ALZHEIMER : Une question d’âge « bioénergétique » ?
Réduire l'âge bioénergétique pourrait contribuer à prévenir la maladie d'Alzheimer, nous explique cette équipe de biologistes et de neuroscientifiques de la Weill Cornell Medicine (New York). L’étude, publiée dans la Nature Communications, suggère qu'un mode de vie sain peut inverser l'horloge bioénergétique chez certaines personnes, en dépit de l’âge, ce qui peut contribuer à prévenir la maladie d'Alzheimer aussi efficacement que certains médicaments- dont le lécanemab.
On connaît l’âge chronologique, l’âge biologique mais qu’est-ce que « l'âge bioénergétique » ? Les chercheurs définissent l’âge bioénergétique d'une personne, par « la jeunesse » avec laquelle ses cellules produisent de l'énergie et suggèrent que cet âge bioénergétique, pourrait être un indicateur clé du risque de développer la maladie d'Alzheimer. Avec ce concept, nous est également rappelé le rôle clé des mitochondries, ces minicentrales qui apportent de l’énergie aux cellules.
L’auteur principal, le Dr Jan Krumsiek, professeur agrégé de physiologie, de biophysique et de génomique au Weill Cornell Medicine qualifie le résultat de « considérable, car cela signifie que certaines personnes peuvent réduire leur risque sans subir les effets secondaires d’ailleurs incertains des traitements actuels ».
Encore une fois, le mode de vie avant les médicaments
La recherche contribue à résoudre une énigme de longue date : un des premiers signes avant-coureurs de la maladie d'Alzheimer est la perte de la capacité des cellules cérébrales à produire et à utiliser efficacement l'énergie. Cependant, certaines personnes ne présentent aucun symptôme de la maladie pendant des années. Ce délai entre ces anomalies des voies énergétiques et l'apparition des symptômes suggère l'existence d'une « capacité bioénergétique » ou d’une réserve chez ces patients : leur corps et leur cerveau parviennent à maintenir un niveau d'énergie élevé, même en cas de dysfonctionnement énergétique et cellulaire.
En quelques mots, « ce sont des personnes exceptionnellement en bonne santé si l'on examine leur fonction cognitive : elles atteignent un âge avancé sans les déclins qui surviennent habituellement ».
Comment identifier les personnes dotées de cette capacité bioénergétique supérieure ? Différentes recherches montrent que des taux sanguins élevés d'acylcarnitine, un ester d'acide gras, peuvent prédire le risque de maladie d'Alzheimer. L’analyse des donnés d'une étude à grande échelle, l’Alzheimer’s Disease Neuroimaging Initiative, confirme que ces taux spécifiques d'acylcarnitine permettent bien d'identifier des personnes atteintes d'une forme plus grave de la maladie d'Alzheimer et celles qui développent moins de symptômes.
- A partir de ces observations, les scientifiques développent une horloge bioénergétique basée sur les acylcarnitines, c'est-à-dire l'âge du métabolisme d'une personne vs son âge chronologique :
- un âge bioénergétique plus avancé est associé à des taux d'acylcarnitine plus élevés, à une aggravation de la maladie d'Alzheimer, au déclin cognitif et à l'atrophie cérébrale.
- les patients présentant initialement un faible taux d'acylcarnitine déclinent plus lentement que ceux présentant un taux élevé : le bénéfice est comparable à celui du lécanemab, un nouveau médicament de la maladie d'Alzheimer ;
- l'horloge bioénergétique d'une personne évolue à un rythme déterminé par sa génétique, mais un mode de vie sain peut contribuer à maintenir un faible taux d'acylcarnitine, ce qui se traduit par un âge bioénergétique plus jeune.
Un sous-groupe de participants, soit environ 30 % des participants de l’Alzheimer’s Disease Neuroimaging Initiative, présentent un âge bioénergétique plus avancé mais un patrimoine génétique favorable. Ces personnes sont celles qui pourraient le plus bénéficier des interventions précoces sur le mode de vie, conçues pour réduire leur âge bioénergétique et donc leur risque de maladie d'Alzheimer.
Prochaine étape : l’équipe va regarder quelles sont les interventions sur le mode de vie les plus efficaces à réduire l'âge bioénergétique. Dans le même temps, elle va travailler au développement d’un test rapide et peu coûteux qui pourrait déterminer le taux d'acylcarnitine.
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