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MICI : Traiter la cavité buccale pour résoudre la maladie intestinale ?

Actualité publiée il y a 1 année 10 mois 2 semaines
Microbial Genomics
Une molécule appelée « pSma1 » présente dans des échantillons de cellules bactériennes patients atteints de colite ulcéreuse sévère est retrouvée dans certaines souches de Campylobacter concisus (C. concisus), une bactérie qui vit habituellement dans la bouche (Visuel Adobe Stock 95277279)

Les bactéries buccales pourraient nous fournir des indices précieux pour comprendre aussi les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) dont la colite ulcéreuse, une maladie douloureuse qui peut nécessiter une chirurgie. Cette équipe de gastro-entérologues de l’University of New South Wales (UNSW, Sydney, Australie) révèle ici qu’une forme sévère de colite ulcéreuse pourrait en effet être liée à une souche bactérie buccale. L’étude, présentée dans Microbial Genomics, qui ajoute au nombre croissant de preuves reliant les bactéries orales aux MICI, suggère qu'il serait, dans certains cas, possible de traiter la maladie intestinale en traitant les muqueuses buccales.

 

Ici, les scientifiques ont découvert une molécule appelée « pSma1 » dans des échantillons de cellules bactériennes provenant de patients atteints de colite ulcéreuse sévère. La même molécule a été retrouvée dans certaines souches de Campylobacter concisus (C. concisus), une bactérie qui vit habituellement dans la bouche.

Des traitements ciblant la cavité buccale pour réduire la charge intestinale de la bactérie

Les MICI, des maladies à prévalence croissante : Les MICI qui comprennent principalement la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique (ou colite ulcéreuse) touchent 10 millions de personnes dans le monde. En France, on estime que 250.000 personnes en souffrent. En 20 ans, leur prévalence a augmenté de 25%. La cause de la colite ulcéreuse n'est pas encore connue et, dans les cas graves, l'inflammation peut se propager davantage à travers le gros intestin, entraînant une douleur extrême, des saignements et de la diarrhée. Les patients qui ne répondent pas bien aux médicaments devront subir une extraction chirurgicale de leur gros intestin.

 

De la bouche à l’intestin : « les bactéries orales pénètrent dans le système digestif chaque jour lorsque nous avalons de la nourriture ou de la salive », explique l’auteur principal, le Dr Li Zhang, maître de conférences en biotechnologie et sciences biomoléculaires à l'UNSW. Si la plupart des bactéries sont tuées par les acides dans l'estomac, certaines parviennent à survivre et à coloniser les intestins. Et la bouche apporte un approvisionnement constant en nouvelles bactéries qui favorise cette colonisation.

 

Un petit plasmide (ou molécule d'ADN) clé à réplication rapide : cette analyse des génomes bactériens d'un échantillon de patients relativement modeste qui identifie cette molécule bactérienne pSma1 retrouvée dans certaines souches de Campylobacter concisus (C. concisus), ne démontre pas que la bactérie est directement en cause dans la colite ulcéreuse sévère. Cependant, elle ouvre une nouvelle voie de recherche sur la prévention et le traitement de la MICI. La petite molécule d'ADN circulaire vit généralement à l'intérieur des cellules bactériennes et pourrait porter des gènes qui augmentent la virulence bactérienne.

 

« Un plasmide est un élément génétique mobile, transférable entre différentes souches de la bactérie ou même différentes espèces. Si le plasmide porte des gènes de virulence, la bactérie peut acquérir cette virulence », expliquent les chercheurs.

 

Ici, cette molécule bactérienne pSma1 est découverte chez des patients ayant subi un traitement chirurgical pour une colite ulcéreuse sévère et les protéines codées par ce plasmide pourraient être un facteur de virulence. En résumé, cette souche bactérienne pSma1 pourrait contribuer à expliquer pourquoi certains patients atteints de colite ulcéreuse sévère ne répondent pas bien aux traitements médicamenteux. La souche pourrait également servir de marqueur potentiel de l'évolution probable de la maladie.

Ces données doivent encore être confirmées chez un échantillon génomique plus large, mais si le plasmide était bien impliqué dans la pathogenèse de la colite ulcéreuse sévère, la bactérie pourrait être une cible prometteuse pour de futures thérapies.

 

«Si nous confirmons que le plasmide joue un rôle dans la pathogenèse, il pourra être assez facile de traduire cette découverte en clinique. Des traitements ciblant la cavité buccale pourraient aider à réduire la charge de la bactérie. Nous ne pourrons peut-être pas éradiquer cette bactérie, mais nous pourrions certainement en réduire la charge ».

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