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Vaccin COVID-19 : Des anticorps chez 90% des patients immunodéprimés, oui mais

Actualité publiée il y a 10 mois 1 semaine 2 jours
Annals of Internal Medicine
La vaccination contre le COVID-19 suscite tout de même des réponses en anticorps chez près de 9 patients immunodéprimés sur 10 avec néanmoins une réponse limitée à environ un tiers de celles normalement produites chez des personnes en bonne santé (Visuel Adobe Stock 331786956)

Si les patients traités par immunodépresseurs pour des maladies auto-immunes produisent des réponses plus faibles que les personnes en bonne santé. Ces chercheurs cliniciens de l'Université de Washington montrent que la vaccination contre le COVID-19 suscite tout de même des réponses en anticorps chez près de 9 patients immunodéprimés sur 10 avec néanmoins une réponse limitée à environ un tiers de celles normalement produites chez des personnes en bonne santé. Des données précieuses, publiées dans les Annals of Internal Medicine, qui vont permettre des décisions mieux éclairées sur l’opportunité d’un 3è « rappel » vaccinal.

 

Les chercheurs de St Louis suivent des patients prenant des médicaments immunosuppresseurs pour traiter des maladies inflammatoires chroniques telles que les maladies inflammatoires de l'intestin et la polyarthrite rhumatoïde. Jusqu’à cette étude, même si quelques inquiétudes avaient déjà été émises, il était difficile de savoir avec précision si les niveaux d’anticorps atteints par ces patients immunodéprimés étaient suffisamment élevés pour les protéger d'une forme sévère de COVID-19. Plusieurs agences et organisations de santé dans le monde, dont les US Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont déjà recommandé que les personnes prenant des immunosuppresseurs reçoivent une troisième dose du vaccin afin de renforcer leur réponse immunitaire.

 

Lorsque les premiers vaccins COVID-19 ont été autorisés en urgence en décembre 2020, l’équipe s’est inquiétée de l’efficacité des vaccins pour ses patients. De précédentes études antérieures avaient montré que les médicaments immunosuppresseurs peuvent atténuer les réponses à d'autres vaccins, tels que ceux contre la grippe et les maladies à pneumocoques.

La vaccination COVID-19 suscite une réponse chez 9 immunodéprimés sur 10

« Cette découverte est une bonne nouvelle chez ce groupe de population qui fait face à un risque plus élevé de forme grave », écrivent les chercheurs, « même si la réponse n'est pas aussi forte ».

Le co- auteur principal, le Dr Alfred Kim, professeur de médecine et clinicien auprès les patients atteints de maladies auto-immunes ajoute : « Certains de nos patients ont hésité à se faire vacciner, ce qui est regrettable car ils encourent un risque accru de forme plus grave de COVID-19 par rapport à ceux qui ne prennent pas de médicaments immunosuppresseurs. Certains d'entre eux craignent que la vaccination ne provoque une poussée de leur maladie, mais nous n'avons pas observé de telles réactions. D'autres ne voient pas l'intérêt de la vaccination, car ils pensent que les médicaments qu'ils prennent pour traiter leur maladie auto-immune les empêcheront de produire une réponse immunitaire au vaccin. Nous montrons ici que la grande majorité des patients immunodéprimés atteints de maladies auto-immunes sont capables de développer des réponses anticorps après la vaccination COVID-19.

Il y a clairement un avantage pour cette population. »

Les chercheurs dont le co-auteur principal, le Dr Ali Ellebedy, professeur agrégé de pathologie et d'immunologie, de médecine et de microbiologie moléculaire, ont regardé dans quelle mesure les personnes prenant des médicaments immunosuppresseurs répondent à la vaccination COVID-19 et en comparant les réponses de 133 patients immunodéprimés et de 53 témoins en bonne santé.

Les patients immunodéprimés prenaient au moins un médicament immunosuppresseur pour des maladies telles que les maladies inflammatoires de l'intestin, la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite, le lupus et la sclérose en plaques. Des échantillons de sang ont été prélevés 2 semaines avant la première dose du vaccin Pfizer ou Moderna et 3 semaines après la deuxième injection. Les chercheurs ont mesuré les niveaux d'anticorps de chaque participant et ont fait le compte des cellules productrices d'anticorps. Tous les patients sont restés sur les schémas thérapeutiques prescrits, à l'exception de 3 dont les médicaments ont été interrompus dans la semaine suivant la vaccination. L’expérience montre que :

 

  • si tous les témoins en bonne santé ont produit des anticorps contre le SARS-CoV-2, c’est le cas également de 88,7 % des participants immunodéprimés ;
  • cependant, les niveaux d'anticorps et le nombre de cellules productrices d'anticorps dans le groupe immunodéprimé correspondent en moyenne au tiers des niveaux d’anticorps du groupe de personnes en bonne santé ;
  • les chercheurs se déclarent incapables de déterminer si ces niveaux d’anticorps constatés chez les participants immunodéprimés suffisent à protéger ces patients contre les formes sévères du COVID-19 ;

 

2 classes de médicaments médient des réponses immunitaires particulièrement faibles : ainsi,

  • 65% des participants prenant des glucocorticoïdes,
  • 60% des participants prenant des thérapies de déplétion des lymphocytes B

ont développé des réponses en anticorps détectables ;

  • les patients prenant des antimétabolites tels que le méthotrexate, les inhibiteurs du TNF ou les inhibiteurs de JAK, en revanche, n'ont pas généré de réponses immunitaires significativement plus faibles que les témoins, ne prenant pas ces médicaments.

 

Ces participants immunodéprimés qui vont recevoir une 3è dose de vaccin sont toujours suivis par cette étude. Les auteurs suggèrent que « recevoir cette dose supplémentaire va les aider à atténuer cette perte de réponse et optimiser ainsi leur capacité à se protéger du SRAS-CoV-2 ».