EXERCICE: L'inégalité sociale se creuse face au sport
« L'activité physique est profondément inégalitaire », écrivent ces chercheurs de l'University of São Paulo et l'écart entre catégories sociales se creuse progressivement : les femmes issues de minorités et peu diplômées sont ainsi, au Brésil, celles qui pratiquent le moins. Cette analyse, publiée dans l’International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, non seulement sensibilise à ce facteur socio-économique rarement pris en compte, mais appelle à des interventions de santé publique afin d’élargir l’accès à l’activité physique, comme on s'y efforce déjà pour les autres interventions de santé.
Pratiquer une activité physique ne relève pas seulement de la motivation ou du choix individuel : cette pratique est façonnée par des facteurs environnementaux, structurels et sociaux. Cette recherche est l’une des rares à se pencher sur d’autres facteurs de pratique, ici dans un contexte marqué par de fortes inégalités socio-spatiales.
Au-delà de la volonté de pratiquer, entrent en jeu les expériences de vie, le soutien social des proches, et des facteurs externes comme l'accès à un environnement adapté et le soutien des politiques publiques. L'enjeu est de taille :
la sédentarité est associée à environ 5 millions de décès par an dans le monde.
L’un des auteurs principaux, Andreia Alexandra Machado Miranda, nutritionniste et chercheur en nutrition et santé de l'University of São Paulo, résume ce constat : « Pratiquer une activité physique de loisir ne dépend pas uniquement de la motivation individuelle. Les inégalités de pratique persistent et l'écart s’est creusé ces 10 dernières années ».
L'étude, menée auprès de 978 participants suivis sur 10 ans, avec des données recueillies à 3 moments, analyse comment différentes caractéristiques sociales se combinent pour façonner la trajectoire de pratique de l’activité physique, sur la base d'un indice de vulnérabilité multiple, croisant sexe, ethnie ou couleur de peau et niveau d'études, avec un score allant de 0 (moins vulnérable) à 4 (plus vulnérable). L'analyse révèle que :
-
l'activité physique reste un privilège
réservé aux groupes les plus favorisés, identifiés comme les hommes, blancs, et plus diplômés ;
- les personnes qui pratiquent le moins sont plutôt des femmes noires, de minorités, peu scolarisées ;
- ainsi, la prévalence de la pratique régulière d’une activité est variable, de 29 % à 65 % selon le groupe de population ;
- l'activité liée aux déplacements, comme la marche pour se rendre au travail, se répartit en revanche plus équitablement ;
- cette marche de nécessité atteint de 61,8 % à 71,6 % et n’a pas de lien significatif avec la vulnérabilité sociale.
Explications : les difficultés des femmes à pratiquer une activité physique dépassent le seul manque de temps, lié aux charges domestiques. Ces difficultés sont également liées à un salaire moindre et au manque de sécurité dans les espaces verts et les espaces publics. À l'inverse, la marche liée aux déplacements semble davantage dictée par la nécessité quotidienne et les conditions de mobilité urbaine que par un choix personnel.
Quelles implications ? Les auteurs plaident pour des politiques publiques qui favorisent l'équité en santé et l'accès à l'activité physique, en cohérence avec les Objectifs de développement durable des Nations unies. Ils rappellent les directives de pratique : l'Organisation mondiale de la santé recommande 150 à 300 minutes d'activité modérée par semaine, une recommandation que près d'un tiers des adultes dans le monde,
soit environ 1,8 milliard de personnes, ne respectent toujours pas.
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