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DÉPRESSION : Les antidépresseurs et leur action sur la sérotonine, un leurre ?

Actualité publiée il y a 1 année 10 mois 3 semaines
Molecular Psychiatry
L'analyse de la littérature conclut à l’absence de preuve claire que des niveaux faibles ou une activité insuffisante de la sérotonine puissent être en cause dans la dépression (Adobe Stock 12767481)

Connue pour son rôle régulateur de l’humeur et des émotions, l’hormone sérotonine apparaît jouer un rôle bien plus complexe dans le développement de la dépression. Ainsi, cet examen complet de la littérature existante sur le sujet, mené à l’University College London (UCL) et publié dans la revue Molecular Psychiatry, conclut à l’absence de preuve claire que des niveaux faibles ou une activité insuffisante de la sérotonine puissent être en cause dans la dépression. Des conclusions remarquables qui remettent en cause le principe d’action même des médicaments antidépresseurs.

 

La revue qui a pris en compte les méta-analyses et les revues systématiques déjà publiées suggère que la dépression n'est probablement pas causée par un déséquilibre chimique et remet même en question le principe d’action des antidépresseurs. Car la plupart de ces médicaments sont des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) et agissent en corrigeant les taux de sérotonine anormalement bas. Enfin, il n'existe aucun autre mécanisme pharmacologique reconnu par lequel les antidépresseurs pourraient réduire les symptômes de la dépression.

La sérotonine, principale cible, pourtant des antidépresseurs

L'auteur principal, le Dr Joanna Moncrieff, professeur de psychiatrie à l'UCL et psychiatre consultante au NHS Foundation Trust ajoute : « Il reste difficile de prouver un effet négatif lié à la sérotonine, et à la lecture d’un grand nombre de recherches menées sur plusieurs décennies, il n'existe aucune preuve convaincante que la dépression soit causée par ces anomalies de la sérotonine- en particulier par des niveaux faibles ou une activité réduite de la sérotonine ».

 

La théorie du « déséquilibre chimique » de la dépression est remise en question : cette théorie a coïncidé avec l’énorme augmentation de l'utilisation des antidépresseurs, écrit l’équipe anglaise. Les prescriptions d'antidépresseurs ont augmenté de façon spectaculaire depuis les années 1990, un adulte sur 6 et 2 % des adolescents se voyant désormais prescrire un antidépresseur au cours d'une année donnée. La plupart des patients atteints de symptômes dépressifs sont convaincus que la dépression a une cause biochimique, que c’est la raison pour laquelle ils doivent prendre des antidépresseurs, mais cette nouvelle analyse suggère que "cette croyance n'est pas fondée sur la preuve. »

 

L’analyse a porté sur toutes les études pertinentes publiées sur la sérotonine et la dépression, impliquant ainsi des dizaines de milliers de participants. Parmi les principales conclusions :

 

  • les recherches ayant comparé les niveaux de sérotonine et de ses produits de dégradation dans le sang ou les liquides cérébraux (LCR) n’ont identifié aucune différence entre les personnes diagnostiquées avec dépression et les témoins en bonne santé ;
  • les recherches menées sur les récepteurs de la sérotonine et le transporteur de la sérotonine, la protéine ciblée par la plupart des antidépresseurs, n’identifie que des preuves faiblement significatives voire incohérentes suggérant des niveaux plus élevés d'activité de la sérotonine chez les personnes souffrant de dépression ;
  • une partie des résultats d’études s'expliquent par l'utilisation d'antidépresseurs chez les personnes diagnostiquées avec une dépression, ces effets n'ayant pas été pris en compte, de manière fiable ;
  • alors qu’une carence en sérotonine a souvent été liée à la dépression, une méta-analyse menée en 2007 et la méta-analyse d'études récentes révèlent que la réduction de la sérotonine n’induit aucunement la dépression chez des centaines de participants en bonne santé ;
  • des preuves très faibles du rôle de la sérotonine sont seulement retrouvées chez un petit sous-groupe de 75 participants…, et les données plus récentes n'étant, une nouvelle fois, non concluantes ;
  • de très grandes études impliquant des dizaines de milliers de patients ont examiné la variation des gènes, y compris le gène du transporteur de la sérotonine, mais n'ont identifié aucune différence dans ces gènes entre les personnes souffrant de dépression et les témoins en bonne santé. Une seule étude, « célèbre »,  a identifié une relation entre les événements stressants, le gène transporteur de la sérotonine et le risque de dépression. Mais les études plus vastes et plus complètes suggèrent « une fausse découverte ».

Les chercheurs concluent :

« Il n’existe aucune preuve sérieuse de l'hypothèse que la dépression est causée par une activité ou des concentrations de sérotonine réduites ».

Et alors les antidépresseurs ? Au-delà de remettre en question leur principe d’action dans le traitement de la dépression, les auteurs citent les données d'une grande méta-analyse montrant que les patients qui utilisent des antidépresseurs ont à plus long terme des niveaux inférieurs de sérotonine dans le sang. Ils concluent ainsi que l'utilisation à long terme d'antidépresseurs pourrait réduire les concentrations de sérotonine :

L’augmentation de la sérotonine induite au départ par certains antidépresseurs pourrait entraîner une compensation du cerveau qui produirait l'effet inverse à long terme.

Bien que l'étude n'ait pas examiné l'efficacité des antidépresseurs, les auteurs appellent à de nouvelles recherches sur ces traitements et engagent à privilégier des thérapies basées sur la gestion des événements stressants ou traumatisants dans la vie, comme la psychothérapie, la pratique de l’exercice, la méditation en pleine conscience ainsi que la prise en charge de facteurs sous-jacents tels que la pauvreté, le stress et la solitude.

 

« Les patients ne devraient pas être informés que la dépression est causée par un faible taux de sérotonine ou par un déséquilibre chimique et ne devraient pas être amenés à croire que les antidépresseurs agissent en ciblant ces anomalies chimiques non démontrées. Nous ne comprenons pas exactement ce que les antidépresseurs font au cerveau, et ce genre de désinformation peut empêcher les patients de prendre une décision éclairée quant à leur traitement ».

 

Les chercheurs avertissent cependant que les patients ne doivent pas interrompre leur traitement antidépresseur sans avis de leur médecin, étant donné le risque d'effets indésirables lié au sevrage.

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