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MICROBIOTE: L'ensemencement vaginal pour transmettre au nouveau-né les bonnes bactéries ?

Actualité publiée il y a 4 années 9 mois 1 semaine
BMJ

La pratique est de plus en plus courante qui consiste à permettre à la mère, en cas d’accouchement par césarienne, de mettre son nourrisson en contact avec son liquide vaginal afin de lui transmettre une partie de son microbiote, comme c’est le cas, naturellement, en cas d’accouchement par voie basse. En effet, les études ont montré que, privés du contact utérovaginal, les bébés nés par césarienne présentaient une communauté bactérienne moins diversifiée et moins de types de bactéries bénéfiques que les bébés nés par voie vaginale. Cet éditorial, d’experts en microbiologie de l’Imperial College de Londres, fait un point sur ce concept d’ensemencement vaginal (vaginal seeding) qui, théoriquement pourrait permettre de mieux protéger l’enfant né par césarienne du risque de maladies comme l'obésité, le diabète et l'asthme. Un point non sans importance, alors que dans les pays riches, près d’un bébé sur 4 nait par césarienne.

Avec plusieurs centaines de milliards de bactéries, le microbiote, la communauté de microbes qui colonise notre corps, est propre à chacun d'entre nous, il varie d'une partie du corps à l'autre, et d'une personne à une autre. Les dernières études ont non seulement démontré l'importance de sa composition et de sa diversité dans la santé, et même associé certaines communautés bactériennes à des maladies ou problèmes de santé. Si pendant la vie in utero, l'embryon puis le fœtus sont stériles, lors de l'accouchement, la mère peut transmettre une partie de son microbiote à son enfant, mais pas systématiquement : en cas d'accouchement par voie basse, le nouveau-né va bien acquérir une flore proche de celle de sa mère lors de son passage par voie utérovaginale. Mais en cas d'accouchement par césarienne, il ne pourra naturellement faire cette acquisition d'une flore identique.


L'ensemencement vaginal, comment et pourquoi ? Il s'agit de l'utilisation d'un tampon de gaze pour transférer les sécrétions vaginales de la mère et donc de son microbiote vaginal, à l'enfant né par césarienne. En effet, chez les nourrissons nés par césarienne le microbiote est plus proche de celui de la peau de la mère, alors que chez les nourrissons nés par voie vaginale, il est plus proche de celui du vagin. Or ces différences de microbiotes, en fonction du mode d'accouchement, sont documentées comme pouvant déterminer la susceptibilité à un nombre croissant de maladies chroniques. En théorie, l'ensemencement vaginal pourrait restaurer la flore des nourrissons nés par césarienne à un état plus « naturel » et donc réduire ce risque de maladie.

L'état de la science : Dans de nombreux pays, plus d'un bébé sur 4 nait par césarienne. Les auteurs rappellent les grandes études épidémiologiques et les méta-analyses montrant que l'accouchement par césarienne est associé à une légère augmentation du risque d'obésité, d'asthme et de maladies auto-immunes, des maladies elles-mêmes associées à des altérations dans le microbiote. Chez l'animal, il a été démontré que le microbiote influence en tout début de vie le développement du système immunitaire, et le modifier peut prévenir ou réduire le risque de maladie. De premières études ont également envisagé de modifier le microbiote humain avec des objectifs de santé, par l'apports de probiotiques ou par transplantation du microbiote fécal. Mais, à ce jour, aucune étude n'a démontré les bénéfices de l'ensemencement vaginal pour le nourrisson.

L'appel aux recherches : De vastes essais cliniques avec de nombreuses années de suivi seront nécessaires, cependant, pour ces experts, la démarche s'impose, en raison de ses implications possibles. La procédure d'ensemencement est simple et peu coûteuse, il faut donc valider ses avantages, mais aussi sa sécurité. En particulier, il s'agit d'évaluer le risque pour le nouveau-né « ensemencé » d'infections graves liées à cette exposition à des agents pathogènes et commensaux vaginaux, via une mère asymptomatique. Un essai clinique est en cours (ClinicalTrials.gov NCT02407184), dont le résultat principal est la modification du microbiote néonatal.

Faute de preuves à ce jour, il reste à encourager encore et encore l'allaitement au sein qui va permettre à la fois la transmission d'une flore maternelle présente dans le lait et de nutriments spécifiques précieux pour l'enfant.

“Vaginal seeding” of infants born by caesarean section

Plus de 50 études sur le Microbiote

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