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NICOTINE, DROGUES : L'accoutumance des parents est-elle héréditaire ?

Actualité publiée il y a 2 années 7 mois 3 semaines
eLife

Les conditions de vie paternelles peuvent influer sur les phénotypes des générations futures, mais on peut se poser la question de l’héritabilité des réponses spécifiques à certaines expositions comme à la nicotine ou aux drogues. En substance, le tabagisme ou l’usage de drogues chez un père vont-ils modifier la réponse de ces enfants à ces substances ? C’est la question à laquelle tente de répondre cette équipe de l'Université du Massachusetts. Les conclusions confirment une hérédité épigénétique surprenante car non spécifique : ainsi la descendance de souris mâles exposées à la nicotine est non seulement plus « résistante » à la nicotine mais également à la cocaïne. Explications dans la revue eLife.

Les chercheurs du Massachusetts démontrent que les souris nées de pères habituellement exposés à la nicotine héritent d'une certaine accoutumance chimique et d'une capacité accrue d'élimination de la substance. Des résultats qui contribuent à éclairer comment l'histoire et le mode de vie des parents peuvent éclairer les résultats de santé et la qualité de vie de leur progéniture. Ainsi, l'étude montre sur la souris, que les bébés souris nés de pères exposés à la nicotine sont programmés pour être non seulement plus résistants à la toxicité de la nicotine, mais également à d'autres produits chimiques, explique le Dr Rando, professeur de biochimie et de pharmacologie moléculaire : précisément,


-la progéniture des pères exposés à la nicotine, comparée à la progéniture des pères jamais exposés à la nicotine, se révèle mieux protégée contre les niveaux toxiques de la nicotine,

-étonnamment, les enfants de pères exposés à la nicotine sont également mieux protégés contre la cocaïne. -Cette résistance à plusieurs toxines est probablement le résultat d'un métabolisme amélioré dans le foie, et correspond à une augmentation des taux d'expression de gènes impliqués dans le métabolisme. Ces gènes du métabolisme présentent d'ailleurs une expression accrue, confirment les chercheurs.

Tel père, tel fils, une hérédité épigénétique autant que génétique : des études aujourd'hui nombreuses ont démontré l'existence de traits héréditaires non liés au génome mais à des modifications épigénétiques qui vont affecter l'expression de certains gènes, « sans toucher » à la structure de l'ADN. Ces modifications épigénétiques, associées aux conditions environnementales (ou facteurs environnementaux) et présentes chez un parent peuvent affecter le risque de maladie et d'autres caractéristiques des générations futures. Chez les mammifères, la majorité de ces études se sont concentrées sur les interactions entre le père/ou mâle et la progéniture, plus simples à étudier que les effets maternels. Ainsi, nombre d'études ont lié le régime alimentaire paternel à des changements métaboliques chez sa progéniture, le stress paternel aux comportements anxieux des enfants etc…

Une hérédité épigénétique non spécifique : Pour déterminer si plusieurs molécules distinctes sont capables d'affecter la résistance des générations suivantes, les chercheurs ont traité des souris mâles avec un autre composé bioactif, la mecamylamine, qui bloque les récepteurs de la nicotine et est parfois utilisée pour aider à l'arrêt du tabac. De manière surprenante, les descendants de ces souris présentaient la même résistance chimique que ceux exposés à la nicotine. Il existe donc bien, a minima chez la souris, une transmission d'information épigénétique de père en fils (ou de parents à enfants) et cette information est relativement non spécifique.

Si un phénomène semblable était démontré chez l'homme, cela poserait de très nombreuses questions dont celle-ci : si votre père est fumeur, êtes-vous plus ou moins susceptibles de fumer ?

February 14, 2017 doi.org/10.7554/eLife.24771 Paternal nicotine exposure alters hepatic xenobiotic metabolism in offspring

Lire aussi: ÉPIGÉNÉTIQUE: Obésité du père et risque de cancer chez les filles

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