de N. lactamica, la bactérie est en mesure de s’agripper à la muqueuse nasale.

 

  • De plus, N. lactamica induit une réponse immunitaire, à la fois forte et durable. Elle colonise le nez des participants pendant au moins 28 jours, et chez 86 % d‘entre eux, durant à 90 jours, et sans entraîner aucun effet indésirable.

 

Des résultats prometteurs pour cette stratégie thérapeutique innovante capable de prévenir une infection mortelle, sans médicament. L’approche semble également prometteuse face à l’émergence croissante des antibiorésistances.

 

« La technologie a des applications plus larges », soulignent les auteurs dans leur communiqué, « il est théoriquement possible d'exprimer n'importe quel antigène dans nos bactéries, ce qui signifie que nous pouvons potentiellement adapter les bactéries de manière à les utiliser pour lutter contre une multitude d'infections qui pénètrent dans l'organisme par les voies respiratoires supérieures ».