SACCHAROSE : L’addiction commence au niveau moléculaire
Cette étude, menée par des médecins et des biologistes du Tata Institute of Fundamental Research (TIFR, Mumbai, Inde) apporte des informations clés sur l'impact d'une consommation excessive de sucre (saccharose) sur certains organes, au niveau même des tissus, des cellules et des protéines. Publiés dans le Journal of Nutritional Biochemistry, ces travaux révèlent qu’un phénomène de dépendance se crée au niveau moléculaire des différents organes concernés, une dépendance des tissus qui « nourrit » le risque de maladies métaboliques, comme le diabète et l'obésité.
Alors que les dernières analyses en population des habitudes alimentaires dans nos sociétés, indiquent clairement une augmentation alarmante de la consommation de boissons sucrées dans le monde, y compris en Inde, lieu de l’étude ; alors qu’une consommation régulière de boissons sucrées, qui en moyenne apporte plus d’un tiers des apports quotidiens en sucres, chez ces consommateurs, est en première ligne des facteurs d’obésité et de diabète ; il devient urgent de décrypter les mécanismes sous-jacents en cause.
Comprendre, notamment, « cette addiction moléculaire aux sucres qui se forme dans l'intestin »,
ajoutent les chercheurs. Cette dépendance se caractérise par des altérations moléculaires et énergétiques des tissus, ainsi qu'à des déficits physiologiques de l'organisme. C’est ainsi une nouvelle compréhension des effets nocifs, au niveau moléculaire, de l’excès de sucre et de la consommation chronique de boissons sucrées sur la santé humaine, qui nous est apportée par cette étude menée sur un modèle préclinique qui reproduit les habitudes de consommation humaines.
L'étude est menée en effet sur la souris, un « modèle physiologiquement pertinent » : ces souris ont reçu de l'eau sucrée à 10 %, de manière à reproduire ainsi la consommation chronique moyenne de boissons sucrées chez l'Homme. Les chercheurs ont mené des analyses détaillées des réponses moléculaires, cellulaires et métaboliques dans de nombreux tissus, dont le foie, les muscles et l'intestin grêle, à jeun et après ingestion de l’eau sucrée. L’analyse révèle que :
- l'intestin grêle contribue de manière significative au déséquilibre glycémique systémique : une consommation excessive de saccharose (glucose + fructose) provoque une « addiction moléculaire » au niveau de la paroi intestinale, entraînant une absorption disproportionnée du glucose par rapport à d'autres nutriments essentiels tels que les acides aminés et les lipides ; cette modification de l’absorption des nutriments perturbe le métabolisme énergétique et amplifie le dysfonctionnement d'autres organes comme le foie et les muscles ;
- en dépit d’une absorption accrue du glucose, le foie ne présente pas d'altération de l'expression des gènes liés au métabolisme du glucose. Au contraire, cela déclenche une résistance systémique à l'insuline qui exacerbe la production de glucose par le foie (gluconéogenèse) et entraîne un déséquilibre métabolique ;
- les muscles squelettiques présentent un dysfonctionnement mitochondrial et une moindre efficacité de l'utilisation du glucose par le muscle, ce qui déséquilibre le métabolisme ; du métabolisme.
Vers de nouvelles thérapies contre les maladies métaboliques ? Ce nouvel éclairage sur les effets, au niveau moléculaire et au niveau d’organes spécifiques, appelle à des mesures urgentes visant à réduire la consommation de boissons sucrées, ou d’aliments transformés sucrés. L'identification des tissus et organes spécifiques touchés fournit une première feuille de route pour des thérapies ciblées contre les maladies métaboliques.
En identifiant ces mécanismes tissulaires spécifiques, il devient possible de cibler les voies de transport intestinal des nutriments pour atténuer ces effets d’une surconsommation d’aliments sucrés.
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