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VIRULENCE : C'est quand le virus nous vole un peu de nos gènes

Actualité publiée il y a 1 année 3 mois 3 jours
Cell
En volant des séquences génétiques à leur hôte, ces virus produisent une multitude de protéines de virulence (Visuel AdobeStock_305432902)

Cette équipe de virologues du Mount Sinai Health System (New York) nous explique comment certains virus volent un peu de notre code génétique pour étendre ou compléter leur propre génome, et être capable de produire de nouvelles protéines qui leur permettent alors de mieux se répliquer et mieux nous infecter. Ces travaux, présentés dans la revue Cell, identifient ainsi de nouvelles protéines « virales », nommées précisément « UFO » (pour Upstream Frankenstein Open Reading Frame), codées grâce à ces assemblages de séquences à la fois de l’hôte et du virus.  

 

« En pratique », le virus infecte une cellule hôte qu’il convertit en « usine » pour produire des copies de lui-même et se répliquer. Certains virus, dont les virus de la grippe et d'autres pathogènes, volent des séquences génétiques à leurs hôtes pour compléter et « optimiser » leurs propres génomes.

En volant des séquences génétiques à leur hôte, ces virus produisent une multitude de protéines de "virulence"

L'équipe de virologues a examiné un grand groupe de virus à génome segmenté qui comprennent des agents pathogènes infectant l'Homme, des animaux domestiques et des plantes. Ces virus comprennent les virus de la grippe et le virus de Lassa. Les chercheurs montrent qu'en volant des séquences génétiques à leur hôte, ces virus deviennent capables de produire une multitude de protéines jusque-là non détectées.

 

Ces protéines « UFO » codées par l’assemblage de séquences de l’hôte et du virus, étaient totalement inconnues avant cette étude. Pourtant, elles peuvent modifier le cours de l'infection virale et pourraient être exploitées à des fins vaccinales. Car, explique l’auteur principal, le Dr Ivan Marazzi, professeur agrégé de microbiologie à la Icahn School of Medicine, « la virulence du virus (ou son infectiosité) est basée sur l'expression de protéines dérivées du pathogène. Il est donc crucial d’avoir une compréhension claire des protéines codées par le pathogène, de leur fonctionnement ou mode d’action et de leur contribution à la virulence du virus ».

 

Le « cap-snatching » : Les virus ne peuvent pas développer leurs propres protéines, ils doivent donc fournir des instructions appropriées à la machinerie qui construit ces protéines dans les cellules hôtes. Les virus font cela grâce au « cap-snatching », un processus qui consiste à couper une extrémité de l'une des séquences de la cellule (un ARN messager ou ARNm), puis ils prolongent cette même séquence avec une copie de l'un de leurs propres gènes. Cela donne un message hybride mi-hôte, mi-virus

 

L’explication du caractère pandémique ? A partir de ces séquences hybrides hôte-virus, les virus deviennent capables de produire ces protéines UFO, jusque-là insoupçonnées. Des protéines qui peuvent être visibles pour le système immunitaire et qui participent à la virulence. Cependant d’autres recherches seront nécessaires pour comprendre cette nouvelle classe de protéines et quelles sont les implications de leur expression omniprésente chez de nombreux virus à ARN qui provoquent des épidémies et des pandémies.

 

Ainsi, ces travaux expliquent comment certains virus peuvent emprunter un peu de la machinerie moléculaire qu'ils exploitent. Le résultat de cette nouvelle machinerie hybride, ces protéines méritent d’être étudiées pour mieux comprendre l’infection et identifier de nouvelles façons de la stopper.