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OBÉSITÉ : Comment de suralimenté on devient boulimique

Actualité publiée il y a 1 année 6 mois 4 semaines
Addiction Biology
Avec un régime riche, ce n’est pas seulement la dépendance alimentaire qui s’installe, mais tout un ensemble de processus cognitifs qui sont dégradés.

Cette étude originale menée sur des souris soumises à deux régimes obésogènes puis modèles de troubles du comportement alimentaire (TCA), montre comment ces deux régimes vont finir par annihiler tout contrôle comportemental chez l’animal. Ces expériences décrites dans la revue Addiction Biology plaident avant tout pour la prévention, plus qu’après coup, pour le régime de perte de poids- et pour la détection d’indices montrant que le sujet s’enferme dans des habitudes alimentaires malsaines. Au-delà, l’étude montre comment les changements comportementaux et cognitifs majeurs favorisés par l'alimentation hypercalorique, peuvent aboutir à l’absence de contrôle, et notamment du comportement alimentaire.

 

Les chercheurs du Center for Genomic Regulation (Barcelone) et de l’Universitat Pompeu Fabra ont cherché à reconstituer, pour des souris, l’équivalent de l’environnement obésogène dans lequel nous vivons, pour observer les comportements induits en particulier par l'accès facile à des aliments riches en calories et agréables à manger. Pour imiter cet environnement obésogène, l’équipe a offert aux souris l’accès à un régime alimentaire riche en graisses ou constitué d'un mélange de barres chocolatées. Puis les chercheurs ont analysé en détail l'activité et le comportement alimentaire des animaux.

 

Avec un régime riche, vient l’addiction alimentaire : La première constatation est qu’en plus de devenir obèses, les souris ont très vite développé les signes d'un comportement addictif et d’une hyperphagie boulimique en réponse à ces stimuli alimentaires.

  • Ainsi, lorsque les souris soumises au « régime chocolat » se voient offrir du chocolat pendant seulement une heure par jour, elles vont « compulser » -écrivent les chercheurs- avalant alors autant de chocolat que possible en un minimum de temps.
  • Ensuite, ces mêmes souris font des « fixations alimentaires », préférant ne rien manger et d'attendre le chocolat, un type de comportement caractéristique d’un état de dépendance ;
  • Enfin, lorsque ces souris consomment leur chocolat, elles n’apparaissent pas pour autant rassasiées, comme le seraient des souris suivant un régime alimentaire ordinaire.
  • Les comportements observés sont similaires chez des souris habituées à un régime très riche en graisses.
  • De plus, les animaux soumis à un régime riche en graisses ou en chocolat changent leur routine alimentaire quotidienne. Ils vont se mettre à manger pendant la journée – alors que les souris vivent et se nourrissent la nuit – à faire de petits repas plus fréquents et plus courts -l’équivalent de notre grignotage.

 

 

Régime riche et perte de contrôle comportemental : Avec le régime riche, ce n’est pas seulement la dépendance alimentaire qui s’installe, mais tout un ensemble de processus cognitifs qui sont dégradés. On sait qu’un problème majeur dans le traitement de l'obésité est le taux élevé de rechute ou de retour à des habitudes alimentaires malsaines, après un régime de perte de poids. Les scientifiques ont montré qu’un accès prolongé aux régimes ou aliments hypercaloriques entrave le contrôle du comportement de recherche de nourriture mais entraine aussi des effets délétères sur l'apprentissage, la motivation et la flexibilité comportementale. Ces expériences sur les souris confirment que l’accès à long terme aux régimes hypercaloriques entrave la capacité à contrôler les comportements alimentaires, entraînant des effets négatifs sur les processus cognitifs responsables d'un contrôle rationnel, en particulier de l'ingestion alimentaire.

 

L’obésité doit être prise en charge sous l’angle comportemental : cette équipe n’est pas la première à aborder l’obésité sous l’angle de la dépendance. Les auteurs soutiennent en effet que « l'obésité n'est pas seulement une maladie métabolique, c'est un trouble du comportement. Les personnes en surpoids ou obèses reçoivent le conseil de manger moins et bouger plus, mais c'est bien trop simpliste. Nous, cliniciens devons examiner l'ensemble du processus : en comprenant les comportements qui conduisent à l'obésité et en repérant les signes révélateurs précoces, nous pourrons développer des thérapies qui préviennent la prise de poids et le surpoids ».

Bref, la bonne approche semble se concentrer sur la prévention de l'obésité, et cette étude, certes chez la souris, illustre néanmoins clairement les changements comportementaux et cognitifs majeurs favorisés par l'alimentation hypercalorique, qui aboutit à l’absence de contrôle alimentaire.

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