CANCER et HYPERTHERMIE : Pourquoi certaines tumeurs survivent au choc thermique
Ces scientifiques de l’Université de Chiba (Japon) viennent de comprendre pourquoi certaines tumeurs parviennent à résister aux traitements par hyperthermie : le cholestérol protège les cellules cancéreuses des dommages du choc thermique. La recherche, publiée dans les Scientific Reports, en établissant un lien entre le taux de cholestérol et la résistance des cellules cancéreuses aux traitements thermiques, ouvre de nouvelles possibilités pour le traitement personnalisé du cancer.
Depuis l'époque d'Hippocrate, le cancer est reconnu comme étant sensible à la chaleur. Aujourd'hui, ce principe constitue la base du traitement par hyperthermie, une thérapie anticancéreuse prometteuse qui utilise une chaleur contrôlée pour tuer les cellules tumorales tout en épargnant les cellules saines. Contrairement à la chimiothérapie ou à la radiothérapie, l'hyperthermie consiste à chauffer les tissus cancéreux à des températures avoisinant les 50 °C, provoquant la mort des cellules cancéreuses tout en activant le système immunitaire de l'organisme contre la tumeur.
Cette approche est particulièrement prometteuse lorsqu'elle est associée à l'immunothérapie,
car les cellules cancéreuses tuées par la chaleur peuvent déclencher une réponse immunitaire antitumorale plus forte.
Cette recherche révèle que l'augmentation de la fluidité membranaire induite par la chaleur peut être inhibée par le cholestérol, ce qui empêche la rupture de la membrane.
Ainsi, les cellules riches en cholestérol résistent à la nécrose induite par la chaleur,
mais la déplétion en cholestérol (réduction de la teneur en cholestérol) transforme les cellules résistantes à la chaleur en cellules thermosensibles.
L’auteur principal, le Dr Hiroto Hatakeyama, professeur à l'Université de Chiba, rappelle ici la difficulté majeure qui a pu limiter le succès clinique de l'hyperthermie : la compréhension limitée des mécanismes biologiques responsables de la sensibilité à la chaleur des cellules cancéreuses.
L’étude a donc regardé pourquoi certaines cellules cancéreuses, même celles d'un même organe, réagissent différemment au choc thermique, certaines étant étonnamment plus résistantes à la chaleur que d'autres. Cette résistance implique 2 types distincts de mort cellulaire :
- la nécrose, qui survient rapidement par lésion physique directe des membranes cellulaires ;
- l'apoptose, une mort cellulaire programmée plus lente qui survient quelques heures plus tard.
L’analyse détaillée du comportement des membranes cellulaires lors d'une exposition à la chaleur, grâce à des techniques d'imagerie avancées et une série d'expériences sur des souris (in vivo) et des cultures cellulaires (in vitro), ayant permis de comparer les caractéristiques et le comportement des cellules cancéreuses thermosensibles et des cellules thermorésistantes, révèlent que :
- le traitement thermique fluidifie les membranes cellulaires ;
-
le cholestérol agit comme un bouclier protecteur pour les cellules cancéreuses ;
- les cellules cancéreuses thermorésistantes présentent des taux de cholestérol significativement plus élevés que les cellules thermosensibles ;
- le cholestérol favorise la stabilité des membranes cellulaires exposées à la chaleur, empêchant ainsi la dégradation rapide de la membrane responsable de la nécrose ;
- lorsque les chercheurs éliminent artificiellement le cholestérol des cellules cancéreuses à l'aide d'un hypocholestérolémiant, même les cellules les plus thermorésistantes deviennent vulnérables au traitement par hyperthermie : ainsi, lorsque le cholestérol est éliminé, la fluidité membranaire augmente, rendant les cellules beaucoup plus vulnérables aux dommages causés par la chaleur, entraînant une mort cellulaire rapide par nécrose ;
- enfin, les taux de cholestérol sont systématiquement liés à la résistance cellulaire à la chaleur ;
- chez des souris modèles, les tumeurs traitées à la fois par déplétion du cholestérol et par hyperthermie présentent une réduction spectaculaire, la plupart disparaissant complètement : un résultat bien supérieur à celui du traitement thermique seul.
Quelles implications cliniques ? Cette recherche suggère que la mesure du taux de cholestérol dans les tumeurs pourrait aider les médecins à identifier les patients les plus susceptibles de bénéficier d'un traitement par hyperthermie. Plus important encore, l'association d’un hypolipémiant et d'une thermothérapie localisée pourrait transformer l'hyperthermie, autrefois un traitement incohérent, en une arme puissante contre le cancer.
Dans l’ensemble, ces résultats ouvrent de nouvelles possibilités pour le traitement personnalisé du cancer.
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