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CANCER COLORECTAL : Les patients obèses ont une moins bonne survie, pourquoi ?

Actualité publiée il y a 1 semaine 2 jours 18 heures
ESMO
La survie plus faible chez les patients obèses atteints de cancer colorectal serait peut-être liée à des doses de chimiothérapie trop faibles en regard de la surface corporelle (Visuel Fotolia)

Ces oncologues de l’Université de Manchester (UK) répondent à la question d’une survie plus faible chez les patients obèses atteints de cancer colorectal : cette réduction de survie serait peut-être liée à des doses de chimiothérapie trop faibles, soulignent les chercheurs qui présentent leur large méta-analyse lors de l’ESMO World Congress on Gastrointestinal Cancer 2021. Des données à paraître également dans les Annals of Oncology, qui relèvent toute la complexité des dosages en matière de chimiothérapie, en regard de l’IMC, mais aussi de la condition physique, des comorbidités et de la fonction rénale du patient.

 

L'auteur principal de l’étude, Corinna Slawinski, du département des Sciences du cancer de Manchester, explique, qu’en regard de leur surface corporelle (BSA : body surface area), les patients obèses atteints d'un cancer colorectal reçoivent des doses de chimiothérapie plus faibles, par rapport aux patients de poids corporel normal. C’est l’une des principales conclusions de cette large méta-analyse. L’autre résultat majeur étant, que justement, la dose relative cumulative de chimiothérapie est associée à la survie. Prises ensemble, ces conclusions contribuent à expliquer ces moins bons résultats.

Une survie plus faible observée chez les patients obèses recevant une chimiothérapie

Des doses « plafonnées » pour les patients obèses : « La chimiothérapie adjuvante est dosée en fonction de la surface corporelle d'une personne, qui est calculée à partir de sa taille et de son poids. Mais chez les patients obèses donc avec indice de masse corporelle (IMC) élevé et plus susceptibles d'avoir une BSA élevée, les doses sont souvent plafonnées, ou basée sur un poids de santé, par crainte qu’en augmentant les doses, les effets secondaires soient trop importants ». Cela signifie que les patients obèses reçoivent donc « proportionnellement » des doses plus faibles de chimiothérapie.

 

Une association entre l'augmentation de l’IMC et des réductions de dose relative de chimiothérapie :

 

  • c’est un constat de cette méta-analyse, pour les chimiothérapies adjuvantes et chez les patients atteints de cancer colorectal ;
  • autre constat, une association entre une dose relative cumulative accrue et une survie améliorée.

 

Les dernières directives de l'ASCO (American Society of Clinical Oncology) préconisent des doses de chimiothérapie complètes et basées sur le poids y compris pour traiter les patients adultes obèses. Ces résultats soutiennent ces directives. Les auteurs ajoutent que « la chimiothérapie adjuvante a le potentiel de guérir les patients atteints d'une maladie micro-métastatique résiduelle après une chirurgie curative, il est donc important d’optimiser les avantages pour tous les patients ».

 

Obésité et cancer colorectal : plusieurs études de la méta-analyse montrent que les patients obèses atteints d'un cancer colorectal ont de moins bons résultats que les patients non obèses. Mais les limites de ces études empêchent de tirer des conclusions définitives sur l’association possible entre un indice de masse corporelle plus élevé et la survie ou sur l’intervention d'autres facteurs tels que la dose administrée. L’analyse OCTOPUS, basée sur les données de 7.269 patients recevant une chimiothérapie adjuvante après une chirurgie curative du cancer du côlon et/ou du rectum participant à 4 grands essais randomisés permet de comprendre un peu mieux, la relation entre l’IMC, le dosage de la chimiothérapie et la survie. Elle conclut :

 

  • à des augmentations de 5% de la dose relative cumulative moyenne (ACRD : average cumulative relative dose) sont significativement associées à des améliorations de la survie sans maladie (OR : 0,953) ;
  • à l'absence d’association significative entre l'intensité relative moyenne de la dose (ARDI : average relative dose intensity) et la survie sans maladie- l'ARDI prend également en compte la durée du traitement et correspond à la dose totale par unité de BSA, divisée par le nombre de semaines de traitement qui a effectivement été reçue ; les chercheurs suggèrent que l'absence d'association entre l'ARDI et la survie pourrait être due au fait que l'ARDI est une mesure moins sensible des réductions de la dose totale (cumulative) de chimiothérapie ;
  • chaque augmentation de l'IMC de 5 kg/m2 s’avère associée à une réduction de 2 % de la dose relative de chimiothérapie au cours du premier cycle de chimiothérapie et à des réductions de 1 % de l'ACRD et de l'ARDI. En clair, cela signifie qu'un patient obèse avec un IMC de 37,5 kg/m2 « accuse » une réduction de 3 % de l'ACRD et de l'ARDI par rapport à un patient non obèse ayant un IMC de 22,5 kg/m2. En d’autres termes, un patient obèse reçoit une dose moindre de chimiothérapie en regard de sa BSA.

 

Dose de chimio ou effet biologique du surpoids ? On sait que le mode de calcul des doses de chimiothérapie reste un facteur majeur de réussite du traitement, pour chaque patient. Ces effets indirects de l’IMC sur l'ACRD notamment, peuvent contribuer expliquer une survie plus faible chez les patients obèses. Cette explication est donc celle privilégiée par les auteurs, plutôt qu’un effet direct de l'obésité induisant une biologie tumorale spécifique.

 

La question du dosage est donc complexe : l'administration d'une dose complète de chimiothérapie en fonction de leur poids corporel est de mise pour les patients obèses, mais les cliniciens doivent également tenir compte de la toxicité du traitement, qui impacte la qualité de vie et jusqu’à mettre la vie en danger. D’autres facteurs, comme les comorbidités, doivent également être prises en compte dans les décisions de dosage, de manière individualisée pour chaque patient. Quelle implication en clinique ? Très probablement regarder si, a contrario, des réductions de dose sont nécessaires chez les patients ayant un IMC élevé lors du traitement par chimiothérapie adjuvante. Ces données sont importantes, en particulier en regard de l’association entre l’obésité et le risque de cancer de l’intestin.

 

Ces conclusions appellent d’autres études « avant de changer de pratique. Des études prospectives examinant l'impact de doses plus élevées de chimiothérapie peuvent être nécessaires. Nous devons prendre en compte tous les aspects du patient lors de la prise de décisions concernant le dosage de la chimiothérapie », concluent les chercheurs.

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