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CANCER de la CAVITÉ ORALE : La possible implication du microbiome

Actualité publiée il y a 4 heures 21 min 49 sec
International Journal of Oral Science
Les cancers épidermoïdes de la cavité orale survenant en l'absence de tabac, d'alcool ou de HPV constituent un sous-type moléculaire distinct, dominé par des processus mutagènes endogènes spécifiques (Visuel Adobe Stock 1667035691)

Les cancers épidermoïdes de la cavité orale survenant en l'absence de tabac, d'alcool ou de HPV constituent un sous-type moléculaire distinct, dominé par des processus mutagènes endogènes spécifiques, dont certains liés au vieillissement. Cette analyse génomique de grande échelle menée par une équipe de l’International Agency for Research on Cancer (IARC) et du Centre de Recherche en Cancérologie de Lyon, présentée dans l'International Journal of Oral Science, identifie 4 clusters mutationnels distincts et suggère le rôle du microbiome oral dans le développement tumoral de ce groupe de cancers.

 

Les cancers épidermoïdes de la cavité orale sont historiquement associés au tabac, à l'alcool et au papillomavirus humain oncogène (HPV). Pourtant, une proportion croissante de ces cancers est diagnostiquée chez des individus sans exposition à ces facteurs de risque, c’est notamment le cas chez les jeunes adultes et les femmes. Cette catégorie, dite sans facteur de risque identifié, représente

un angle mort diagnostique et thérapeutique majeur.

Comprendre les mécanismes biologiques spécifiques à ces cancers sans facteurs de risque classiques est devenu une priorité de recherche : l’objectif est en effet d’améliorer leur classification moléculaire et d’identifier des cibles thérapeutiques adaptées.

 

L'un des auteurs principaux, le Dr Jiri Zavadil, chercheur à l’IARC, précise :« Nous avons cherché à décrypter les mécanismes moléculaires qui conduisent ces cancers et à déterminer s'ils représentent un sous-type distinct avec des caractéristiques biologiques uniques. Étant donné que les expositions carcinogènes traditionnelles ne permettent pas d’expliquer ces cas, nous avons exploré si des processus internes ou des influences externes pourraient être responsables ».

 

L'étude analyse 347 échantillons de cancers des voies aérodigestives supérieures issus du Cancer Genome Atlas, dont 253 cancers de la cavité orale et 94 cancers laryngés utilisés comme contrôles liés au tabac, à l’aide de techniques génomiques avancées. L’analyse multiomique a permis d’examiner les mutations ADN, l'expression génique et les modifications épigénétiques. L'approche centrale a consisté à identifier les signatures mutationnelles reflétant les processus sous-jacents de dommages ADN, puis à regrouper les tumeurs selon ces signatures. L'analyse révèle :

 

  • 4 clusters mutationnels distincts ;
  • 2 clusters fortement liés aux facteurs de risque connus, tabac et alcool, caractérisés par les signatures SBS4 et SBS16, avec une charge mutationnelle plus élevée dans les cancers laryngés que dans les cancers oraux ;
  • 2 clusters dominés par des processus endogènes : la signature SBS1 liée au vieillissement et les signatures APOBEC SBS2 et SBS13, suggérant que des mécanismes biologiques internes plutôt que des expositions externes jouent un rôle clé ;
  • aucune signature liée à des carcinogènes environnementaux connus n'est identifiée dans les clusters sans facteur de risque connu ;
  • les tumeurs sans facteur de risque connu, présentent des mutations responsables distinctes liées aux fonctions immunitaires et à la signalisation cellulaire, ainsi qu'une activation des voies antimicrobiennes et de kératinisation ;
  • la présence de composants bactériens est confirmée ce qui suggère
  • un rôle possible du microbiome oral dans le développement tumoral ;

  • enfin, les tumeurs sans facteur de risque connu présentent des caractéristiques d'évasion immunitaire, notamment des altérations des voies de présentation antigénique, pouvant affecter leur réponse aux inhibiteurs de points de contrôle immunitaire.

 

Quelles implications ? Ces résultats établissent ces tumeurs orales sans facteur de risque connu comme une entité moléculaire distincte avec des drivers biologiques spécifiques, ouvrant la voie à une classification diagnostique affinée et à des approches de médecine de précision.

 

Des résultats qui devront être confirmés dans des cohortes prospectives de patients atteints, avec exploration approfondie du rôle causal possible du microbiome oral, avant toute implication thérapeutique directe.

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