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MICROBIOTE : Et s’il contrôlait aussi la température corporelle ?

Actualité publiée il y a 1 année 2 mois 1 semaine
American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine
Le microbiote intestinal jouerait un rôle clé dans la régulation de la température corporelle, tel un vrai thermostat (Visuel Adobe Stock 561562786)

Alors que le microbiote intestinal, bien au-delà de la digestion, du métabolisme et de l’immunité apparaît impliqué dans un nombre toujours croissant de fonctions et de mécanismes vitraux, en particulier via le fameux axe intestin-cerveau, cette nouvelle étude semble repousser encore un plus les limites de son intervention. Les chercheurs de la Michigan Medicine révèlent son rôle lé dans la régulation de la température corporelle, tel un véritable thermostat.

 

Les chercheurs rappellent qu’une température corporelle normale peut varier d'une personne à l'autre, mais que dans l'ensemble, la température basale moyenne du corps humain a diminué depuis les années 1860 pour des raisons qui reste incomprises. Leur étude suggère que les bactéries des intestins contrôleraient aussi le thermostat du corps, un rôle vital à la fois pour la santé et lors d'infections sévères. Et l’évolution de ces mêmes bactéries pourrait expliquer l’évolution à la baisse de la température des humains.

Le microbiome intestinal régulateur de la température corporelle

L'exemple de la septicémie : la réponse du corps à une infection potentiellement mortelle, peut provoquer des changements drastiques de température corporelle. De précédentes études ont démontré que les variations de températures des patients hospitalisés atteints de septicémie sont considérables et cette variation prédit leur survie.

« La température est un signe vital »,

rappelle le Dr Kale Bongers, professeur de médecine interne et auteur principal de l'étude. Et si la température est un marqueur très informatif sur l’état inflammatoire et métabolique du patient, elle est aussi l’un des marqueurs les plus faciles à mesurer. Pourtant, les causes de cette variation de température, tant dans le sepsis que dans la santé, restent mal comprises.

 

L'étude, est basée sur l’analyse des données des dossiers de santé de patients hospitalisés atteints de septicémie et sur des expériences sur des souris, permettant de mieux comprendre l'interaction entre les communautés résidant dans l'intestin, les fluctuations de température corporelles et les implications de ces interactions pour la santé.

Pour tenter de comprendre la cause de la variation de la température corporelle, l'équipe a analysé des prélèvements de 116 patients admis à l'hôpital. Le microbiote intestinal des patients était très variable, suggérant qu’il pouvait être impliqué dans cette variation.

 

  • « les patients ont plus de variations dans leur microbiote que dans leur génétique : 2 patients aux génomes identiques à 99% peuvent avoir des microbiote différents à 100 % ».
  • cette variation des bactéries intestinales s’avère en effet corrélée aux trajectoires de température du patient pendant son séjour à l'hôpital ;
  • les bactéries communes du phylum des Firmicutes sont les plus fortement associées à une réponse accrue à la fièvre. Ces bactéries sont courantes, varient d'un patient à l'autre et sont connues pour produire d'importants métabolites qui pénètrent dans la circulation sanguine et influencent la réponse immunitaire et le métabolisme de l'organisme ;
  • en comparant des souris normales à des souris génétiquement identiques mais dépourvues de microbiome, les chercheurs observent que la septicémie expérimentale a provoqué des changements spectaculaires dans la température des souris normales mais n’a entraîné qu’un effet très modeste sur la température des souris exemptes de microbes ;
  • chez les souris dotées d'un microbiome, la variation de la réponse à la température est fortement corrélée à la même famille bactérienne (Lachnospiraceae) que celle trouvée chez l'Homme. Ainsi, le même type de bactéries intestinales explique les variations de température à la fois chez les humains et les souris !
  • Même en bonne santé, les souris sans microbiome ont des températures corporelles basales inférieures à celles des souris normales. Le traitement de souris normales avec des antibiotiques réduit également leur température corporelle.

 

Cette étude met ainsi en lumière un nouveau rôle clé du microbiote intestinal, sur la régulation de la température corporelle.

A lui-seul, le microbiote pourrait expliquer la réduction de la température corporelle basale au cours des 150 dernières années.

Si ces travaux ne démontrent pas la relation directe de cause à effet, entre les changements dans le microbiome et la baisse de la température du corps humain, les chercheurs parlent « d’une hypothèse raisonnable. Car la génétique humaine n'a pas évolué de manière significative au cours des 150 dernières années, en revanche sont intervenus des changements dans l'alimentation, l'hygiène et les antibiotiques avec des effets profonds sur nos bactéries intestinales.

 

Des données qui suggèrent aussi d'intervenir sur le microbiome pour moduler la température corporelle, en particulier chez les patients atteints de septicémie ou de conditions entraînant de fortes fièvres.

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