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DOULEUR CHRONIQUE : Le tramadol, objectivement pas si efficace

Actualité publiée il y a 1 année 1 jour 23 heures
BMJ Evidence-Based Medicine
Cet analgésique opioïde largement prescrit, le tramadol, n'est pas aussi efficace que prévu, pour soulager la douleur chronique (Visuel Adobe Stock 157131412)

Cet analgésique opioïde largement prescrit, le tramadol, n'est pas aussi efficace que prévu, pour soulager la douleur chronique, conclut cette équipe de l’University of Southern Denmark Faculty of Health Sciences et d’autres instituts de recherche danois. Cette méta-analyse, publiée dans le Bristish Medical Journal Evidence-Based Medicine, suggère même que ses effets indésirables possibles pourraient « probablement » excéder ses bénéfices.

 

Le tramadol est un analgésique opioïde puissant, cependant cette analyse montre qu’il n'est pas aussi efficace pour soulager la douleur chronique, un type de douleur pour lequel il reste largement prescrit. Le tramadol est en effet un opioïde à double action, largement prescrit pour le traitement des douleurs aiguës mais également des douleurs chroniques modérées à sévères. À ce titre, il est recommandé dans plusieurs recommandations médicales pour la prise en charge de la douleur, soulignent les chercheurs.

 

Son utilisation a fortement augmenté ces dernières années et il figure désormais parmi les opioïdes les plus couramment prescrits, probablement en raison de son risque perçu d'effets secondaires plus faible et de la croyance répandue selon laquelle il est plus sûr et moins addictif que d’autres opioïdes.

 

De précédentes recherches ont regardé l’efficacité et la sécurité du médicament dans différentes affections douloureuses chroniques mais pas précisément pour la prise en charge de la douleur chronique. Ces nouvelles données plaident donc pour la prudence, voire pour « une utilisation minimisée », affirment les chercheurs, dans cette indication.

 

L’étude est une méta-analyse des essais cliniques randomisés publiés jusqu'en février 2025 comparant le tramadol à un placebo chez des patients souffrant de douleurs chroniques, y compris de douleurs cancéreuses. L’équipe a identifié 19 essais cliniques portant sur un total de 6.506 participants âgés en moyenne de 58 ans, souffrant de douleurs chroniques. 5 études ont examiné l'impact du tramadol sur la douleur neuropathique ; 9 se sont concentrées sur l'arthrose ; 4 sur la lombalgie chronique ; et 1 sur la fibromyalgie. Les comprimés étaient la principale formulation utilisée ; un seul essai incluait une crème topique. La durée du traitement variait de 2 à 16 semaines, tandis que la durée du suivi variait de 3 à 15 semaines. L'analyse révèle que :

 

  • si le tramadol soulage la douleur,
  • son effet est faible et inférieur au seuil jugé « cliniquement efficace » (SMR) ;

  • 8 des 19 essais rapportent l’incidence des effets secondaires graves survenant après le traitement pendant les périodes de suivi comprises entre 7 et 16 semaines, révélant
  • un doublement du risque d'effets indésirables associé au tramadol vs placebo,
  • dont principalement, des événements cardiaques, tels que des douleurs thoraciques, une coronaropathie et une insuffisance cardiaque congestive.
  • un risque accru de certains cancers apparaît associé à l’utilisation du tramadol -un résultat qui reste à confirmer, précisent les auteurs ;
  • le traitement par tramadol était associé à un risque accru de plusieurs effets secondaires plus légers, notamment des nausées, des étourdissements, la constipation et la somnolence.

Ces résultats pourraient surestimer les effets bénéfiques et sous-estimer les effets nocifs du tramadol, suggèrent les chercheurs.

Ils soulignent : « Environ 60 millions de personnes dans le monde subissent la crise des opioïdes. En 2019, la consommation de médicaments était responsable d’environ 600.000 décès, dont près de 80 % étaient liés aux opioïdes et environ 25 % résultaient d’une surdose d’opioïdes ».

 

En conclusion, le tramadol pourrait avoir un léger effet sur la réduction de la douleur chronique (faible niveau de preuve), tout en augmentant probablement le risque d’effets indésirables graves (niveau de preuve modéré) et non graves (niveau de preuve très faible).

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