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PARKINSON : Un dysfonctionnement de la barrière hémato-encéphalique ?

Actualité publiée il y a 1 année 3 jours 46 sec
Neurology Genetics
Un défaut vasculaire important est identifié chez les patients atteints de la maladie de Parkinson, au niveau de la barrière hémato-encéphalique (Visuel Adobe Stock 451360269)

Cette équipe de gériatres et de neurologues du Centre médical de l'université de Georgetown vient de faire une découverte inattendue : un défaut vasculaire important chez les patients atteints de la maladie de Parkinson, au niveau de la barrière hémato-encéphalique. Cette découverte, documentée dans la revue Neurology Genetics, explique également comment un médicament, le nilotinib permet d’arrêter à la fois, le déclin moteur et non moteur.

 

La recherche suggère que les parois des vaisseaux sanguins qui forment la barrière hémato-encéphalique, qui agit normalement comme un filtre qui protège le cerveau contre les toxines tout en laissant le passage aux nutriments pour le nourrir, ne fonctionne pas correctement chez certains patients atteints de la maladie de Parkinson : dans ce cas, la barrière empêche les toxines de quitter le cerveau et empêche les nutriments tels que le glucose d'entrer.

 

Et, peut-être « pire » encore :

la barrière dysfonctionnelle permet aux cellules inflammatoires d'entrer et d'endommager le cerveau.

L'étude : il s’agit de la première étude longitudinale utilisant une technique une génomique aussi avancée, précise l’auteur principal, le Dr Charbel Moussa, qui décrit ce séquençage de nouvelle génération du génome entier du liquide céphalo-rachidien de 75 patients atteints de la maladie de Parkinson, avant et après le traitement avec un médicament contre la leucémie -ici repositionné-, le nilotinib vs placebo. Les participants, qui souffraient tous d’une forme sévère de la maladie de Parkinson, ont ainsi été répartis pour recevoir soit un placebo, soit 150 mg ou 300 mg de nilotinib pendant 12 mois. Auparavant, ces participants avaient été traités, sans succès, à l’aide de plusieurs traitements, dont la stimulation cérébrale profonde. Les participants ont eu une période de sevrage du médicament de 3 mois avant un nouveau cycle (après nouvelle « randomisation ») à 150 mg ou 300 mg pendant 12 mois supplémentaires. Après ce programme d’au total 27 mois,

 

  • le nilotinib s’avère un médicament sûr ;
  • les participants parkinsoniens traités par nilotinib présentent une augmentation dose-dépendante (selon qu’ils aient bénéficié d’un cycle ou de 2 cycles de traitement) de la dopamine, le composé chimique qui fait défaut, dans la maladie ;
  • le nilotinib permet de stopper le déclin moteur et non moteur chez les patients prenant la dose la plus élevée (300 mg) ;
  • Quel processus d’action ? L’analyse épigénomique du liquide céphalo-rachidien (LCR) des patients permet de décrypter l’action du médicament :
  • le nilotinib inactive une protéine (DDR1) qui obère la capacité de la barrière hémato-encéphalique à fonctionner correctement ;
  • lorsque la DDR1 est inhibée, le transport normal des molécules à l'intérieur et à l'extérieur de la barrière cérébrale reprend normalement et l'inflammation est réduite au point que la dopamine, le neurotransmetteur épuisé par la maladie, est à nouveau produite.

 

Le nilotinib (Tasigna) est donc un bon candidat contre la neurodégénérescence associée à la maladie de Parkinson, mais très probablement aussi à la maladie d'Alzheimer. Le médicament a été approuvé en 2007 pour le traitement de la leucémie myéloïde chronique (LMC), mais les chercheurs avaient fait l’hypothèse que son mécanisme d'action pourrait aider le cerveau à détruire les toxines qui se développent dans le cerveau de patients atteints de troubles neurodégénératifs.

 

La double action du nilotinib : Non seulement le nilotinib active le système d'élimination des déchets du cerveau pour évacuer les protéines toxiques, mais il semble également réparer la barrière hémato-encéphalique pour permettre à ces déchets toxiques de quitter le cerveau et laisser entrer les nutriments.

 

C’est la première fois qu’est documentée une composante vasculaire de la maladie de Parkinson,

jusque-là plutôt expliquée par des déficits mitochondriaux ou énergétiques induits par des toxines environnementales ou par une accumulation de protéines toxiques.

 

« C’est la première étude à montrer que la barrière hémato-encéphalique est une cible possible pour le traitement de la maladie de Parkinson. D’autres recherches sont encore nécessaires, mais le simple fait de savoir que le système vasculaire cérébral d'un patient joue un rôle important dans la progression de la maladie est une grande découverte ».

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