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CANCER du SEIN: Doit-on attendre 50 ans pour se faire dépister?

Actualité publiée il y a 3 années 5 mois 1 semaine
Annals of Internal Medicine

Il y a eu le débat sur le dépistage par test PSA sur le Cancer de la prostate, avec pour conclusion, la nécessité d’une décision de test personnalisée et éclairée. Puis le débat sur la mammographie. Avec, dans les deux cas, en ligne de mire, le risque de faux-positif, soit de sur-diagnostic, sur-biopsie et sur-traitement avec ses complications et ses conséquences psychologiques pour les patients. Cette étude, publiée dans les Annals of Internal Medicine, relance le débat et conclut que sauf susceptibilité génétique particulière, attendre 50 ans pour se faire dépister reste, globalement, et encore une fois hors cas particulier, la meilleure démarche, même en termes de prévention. « Il est temps d’éteindre l’incendie autour du dépistage du cancer du sein », titrent les auteurs dans un éditorial d'accompagnement.

Rappelons quelques données déjà établies. Concernant le cancer de la prostate, les derniers chiffres pour la France donnent une proportion de patients atteints d'un cancer de la prostate potentiellement et réellement sur-diagnostiqués ou sur-traités en France, estimée à 9,3 à 22,2% des patients atteints de tumeurs diagnostiquées au premier stade. Les nombreuses études, internationales, menées sur le sujet, ont finalement abouti à la nécessité d'une approche plus ciblée et d'une décision de test éclairée médecin-patient.


Quelques années plus tard, le débat sur le dépistage systématique du cancer du sein par mammographie pose les mêmes questions. Plusieurs études ont remis en cause le rapport bénéfice-risque d'un dépistage systématique, a fortiori notamment avant 50 ans, sauf cas particulier :

· « L'étude suisse » : Le Swiss Medical Board ou Conseil des médecins suisses a récemment publié des recommandations basées sur les derniers éléments de preuve concernant le dépistage du cancer du sein et conclut, qu'en l'état, il n'existe pas de preuve flagrante que les bénéfices l'emportent sur les risques. Les recommandations suggèrent l'abandon à terme des programmes de dépistage systématique par mammographie.

· « L'étude britannique », l'Independent United Kingdom Panel on Breast Cancer Screening, qui a d'ailleurs servi de base aux recommandations suisses, estime que pour 10.000 femmes âgées de 50 ans invitées au dépistage ces 20 prochaines années, la mammographie permettra d'éviter environ 43 décès par cancer du sein et les 9.957 femmes restantes ne bénéficiant d'aucun « avantage » en termes de mortalité. 129 femmes seraient traitées inutilement en raison de sur-diagnostics, ce qui correspond à un ratio de sur-diagnostic d'1 cancer du sein évité pour 3 sur-diagnostics.

· L'étude canadienne, la Canadian National Breast Screening Study a livré aussi ses résultats de 25 ans de suivi sur le dépistage du cancer du sein et souligne l'absence de preuve de bénéfice du dépistage peut-être en partie en raison du gain en efficacité des nouveaux traitements.

· L'étude norvégienne, la Modern mammography screening and breast cancer mortality: population study a suivi des femmes pendant plus de 20 ans au moment où le programme de dépistage du cancer du sein était mis en œuvre. Elle constate que, pour 10.000 femmes dépistées, environ 27 décès par cancer du sein peuvent être évités grâce au dépistage.

L'objectif est donc aujourd'hui de pouvoir conclure et apporter aux femmes l'opportunité d'une décision éclairée.

Ces nouvelles analyses confirment la mammographie, biannuelle, de 50 ans à 74 ans, comme, finalement, le mode de dépistage optimal pour les femmes, en moyenne et sans risque particulier. 6 études menées pour l'US Preventive Services Task Force, aboutissent à cette conclusion unanime. Les chercheurs ont examiné des stratégies de dépistage avec différents âges de départ (40, 45 ou 50 ans), et différents intervalles (1 ou 2 ans) entre les examens de dépistage et constatent que :

· le dépistage des femmes à risque moyen tous les 2 ans à partir de l'âge de 50 ans et jusqu'à 74 ans fournit un rapport bénéfice-risque optimal entre éviter les décès par cancer du sein et limiter les méfaits possibles du dépistage soit les faux positifs et les sur-biopsies : ce dépistage apporte une réduction de 25,8% de la mortalité par cancer du sein soit de 7 décès par cancer pour 1.000 femmes dépistées mais conduit à 953 faux positifs et 19 cas de sur-diagnostics.

· Dépister plus tôt, c'est-à-dire avant 50 ans, entraîne un nombre de faux-positifs, de biopsies et de sur-traitements exagérés par rapport au nombre de décès par cancer évités.

Ainsi, « si la ligne de fond est que la mammographie sauve des vies », l'âge du dépistage et sa fréquence peuvent ainsi être déterminés, en moyenne, à partir de ces données. Cependant, concluent une nouvelle fois les chercheurs, « subir une mammographie est une décision personnelle. Aucun modèle ne peut donner La réponse ».


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